Prologue
Ce livre n'est pas né avec l'intention d'être un livre. Il est né d'une nécessité.
J’espère que ce livre pourra aider les personnes qui arrivent à un moment de leur vie où il semble n’y avoir aucune issue à l’angoisse ou aux problèmes qu’elles traversent. C’est un livre destiné à les initier à un chemin qui leur permette d’obtenir toute la clarté possible pour affronter ces points douloureux.
Tu n'as pas besoin d'avoir vécu une régression, de croire aux vies antérieures ni d'être curieux de l'hypnose pour que ces pages puissent te servir. Les scènes qui apparaîtront sont les miennes ; les questions qu'elles ont laissées derrière elles sont bien plus universelles. La culpabilité, la peur, la difficulté à poser des limites, la perte, l'attachement, le besoin de tendresse, la fatigue, l'incertitude ou le besoin de se pardonner font partie de beaucoup de vies. Mon intention n'est pas que tu reproduises mon expérience, mais que tu puisses utiliser ce que j'ai appris pour regarder la tienne avec plus de clarté.
Certains chapitres incluent des audios afin de faciliter l’usage du livre. Beaucoup de personnes, lorsqu’elles traversent des moments d’une grande intensité émotionnelle, ne peuvent pas soutenir la lecture facilement ; pour elles, il peut être préférable d’écouter un audio, de laisser la voix les accompagner et de revenir au texte quand elles en auront la force.
Il y a quelque temps, je suis tombé malade. Les médecins lui ont donné un nom : syndrome de burn-out et trouble anxio-dépressif majeur récurrent, après deux ans et demi à porter des charges de travail que je n'ai pas su lâcher à temps. Ma médecin, à qui je dois tant, a insisté sur le fait que je ne pouvais pas continuer ainsi, que j'avais besoin d'aide, et elle m'a envoyé au cabinet de Puy. J'y suis allé avec scepticisme. Je suis sorti de cette première séance, et des suivantes, avec le sentiment de m'être réveillé.
Au cours de ces séances de conscience élargie —des régressions guidées— ont commencé à apparaître des expériences vécues, des images et des enseignements. Et, peu après, quelque chose de plus difficile à nommer : un canal par lequel ont commencé à me parvenir des réponses à des questions que je m'étais posées toute ma vie. Je ne sais pas si elles viennent de mon subconscient, d'un autre plan ou d'un mélange des deux. C'est pour cela que j'ai commencé à écrire : pour ne rien perdre de ce qui arrive avant que la source, un jour, ne se ferme.
Je veux m'arrêter ici un instant pour remercier Puy, de tout mon cœur. Tout au long de ces séances, elle ne m'a jamais jugé ni dit ce que je devais faire. Elle m'a donné quelque chose de bien plus grand : une compréhension réelle et un respect absolu pour chaque décision que j'ai prise au cours de ce processus. Son accompagnement, sa patience et sa présence sereine ont été, sans exagérer, le soutien qui a rendu possible l'existence de ce livre. Tu peux découvrir son travail ici.
Je tiens à le dire ici, dès le début, très clairement : j'ai décidé d'appeler « régressions » ces séances de conscience élargie parce que c'est le terme qui me permet le mieux d'ordonner et de raconter ce que j'ai vécu. « Conscience élargie » est aussi l'expression avec laquelle je décris cet état à l'intérieur de mon propre processus ; je ne prétends pas la présenter comme une catégorie clinique universelle ni comme une explication scientifique close.
Chaque fois que tu liras le mot « régression » dans ce livre, je parlerai de séances menées avec un accompagnement professionnel, au cours desquelles je restais conscient, je pouvais écouter et répondre, et où apparaissaient des images, des sensations corporelles, des émotions et des compréhensions d'origine incertaine. Certaines renvoyaient à des souvenirs reconnaissables de ma propre vie ; d'autres semblaient appartenir à des décors que je vivais comme s'il s'agissait d'autres vies ou de réalités différentes.
Je ne peux pas démontrer quel statut avaient ces scènes. Je peux raconter ce que j'ai éprouvé, quelle émotion elles ont provoquée, quelle interprétation j'en ai faite ensuite et ce qui a changé dans ma vie à partir d'elles. Cette distinction sera importante tout au long du livre.
Quand j'ai rassemblé tout cela, je me suis rendu compte que j'avais un problème. Il y avait des expériences très intenses, mais elles étaient écrites pour moi, avec mes mots et mes raccourcis. Celui qui les lirait sans connaître le terrain se perdrait aussitôt : je parle de conscience élargie, d'économie de l'énergie, de recalibrage, de bodhichitta, de plans astraux, comme si tout le monde savait de quoi je parle. Et ce n'est pas le cas. Moi-même, j'ai mis des mois à le comprendre.
Une note importante. Ce livre relate une expérience personnelle et ne remplace pas une prise en charge médicale, psychologique ou psychiatrique. Une régression ne doit pas non plus servir à abandonner un traitement indiqué, à prouver qu'un souvenir a réellement eu lieu, à attribuer à une autre personne des faits non corroborés ou à établir à elle seule la cause d'un problème psychologique. Si tu traverses une souffrance intense, une crise, un traumatisme, un problème de consommation ou des symptômes qui interfèrent sérieusement avec ta vie, la priorité doit être de recevoir une aide professionnelle adaptée. Les pratiques contemplatives, l'écriture, l'accompagnement spirituel ou une expérience d'exploration de la conscience peuvent être, pour certaines personnes, des ressources complémentaires ; ce ne sont ni une obligation ni une voie unique.
C'est pourquoi ce livre a deux mouvements.
Le premier s'appelle Les clés. Ce sont des chapitres courts, et leur seule mission est que tu assimiles, sans hâte et sans effort, chacun des concepts dont je parlerai ensuite : ce qu'est une régression, ce qu'est le canal, ce qu'est la sensibilité, ce qu'est l'énergie, ce que j'entends par âme, quels sont les enseignements qui ordonnent tout, comment passer de l'expérience vécue à la vie, pourquoi la musique et qui est Pema Chödrön. Aucun de ces chapitres ne prétend épuiser le sujet. Il prétend seulement que, lorsque tu arriveras sur le territoire, tu aies déjà la carte.
Le second mouvement est l'approfondissement. Là se trouvent les expériences complètes, telles qu'elles se sont produites et telles que je les ai écrites : les régressions, le canal, la sensibilité, l'énergie, la musique et quelques méditations sur l'amour nées durant ce processus de rétablissement et de guérison.
Si tu es de ceux qui préfèrent se jeter à l'eau, tu peux sauter directement au second mouvement. Mais si tu me permets un conseil, lis-le dans l'ordre. Les clés sont courtes, et elles font que tout le reste s'emboîte.
Je suis monté dans la barque. Je ne sais pas encore où elle me mène. Mais j'ai décidé d'écrire tant que durera la traversée.
Première partie · Les clés
Ce qui vient maintenant, ce sont des chapitres brefs. Chacun présente une seule idée, l'explique avec calme et la laisse reposer. Il n'y a pas encore d'expériences vécues complètes, ni de preuves, ni de détails : seulement les concepts dont tu auras besoin pour que, plus loin, tout ce que je raconterai ait un sens.
Lis-les comme on regarde une carte avant d'entrer dans la forêt.
Un pacte avec le lecteur : la voie du milieu
Avant de rien raconter, j'ai besoin de te demander quelque chose. Ce n'est pas une condition : c'est un pacte.
Dans les pages qui suivent, tu vas lire que j'ai été un enfant oriental qui a introduit un serpent chez lui comme si c'était un jouet et que ce serpent a tué sa mère. Que j'ai été un officier qui a passé au katana des paysans innocents. Que j'ai franchi un portail et que je suis apparu dans un bâtiment où l'on créait la vie. Si tu me demandes de jurer que tout cela est arrivé littéralement, je ne le peux pas. Et si tu me demandes de le nier, je ne le peux pas davantage.
Je viens d'une famille catholique. Je n'ai jamais cessé de croire en Dieu ni en la venue de son fils sur la Terre ; la compassion du Christ, son don de soi et son regard vers ceux qui souffrent continuent d'être une part essentielle de ma foi. Mais avec les années, j'ai aussi intégré dans mon âme les enseignements du Bouddha.
La tradition raconte que le Bouddha, en chemin vers l'illumination, méditait au bord d'un fleuve. Sur son cours descendait doucement une barque dans laquelle un maître apprenait à ses disciples à jouer d'un instrument à cordes. Et le Bouddha l'entendit dire : « Vous voyez ? Si vous tendez trop les cordes, elles se casseront. Mais si, au contraire, vous ne les tendez pas, l'instrument ne sonnera pas. » C'est là qu'il comprit ce que nous appelons le chemin du milieu.
C'est cela que je te demande. Ni tendre jusqu'à rompre, en affirmant que tout ceci est littéral. Ni relâcher jusqu'au silence, en l'expédiant comme un délire. Je n'ai aucun moyen d'attribuer une probabilité à l'une ou l'autre possibilité. C'est pourquoi je préfère ne pas feindre une précision que je ne possède pas. Je n'affirme pas que tout soit littéral, mais je n'ai pas non plus besoin de nier ce que j'ai vécu pour pouvoir l'examiner. Je garde la question ouverte et je travaille avec ce que je peux réellement observer.
Et je veux être très clair sur un point, parce que c'est l'une des poutres qui soutiennent le livre entier : pour le propos pratique de ces pages, je n'ai pas besoin de résoudre d'abord la nature ultime de chaque scène.
Si ces expériences vécues avaient été des souvenirs réels d'autres vies, leur signification spirituelle serait évidente à l'intérieur de ce cadre. Et si elles avaient été des constructions de mon esprit ou de mon imagination surgies pendant la séance, elles garderaient pour moi une valeur différente mais réelle : elles auraient placé devant moi des émotions, des peurs, des conflits et des schémas que j'ai pu ensuite relier à ma vie présente. Ce que je ne peux pas faire, c'est transformer cette utilité en preuve de leur origine, ni affirmer qu'une scène, à elle seule, révèle la cause clinique d'une maladie.
Dans les deux cas, je peux travailler avec ce que j'ai ressenti et avec ce que j'ai fait ensuite. L'interprétation peut rester ouverte ; la responsabilité sur ma vie présente, non.
Je dois faire aussi une autre distinction. Une image vécue avec une netteté énorme ne devient pas pour autant un souvenir historique démontré. La mémoire humaine est reconstructive, et les états hypnotiques ou très suggestibles ne garantissent pas une plus grande exactitude du souvenir. C'est pourquoi, si une scène de ces pages ressemble à un souvenir, je la traiterai d'abord comme une expérience subjective. Seuls les faits corroborables par des voies indépendantes devraient être présentés comme des faits.
Cette précaution ne diminue pas ce que j'ai ressenti. Au contraire : elle me permet d'être fidèle à l'expérience sans l'obliger à démontrer quelque chose qu'elle ne peut peut-être pas démontrer.
Il convient aussi que tu saches où mon doute ne se trouve pas. Il ne porte pas sur Puy, ma thérapeute. J'ai une confiance profonde en elle et dans la manière dont elle m'accompagne. Mon doute porte sur la nature ultime de ce qui apparaît pendant la conscience élargie, qui est justement ce que je ne sais pas nommer.
C'est pourquoi tu ne trouveras ici personne qui essaie de te convaincre de quoi que ce soit. Tu trouveras un homme qui est tombé malade, qui a vu des choses, qui les a notées avec honnêteté et qui a décidé de rester au centre.
Si tu acceptes de lire ainsi —sans l'obligation de croire et sans la hâte de nier—, ce livre peut te servir. Voilà le pacte.
Pour assimiler
Face à n'importe quelle expérience de ce livre, essaie de séparer trois questions : qu'ai-je éprouvé, ou qu'est-ce qui est décrit comme étant apparu ? Quelle interprétation en fais-je ? Quel changement concret peut-on observer ensuite ?
Demande-toi ensuite : si la scène était symbolique, y aurait-il encore quelque chose d'utile à apprendre ? Si elle était littérale, l'enseignement pratique changerait-il ? Quand la même compréhension aide à mieux vivre dans les deux cas, il n'est pas nécessaire de précipiter une certitude métaphysique.
La maladie : la fissure par où la lumière est entrée
Tout cela a commencé parce que je suis tombé malade.
Pendant deux ans et demi, j'ai porté une charge de travail qui ne me revenait pas. J'ai réclamé de l'aide par les voies légales, avec des courriels en copie à tous mes supérieurs, en essayant de faire le plus de bruit possible. Cela ne m'a servi à rien. Il était déjà trop tard.
Le diagnostic fut : syndrome de burn-out et trouble anxio-dépressif majeur récurrent.
Ma médecin actuelle, que je ne peux pas tutoyer mais vouvoyer, a eu beaucoup de patience avec moi. Un jour, lors d'une des visites de contrôle, elle m'a dit que je ne pouvais pas continuer ainsi, que je ne progressais pas, que j'avais besoin d'aide. Et elle m'a envoyé au cabinet de Puy. Je dois reconnaître que j'ai décidé d'y aller parce que c'était elle qui me le recommandait, car je gardais un scepticisme assez marqué.
La maladie n'est pas venue seule. L'anxiété me poussait à des conduites compulsives : fumer plus que de raison, boire une bière après l'autre, comme si en le faisant je pouvais mieux analyser la situation ou apaiser ce qui m'arrivait. Et elle a fini par altérer ma perception d'une façon qui m'impressionne encore : un jour, j'ai ouvert sur mon portable l'application de musique que j'utilisais depuis toujours et j'ai eu la certitude que quelqu'un l'avait entièrement changée. Je ne trouvais pas les options, je ne reconnaissais pas où était ma bibliothèque. Ce n'est qu'après un moment passé à regarder l'écran que je commençais à tout reconnaître et que je comprenais que l'application était toujours la même.
Et maintenant, je dois dire quelque chose avec beaucoup de précaution, parce que je ne veux pas que ce soit mal interprété.
Parfois, je sens qu'il était presque nécessaire d'être passé par cette maladie pour arriver jusqu'ici. Je ne le dis pas comme une justification de la souffrance, ni comme une manière d'embellir la douleur. Je le dis comme une compréhension intime qui commence à se frayer un chemin en moi : comme si la sagesse obtenue de ces processus faisait partie d'un puzzle extrêmement compliqué auquel j'étais destiné.
Mais je le nuance aussitôt, parce que je crois que le libre arbitre existe. Je sens que cette expérience aurait pu arriver tout aussi bien par un autre chemin. J'aurais pu me présenter au cabinet de Puy pour un autre motif —la perte d'un être cher, par exemple, au lieu d'un burn-out— et elle aurait été là pour m'aider de toute façon. Ce qui change, c'est la forme sous laquelle l'expérience apparaît, non l'expérience elle-même. C'est comme si une même scène était peinte par Rembrandt ou par Picasso : en les regardant avec les yeux, nous croyons voir deux tableaux totalement différents, et c'est en partie vrai ; mais si nous regardons avec l'esprit, nous percevons que l'essence qui se trouve derrière est la même. Ce qui est représenté n'a pas changé.
La maladie a été une pièce douloureuse, difficile et presque insupportable. Mais elle a été aussi la fissure par laquelle la lumière est entrée.
La nuance
La maladie a été la fissure par laquelle la lumière est entrée, mais cela n'en fait pas un cadeau et ne justifie pas la souffrance. Le libre arbitre existe : ce qui change, c'est la forme sous laquelle l'expérience apparaît, non l'expérience.
Ce qui se passe dans une régression
Il convient que tu saches de quoi il s'agit, car le mot « régression » charrie beaucoup de fantasmes.
Dans mon expérience, une régression ne se vivait pas comme le fait de dormir ni comme une perte totale de contrôle. Je restais conscient de la voix de Puy, je pouvais lui répondre et je savais que je participais à une séance. Cet état, dans ce livre, je l'appelle conscience élargie. C'est une manière de nommer la façon dont je l'ai éprouvé, non une catégorie clinique qui prétendrait définir quoi que ce soit de manière universelle.
Dans cet état apparaissaient des scènes, des images, des sensations corporelles, des émotions et des associations que je ne vivais pas comme un raisonnement volontaire ordinaire. Que quelque chose apparaisse de cette manière ne permet pas de déterminer automatiquement d'où cela vient. C'est précisément pour cela que je séparerai toujours l'expérience de l'interprétation.
Ce qui apparaît n'est pas non plus un film. Cela commence presque toujours comme une photographie dans un cadre que je serais en train de regarder. Parfois cette photo prend un léger mouvement. En général, mes perceptions visuelles ont été très ténues ; sauf quelques-unes, qui sont devenues extraordinairement nettes, surtout quand je regardais des paysages d'autres planètes ou des intérieurs de bâtiments : là, les couleurs et les structures avaient une vibration et une harmonie incroyables.
La méthode est simple. Puy demande ; moi, je décris ce que je perçois. Quand elle veut que je me déplace d'un endroit à un autre, elle accompagne le mouvement d'un décompte : « un, deux et trois ». Et voici qu'apparaît quelque chose qui se révélera important plus loin : parfois, avant même qu'elle ne commence à compter, j'étais déjà là ; d'autres fois, elle arrivait à trois et moi je ne pouvais y arriver d'aucune manière.
Le corps est la voie d'accès principale. La gorge qui se serre, les mains, les nerfs, les frissons. L'information entre par là avant d'entrer par la tête.
Il y a aussi des résistances, et elles sont très physiques. Lors de plusieurs séances, j'ai voulu tourner le cou pour voir qui se trouvait à ma droite et je n'ai pas pu : c'était comme si mon cou était de pierre et que moi, avec mon cerveau, j'essayais de le bouger sans y parvenir. Le mouvement m'était refusé, encore et encore.
Et il y a une chose que je veux dire sans dramatiser, mais avec clarté : on ne peut pas tout. Il y a des scènes qui se refusent. Lors de certaines séances, j'ai éprouvé la présence de ce que je décrivais comme des entités : à l'intérieur de l'expérience, je sentais qu'elles interféraient, qu'elles ne voulaient pas répondre, ou qu'elles me demandaient même d'abandonner la séance. Je ne sais pas quelle nature avaient ces perceptions et je ne les présente pas comme une constatation extérieure ; je raconte comment elles ont été vécues de l'intérieur. La conscience élargie n'est pas un catalogue à la carte.
Enfin, un détail pratique que j'ai découvert tard. Dans mon cas, j'ai constaté que j'arrivais à ces séances dans de meilleures conditions quand j'avais bien dormi et que je n'étais pas physiquement épuisé. Plus j'apportais d'énergie de ce plan-ci, plus j'avais de capacité à soutenir l'expérience. Je le note comme une observation personnelle, non comme une règle clinique universelle. Pourquoi il en est ainsi, tu le comprendras dans le chapitre consacré à l'énergie.
Le cadre d'accompagnement
Disposer d'une professionnelle que je connaissais et en qui j'avais confiance me donnait un cadre d'accompagnement pour traverser un matériau émotionnel intense. La guidance n'élimine pas l'incertitude sur ce qui apparaît, mais elle crée un cadre où le matériau peut surgir sans tout déborder. Cette confiance ne rend vraie aucune image et ne garantit pas qu'une technique quelconque soit appropriée à n'importe quelle personne. Cela signifie, dans mon cas, que je n'explorais pas seul quelque chose qui pouvait me remuer profondément.
Si une pratique de ce type augmente de façon importante l'angoisse, désorganise la vie quotidienne ou réactive des expériences traumatiques difficiles à soutenir, la réponse responsable n'est pas de forcer davantage l'expérience, mais de s'arrêter et de chercher une orientation professionnelle adaptée.
Comment lire une régression
Si tu essaies de lire une régression entière d'un seul coup, tu te perdras dans les détails : le serpent, le casque en crin de cheval, la couleur du kimono, les écailles du plastron. Les détails comptent, mais ils ne sont pas le message.
Il m'a fallu des mois pour me rendre compte que, chaque fois que j'essayais de comprendre une séance, je faisais toujours la même chose sans le savoir. D'abord je regardais ce qui était apparu. Ensuite, où cela m'avait touché dans le corps. Puis je cherchais la phrase qui restait quand tout le reste s'éteignait. Et enfin je me demandais ce qui devait changer dans ma vie.
Ce sont quatre couches, et il convient de les descendre dans l'ordre : scène → émotion → enseignement → intégration.
La scène, c'est ce qui apparaît : un océan nocturne au fond épais comme du chocolat, un enfant oriental, une prairie, un plastron d'écailles noir de jais, un temple doré, un portail ouvert au milieu de nulle part, une machinerie immense sur une planète sans une seule feuille.
L'émotion rend la scène signifiante et montre comment l'expérience a été vécue de l'intérieur : la culpabilité, la haine, la solitude, la peur, la tristesse, le rire incontrôlable. Presque toujours elle se sent dans le corps avant de se sentir dans la tête : dans la gorge, dans la poitrine, dans les bras. Son intensité ne démontre pas que la scène ait été historique, mais elle nous permet de reconnaître l'expérience affective qui était en train de se produire.
L'enseignement, c'est la phrase simple qui reste à la fin, comme quelqu'un qui laisse un mot sur la table : me pardonner ; dire non, et le dire à temps ; ne pas affirmer plus que ce que je sais ; prendre soin de l'énergie ; aimer sans posséder.
L'intégration ne démontre pas ce qu'était la régression. Elle démontre quelque chose de différent et de plus modeste : que l'expérience a produit un changement observable. Une limite posée, un repos pris, une culpabilité réexaminée, une décision qui attendait depuis des années, une file de fourmis qu'on n'écrase plus : tout cela appartient déjà à la vie présente.
Couche — Question — Ce que nous obtenons
Scène — Qu'est-il apparu ? — Le matériau vécu ou symbolique.
Émotion — Qu'ai-je ressenti et où l'ai-je remarqué ? — L'expérience affective et corporelle.
Enseignement — Quelle compréhension est restée ? — Une lecture transposable possible.
Intégration — Qu'est-ce qui change dans ma vie ? — Un comportement, une limite, une décision, un pardon ou une nouvelle façon de regarder.
Et maintenant remarque une conséquence que j'ai eu beaucoup de mal à accepter : la scène est la couche la plus spectaculaire et, paradoxalement, la moins nécessaire pour vérifier si quelque chose m'a aidé. Je peux continuer à douter de l'existence de cet enfant oriental. Je peux affirmer que, pendant l'expérience, j'ai ressenti une culpabilité d'une intensité énorme, qu'un enseignement sur le pardon est apparu ensuite et que cet enseignement a influencé la manière dont j'ai commencé à regarder certaines culpabilités de ma vie présente.
C'est pourquoi, quand tu entreras dans la deuxième partie, ne lis pas pour savoir si c'est vrai. Lis en descendant par les quatre couches.
Une précaution importante
Une régression ne doit pas être utilisée comme preuve pour accuser une autre personne, pour reconstruire comme certain un épisode qui ne peut pas être corroboré, pour établir la cause d'une maladie ou pour prendre à elle seule une décision médicale, judiciaire ou de sécurité. Une expérience intérieure peut ouvrir des questions importantes ; quand la réponse dépend de faits extérieurs, ces faits ont besoin de preuves extérieures.
Règle d'or
Il ne s'agit pas d'accumuler des épisodes extraordinaires, mais de voir quelle dimension du même chemin enseigne chacun d'eux. La scène est la couche qui attire le plus l'attention et celle qui enseigne le moins.
Le canal : comment arrive l'information
Après les séances —ou peut-être bien avant, sans que je l'aie reconnu— j'ai commencé à prêter beaucoup plus d'attention à certaines phrases brèves, images, associations et intuitions qui apparaissaient spontanément. Quelque chose est resté ouvert.
Pour pouvoir en parler, il me fallait un nom, et j'ai choisi « canal ». C'est un terme qui décrit mon expérience, non l'affirmation que j'aurais démontré une voie objective de communication avec un autre plan.
Je n'entends pas de voix extérieures et je ne vois pas de textes projetés devant moi. Je l'éprouve comme un mélange d'intuition, d'image, de sensation et de pensée soudaine ; quelque chose qui ressemble à quelqu'un qui me chuchoterait, à très faible volume, depuis l'arrière de mon champ visuel. Je ne saurais pas te dire si c'est une voix masculine ou féminine, jeune ou âgée. Parfois je l'interprète spirituellement ; d'autres fois je considère que cela peut être une production de mon propre esprit. Je n'ai aucun moyen concluant de trancher.
Les réponses n'arrivent jamais sous forme de traités ni d'explications closes. Elles arrivent sous forme de phrases brèves, d'images, de symboles ou de souvenirs. « Ils sont votre nourriture ». « Elles défendaient leur communauté ». « C'est un instrument chamanique ». « Énergie ». On me donne juste ce qu'il faut pour que je raisonne ensuite. L'enseignement n'arrive pas clos : il arrive ouvert, et le travail de le clore m'appartient.
Quand arrive-t-elle ? J'ai observé deux moments. L'un est le calme : rentrer fatigué à la maison, prendre une douche et m'allonger quelques minutes sur le lit. Là, il arrive peu de chose. L'autre est l'excitation nerveuse, et là ça arrive à flots. C'est comme allumer un téléviseur : tu appuies sur le bouton et, tout à coup, tous les électrons du circuit se mettent à bouger. Ça m'est arrivé en conduisant, dans cet instant minime de tension où je calcule si j'arriverai au feu encore vert ; en accomplissant des tâches complexes ; en écoutant une musique qui m'émeut ; en regardant une scène de film qui m'emporte.
Et c'est là qu'apparaît la rage, parce que je sais que quelque chose d'important est en train d'arriver et que je n'ai sous la main ni stylo, ni papier, ni ordinateur. On m'a donné un moyen mnémotechnique pour le retenir —le répéter à voix haute—, mais je ne peux pas toujours l'utiliser : si je suis en train de parler avec quelqu'un, je ne vais pas me mettre à réciter, parce qu'on penserait que j'ai une tare.
J'ai appris à distinguer deux types de messages. Il y a les réponses à des questions vitales, celles que l'on lance en l'air pendant des années sans attendre de réponse. Et il y a les souvenirs d'éclaircissement, qui ne répondent à rien d'ancien, mais qui viennent après compléter ou expliquer une scène restée ouverte lors de la régression.
Il y a aussi des communications ratées : des rafales vertigineuses d'images que je distingue à peine et qui disparaissent aussitôt. Je crois que ce sont des transmissions qui commencent et s'interrompent, comme quand tu essaies de capter une station de radio et que tu n'entends que quelqu'un parler dans une boîte de conserve, ou comme une cassette qui perd sa tension et s'emmêle à l'intérieur du radiocassette.
Il existe un troisième lieu où tout cela se met en ordre, et c'est la méditation. Parfois je m'assois pour méditer et ensuite je transcris ce qui est apparu. D'autres fois, l'information n'arrive pas en méditant, mais dans un moment tranquille et quotidien, sans que je l'aie cherchée. La première de ces méditations fut la tentative de comprendre quelque chose de très simple et de très énorme : ce qu'est l'amour.
Et il y a un mot qui est venu nommer toute cette étape. J'ai demandé une aide qui définirait ce qui m'arrivait et dans mon esprit est apparu un seul mot : recalibrage. C'est un terme industriel ; il désigne l'optimisation d'une machinerie pour qu'elle fonctionne mieux. Il ne me vient pas de description plus exacte, ni plus humble, de ce qui est en train de se passer en moi.
Tout cela a un prix. Il y a des jours où je suis épuisé en milieu de matinée, et ce n'est pas seulement de la fatigue physique : c'est comme si le processus de recevoir, d'ordonner et de recalibrer consommait une quantité énorme d'énergie avant même que la journée n'ait avancé. Retiens ce mot —énergie—, parce qu'il reviendra.
D'où vient tout cela ? Je ne le sais pas. C'est peut-être mon esprit. Peut-être mon subconscient. Peut-être une entité extérieure. Peut-être un mélange de plusieurs choses. Je ne peux pas écarter de façon absolue les interprétations que j'envisage, mais je ne peux pas non plus les traiter comme des faits sous prétexte que je ne sais pas les écarter. Je peux les maintenir comme des possibilités et, en attendant, observer leur utilité, leur cohérence et leurs effets.
Et je veux être clair sur une chose, pour ne pas affirmer plus que ce que je sais : peut-être que ces canaux ne se sont pas ouverts à la suite des régressions. Peut-être qu'ils étaient ouverts depuis longtemps et que c'était moi qui rejetais ce qui arrivait, le prenant pour des idées sans utilité. Peut-être que cela ne m'arrive pas qu'à moi, mais à beaucoup de gens qui ne s'en rendent pas compte. Puy a peut-être simplement été celle qui me l'a mis sous les yeux.
Ce que je peux affirmer, c'est que l'accompagnement de Puy a changé ma manière de m'observer. Je l'ai vécu comme un éveil vis-à-vis de certains automatismes que je répétais depuis des années : travailler sans limite, réagir sans écouter le corps et avancer par inertie sans me demander ce dont j'avais réellement besoin.
L'important, pour le moment, c'est que l'information arrive. Et que je dois l'écrire avant que la source ne se tarisse.
Règle d'hygiène intérieure
Toute image n'a pas à être forcée jusqu'à devenir signification. Certaines, on les note, on les laisse reposer et on ne les reprend que si elles reviennent avec clarté. Parfois une image n'est pas une révélation : c'est une tentative incomplète de communication.
La sensibilité : le fil par lequel passe le signal
Quand, dans ces pages, je mets en relation sensibilité et perception, je parle d'une hypothèse née de ma propre expérience. Je ne peux pas affirmer qu'il existe une relation objective entre être plus sensible et recevoir de l'information depuis un plan extérieur. Je peux affirmer que, lorsque je suis plus attentif à mon corps, à mes émotions et aux nuances de ce qui se passe autour de moi, je perçois davantage de choses qui passaient auparavant inaperçues. Ce fait, à lui seul, a déjà une valeur pratique.
Lu de manière pratique, ce chapitre parle aussi de quelque chose de quotidien : certaines personnes ont besoin de plus de repos, de plus de limites et de plus de soin de leur environnement pour ne pas se saturer.
Si le canal est une station émettrice, la sensibilité est le câble.
Tout ce que je perçois peu à peu pointe vers une même idée : la sensibilité améliore la capacité de perception. Cela ne signifie pas qu'une personne moins sensible ne puisse rien recevoir ; cela signifie que la sensibilité facilite la communication. C'est comme la différence entre câbler une maison avec des câbles de haute qualité, blindés et protégés contre les interférences, et monter un câblage provisoire accroché au mur avec des punaises. Dans le second cas, si tu branches une ampoule, elle peut clignoter. Non pas parce que l'électricité n'existe pas, mais parce que le canal n'est pas bien préparé.
Mais la sensibilité n'est pas seulement de l'émotion. Avec le temps, j'ai découvert de quoi elle est faite, et la liste me surprend : c'est l'éducation du savoir-être que mes parents m'ont inculquée, qui ne consiste pas à dire bonjour mais à se rendre compte que l'autre existe ; c'est la naïveté et l'innocence, qui m'ont coûté tant de déboires ; c'est la curiosité, non pas l'indiscrète, mais la technique, la scientifique et l'humaine ; c'est la compassion ; c'est la capacité d'émerveillement ; c'est la douleur devant la souffrance d'un animal ; c'est le soin de celui qui tient une fleur entre ses mains et ne veut pas qu'elle s'abîme.
Et cela a un prix élevé. La sensibilité m'a rendu naïf. Elle m'a fait croire celui qui se moquait de moi. Elle m'a amené à porter le travail que les autres laissaient sur ma table. Elle m'a fait me sentir trahi, avec cette sensation de tripotage intérieur, comme si quelque chose de pur avait été touché sans précaution. Elle m'a fait vivre avec trop d'intensité les liens et les pertes.
Cela se remarque dans le corps, et j'ai appris à distinguer les frissons. Il y en a un qui apparaît lorsqu'un enseignement nouveau me parvient : il se sent dans les triceps et derrière les oreilles, et c'est un « wow » corporel, une fête intérieure. Il y en a un autre qui apparaît lorsque quelque chose me dépasse : il commence aux épaules, descend vers les mains et parcourt les jambes, comme si j'étais le câble avec lequel un électricien raboute deux extrémités. Celui-là ne dit pas « wow ». Il dit : cela te dépasse.
À côté de la sensibilité, il faut autre chose : un esprit ouvert. Il y a des esprits perceptifs, qui écoutent et observent sans objections immédiates, et il y a des esprits qui se moquent de ce qu'ils ne comprennent pas et se ferment par conviction. Une de mes phrases préférées, que je me rappelle attribuée à Gerry Spence, le dit mieux que moi : je préfère que mon esprit s'ouvre par curiosité plutôt qu'il ne se ferme par conviction.
Il y a en outre deux traits chez moi que je ne sais pas encore tout à fait où placer, mais qui, je le soupçonne, font partie de tout cela.
Le premier est la pensée discursive. Quand je me confronte à un problème complexe qui échoue de façon intermittente, je me mets à parler avec moi-même : je discute par où réviser, de l'endroit où la panne peut prendre son origine ; parfois j'ai l'impression de parler avec le problème lui-même. Cela m'arrive aussi avec les problèmes quotidiens. Mes lèvres bougent sans émettre un mot, comme si je voulais que quelqu'un lise sur mes lèvres. Mais la réalité, c'est que j'ai besoin d'analyser l'information d'une façon différente de celle des autres.
Le second est le TDA. On me l'a diagnostiqué il y a peu. Aux tests d'attention soutenue, le résultat a été désastreux : dès que la tâche devient monotone, mon esprit se distrait. Mais aux tests complexes, ceux avec des figures très étranges qui gardent une corrélation, je n'en ai raté aucun. Le psychologue m'a expliqué que dans le TDA il y a des choses qui se donnent mal et d'autres qui se donnent bien, et qu'au bout du compte c'est comme essayer d'équilibrer une balance : une carence se compense par une vertu. Je me demande —et je veux le travailler avec Puy— si ce trouble cache quelque qualité qui ait à voir avec tout cela.
Et il y a encore quelque chose que j'ai observé, et qui ne dépend pas de moi mais des autres. Quand une personne traverse un problème, de santé ou de toute autre nature, apparaissent des personnes bienveillantes qui l'aident. Mais l'aide est double : d'un côté il y a le conseil, et de l'autre c'est comme si l'on percevait, très subtilement, un partage d'énergie qui te montre le chemin. Je ne le vis pas seulement comme une aide, mais comme un amplificateur : quelque chose qui provoque l'éveil de ta sensibilité et qui est là pour te soutenir.
Pendant des années, j'ai cru que ma sensibilité était ma faiblesse. Je commence à soupçonner qu'elle est, précisément, l'outil.
Avec le temps, j'ai compris en outre quelque chose qui peut servir même si le lecteur ne partage aucune de mes interprétations spirituelles : être sensible n'oblige pas à être disponible pour tout le monde. Percevoir beaucoup ne signifie pas devoir tout porter. La sensibilité sans limites peut se transformer en épuisement, en complaisance ou en abandon de soi. En prendre soin implique aussi d'apprendre à se retirer, à se reposer, à demander de l'aide et à dire non.
Idée centrale
La sensibilité peut être une capacité de perception précieuse, mais elle a besoin de limites, de repos, d'un corps soigné et de prudence interprétative. Percevoir avec intensité ne transforme pas automatiquement une interprétation en vérité.
L'énergie : la monnaie avec laquelle se paie tout ce que l'on voit
J'utilise ici le mot « énergie » au sens où il est apparu à l'intérieur de mes expériences vécues et dans le modèle que j'ai construit ensuite. Je n'affirme pas avoir mesuré une énergie physique inconnue ni décrire un mécanisme scientifique établi. C'est un modèle personnel qui m'aide à ordonner pourquoi certaines images apparaissaient et d'autres non, pourquoi certaines émotions se ressentaient avec une intensité énorme et pourquoi je terminais certaines séances épuisé.
Le lecteur peut conserver ce modèle spirituel s'il lui paraît signifiant, ou le traduire dans un langage entièrement quotidien : l'attention, l'effort mental, l'activation émotionnelle, le repos et les ressources physiques sont limités. Dans l'un comme dans l'autre langage demeure un enseignement pratique : nous ne pouvons pas vivre indéfiniment en dépensant nos ressources dans ce qui nous détruit.
C'est peut-être le concept le plus important du livre, et aussi le plus difficile à expliquer. Si tu l'assimiles maintenant, tu comprendras presque tout ce qui vient ensuite.
Dans mes vécus, tout ne m'est pas montré. Certaines images apparaissent complètes et d'autres non. Certains sens s'activent et d'autres restent bloqués. Je pouvais sentir l'odeur du bois brûlé, mais pas celle du sang. Je voyais le haut du corps d'un officier, jamais son corps entier. Je ne pouvais pas tourner le cou. Je ne voyais pas le reste de ma famille.
Pendant longtemps, j'ai interprété tout cela comme des défaillances de ma part : manque de netteté, peu de capacité à visualiser, peur. Jusqu'à ce que je commence à demander. Lorsque, déjà dans la phase de transcription, je lançais intérieurement des questions du type « pourquoi est-ce que je ne peux pas lire ceci ?, pourquoi est-ce que je ne peux pas voir cela ? », des visions différentes ont commencé à me parvenir : des mots qui semblaient écrits dans un document au fond noir et aux lettres blanches, apparaissant et disparaissant de façon intermittente, comme un tic. Et le mot était toujours le même :
Énergie. Énergie. Énergie.
C'est de là qu'est né le modèle qui ordonne tout. Le vécu fonctionne comme un optimiseur : il ne cherche pas la complétude, il cherche l'efficacité symbolique. Son principe est d'obtenir le maximum de signification avec la dépense énergétique minimale. Il ne reconstruit pas toute la scène ; il sélectionne seulement ce qui contient la vérité émotionnelle ou spirituelle nécessaire.
Il en découle quelque chose de beau que je veux que tu retiennes : l'absence est aussi une information. Que je ne voie pas quelqu'un ne signifie pas le vide. Que je ne puisse pas sentir l'odeur de quelque chose n'est pas une incapacité, mais une sélection. Chaque manque répond à une question : qu'aurait coûté le fait de montrer cela ? Qu'est-ce qui a reçu cette énergie à sa place ? Quel enseignement cette omission protégeait-elle ?
Et l'énergie ne se réserve pas seulement à la douleur. Dans le vécu de la petite fille dont le père part à la guerre, je n'ai pu voir personne d'autre de ma famille, et je sais maintenant pourquoi : toute l'énergie devait aller ailleurs. À la sensation de mon père me soulevant très haut, à mes petites jambes tournant vers mon dos, au chatouillement dans la poitrine et à un rire infini. Ce fut le plus grand bonheur que j'aie ressenti dans tous mes vécus. L'énergie protège aussi l'essentiel.
Avec le temps, j'ai distingué plusieurs fonctions : énergie de visualisation, sensorielle, émotionnelle, narrative, d'action et de recharge. Même le bégaiement, ce court-circuit qui me prend quand Puy me demande quelque chose, semble être un signal indiquant que j'ai besoin de me recharger sur un plan intermédiaire avant de pouvoir continuer.
Et alors arrive le saut qui change tout, et qui ne parle plus de régressions mais de ma vie. Si dans les vécus l'énergie ne se gaspille jamais, si elle se réserve toujours à l'essentiel, pourquoi ai-je dépensé, moi, des années de mon énergie vitale à soutenir ce qui était en train de me détruire ? Endurer, justifier, résister, ne pas rompre, ne pas agir.
Apprendre à dire non est aussi une forme d'économie de l'énergie : la retirer de ce qui est devenu profondément négatif et la réserver à ce que je dois protéger. Ma dignité, ma santé et mon avenir.
Concept clé
Un vécu ne montre pas tout le possible : il montre ce pour quoi il y a de l'énergie, ce qui peut transformer et ce que le système peut soutenir sans se briser. Et son corollaire pratique : si une information exige d'abîmer le repos, la santé ou la stabilité, c'est qu'elle ne s'intègre pas correctement.
L'âme : ce qui ne tient pas dans une seule vie
Ce qui suit est la manière dont l'âme s'est représentée à moi pendant l'une des séances. Je le raconte comme une expérience spirituelle et symbolique ; non comme une description démontrée de la structure de l'univers. L'image que j'ai reçue me représentait l'âme comme quelque chose qui n'était pas limité à une seule biographie : c'est la compréhension spirituelle que j'en ai tirée, non une description factuelle que je puisse démontrer scientifiquement.
Lors d'une des séances, je me suis écarté de ce que Puy me demandait et j'ai posé de mon propre chef une question que je portais en moi depuis toujours : j'ai posé une question sur l'âme.
On m'a montré un livre aux couvertures blanches, mais d'un blanc qui n'était pas uniforme. Il avait de nombreuses pages, et chaque page portait un marque-page semblable à une sphère jaunâtre et transparente. Ces sphères se déplaçaient très vite d'une page à l'autre.
On m'a expliqué que la nature de l'âme n'est pas ce que nous comprenons ici, sur le plan physique, et que nous ne pourrions pas en saisir tout le concept. J'ai demandé une image, et on me l'a donnée : chacune de ces pages représente une portion de l'âme. L'une d'elles est celle qui vit sur le plan physique. Les autres sont d'autres portions qui se trouvent sur d'autres plans, d'autres univers ou d'autres dimensions.
Il ne s'agit pas exactement d'espace-temps, ni de multivers entendu de façon simple. Ce que j'ai pu entrevoir fut une autre image : imagine que tu puisses voyager dans le temps avec le cadran d'une radio analogique, en le déplaçant en avant et en arrière. Ce concept est trop simple. Imagine maintenant que le cadran n'est pas une ligne, mais une sphère ; et que cette sphère n'a pas de dimension fixe : elle est infinie. Elle peut tenir entre tes mains ou être aussi grande qu'une planète. Déplacer un point à l'intérieur de cette sphère te situe quelque part : la Terre maintenant, la Terre à une autre époque, ou un autre type d'univers.
Cela s'accordait avec quelque chose que j'avais lu. Dans des livres de psychologues qui utilisent l'hypnose de régression clinique, beaucoup de patients qui parvenaient au moment de la désincarnation et passaient vers la lumière étaient surpris d'y rencontrer des gens qui étaient encore vivants sur le plan physique. J'ai relié cette lecture à ce que l'on venait de me transmettre et j'ai senti que je comprenais : notre âme n'est pas attachée exclusivement à notre corps.
Et cela s'accordait aussi avec une autre lecture qui m'avait intrigué pendant des années. Un livre proposait une explication spéculative des déjà-vu au moyen de mondes parallèles et de concepts empruntés à la physique quantique : un déjà-vu pourrait être un souvenir qui parvient à notre conscience actuelle depuis un autre moi, d'un autre monde parallèle, qui a vécu la même expérience quelques secondes ou quelques minutes plus tôt. Cet autre moi aurait surgi d'une décision binaire —« est-ce que je me marie ou non avec cette personne ? »— : à l'instant où la question s'ouvre, deux univers se généreraient, un pour chaque réponse, et les deux vies pourraient s'entrecroiser à un moment donné de façon très subtile. Cette lecture m'avait impressionné et a pu faire partie du matériau avec lequel mon esprit a construit la scène. Je ne présente pas cette explication comme un résultat établi de la physique : je la mentionne parce qu'elle était dans ma mémoire et parce qu'elle a influencé la manière dont j'ai interprété ce que j'ai vu.
À côté de cela apparaissent d'autres notions que j'utiliserai par la suite et qu'il convient que tu connaisses.
À l'intérieur du cadre spirituel de ces expériences, j'appelle plan astral celui où, selon cette lecture, nous apparaissons tous une fois que nous nous désincarnons, et où nous demeurons un temps jusqu'à ce que l'âme finisse de se dépouiller de ses couches, la coquille de la vie terrestre que nous avons eue. Je ne le présente pas comme un plan d'existence démontré.
À l'intérieur de cette même lecture apparaissent les entités. Lors d'une séance, la réponse que j'ai éprouvée fut qu'il y avait des entités qui s'alimentaient de ma haine ; je le vis ainsi, à l'intérieur de la scène, et non comme une constatation extérieure. Selon certaines lectures spirituelles, et aussi selon des psychiatres qui ont travaillé avec la régression, d'autres seraient des êtres désincarnés qui, de leur vivant, ont abusé du tabac, de l'alcool ou du sexe, et qui s'approchent de ceux qui pratiquent ces mêmes conduites. Et il y a des entités moqueuses, qui se contentent de rire et de te jouer un tour. Je recueille ces descriptions comme faisant partie du langage avec lequel j'ordonne mon expérience, non comme des faits établis.
Dans l'image que j'ai reçue, il y a des lieux où n'existent ni hiérarchies ni rangs sociaux tels que nous les entendons ici, mais bien des entités supérieures qui donnent des instructions et d'autres que nous, qui les exécutons ; et où, quand une tâche est trop complexe, plusieurs êtres s'unissent entre eux et agissent comme un seul être.
Et il y a des portails. J'en ai vu un s'ouvrir au milieu de nulle part, sans mur ni lieu physique pour le soutenir, et de l'autre côté il y avait un autre bâtiment. Le message semblait clair : il n'est pas besoin de vaisseaux spatiaux comme les nôtres pour voyager dans l'espace ou dans le temps.
Il reste une dernière image que je veux te laisser ici, même si son expérience complète viendra plus loin. Dans une régression, j'ai vu une planète complètement désertique, sans une seule feuille, et, à l'intérieur d'une machinerie immense, un être qui traitait des millions de données par seconde face à une lumière bleutée dont je savais qu'elle était de la lumière d'information. En sortant de cette salle, il m'a montré un artefact, et quand Puy m'a demandé ce que c'était, j'ai répondu sans réfléchir : une semeuse de vie. Et ensuite j'ai dit un mot : panspermie. La théorie selon laquelle la vie a pu se disséminer dans l'univers en faisant parvenir aux planètes des embryons qui donneraient lieu, ensuite, à des formes plus sophistiquées.
Je reconnais que j'avais déjà lu des choses sur la panspermie, tout comme j'avais lu sur les Shemsu-Hor avant de les rencontrer. Je ne peux pas écarter que mon subconscient ait construit la scène avec des matériaux qui étaient déjà en moi. Le pacte du premier chapitre revient : je ne l'affirme ni ne le nie.
Prudence
J'avais déjà lu sur les Shemsu-Hor et sur la panspermie avant de les rencontrer au-dedans. Cela n'invalide pas l'expérience, mais oblige à la prudence : le matériau pouvait déjà être en moi.
Les enseignements qui ordonnent tout
Si je devais résumer en quelques pages tout ce que j'ai appris, ce serait ceci. Je ne te demande pas de l'assimiler entièrement maintenant ; chacun se déploie, avec son histoire et sa douleur, plus loin. Je veux seulement que tu saches vers où nous allons : cinq enseignements centraux et quatre apprentissages qui les traversent.
Premier : dire non, et le dire à temps. Quand je suis sorti de la régression où j'étais un officier qui avait obéi à des ordres atroces, j'ai dit que l'enseignement était « savoir dire non ». Cela m'a paru ridicule. On s'attend à venir sur ce plan avec des devoirs plus élevés, avec quelque pouvoir métaphysique, pas avec quelque chose d'aussi terre à terre. Mais c'était exactement cela. Et il y a une nuance qui le rend terrible : il ne suffit pas de poser la limite, il faut la poser avant que le mal ne soit irréversible. Dans cette vie-là, mes mains étaient déjà tachées de sang quand j'ai voulu refuser. Même si l'on m'avait exécuté de toute façon pour avoir refusé dès le début, au moins mes mains auraient été propres.
Deuxième : se pardonner. Toute culpabilité ne correspond pas à une responsabilité réelle. J'ai été un enfant qui a fait entrer un serpent dans la maison comme si c'était un jouet, et ce serpent a tué ma mère. J'ai passé une vie entière courbé sous le poids d'un accident. L'enseignement est arrivé à la fin, alors que j'étais déjà un vieillard assis sous un arbre à attendre la mort : je devais me pardonner. Tout ce qui appartient à ce corps reste là. La compassion que le Christ m'a appris à diriger vers les autres doit aussi se diriger vers soi-même.
Troisième : lâcher prise. Dans l'expérience, j'étais une petite fille qui voyait son père partir à la guerre avec la certitude qu'il ne reviendrait pas. La scène m'a laissé une compréhension spirituelle très forte : la vie s'est représentée à moi comme un chapitre à l'intérieur de quelque chose de plus grand, et l'amour comme quelque chose que des adieux n'épuisaient pas. C'est ma lecture et je ne peux pas la présenter comme une certitude sur ce qui se passe après la mort.
Il y a cependant un enseignement qui ne dépend pas d'accepter cette interprétation : une perte peut se fixer à l'instant où nous comprenons que quelque chose ne sera plus jamais comme avant. Lâcher prise ne signifie ni oublier ni cesser d'aimer. Cela signifie cesser d'exiger que la réalité revienne à une forme qui a déjà pris fin et apprendre à porter le lien, le souvenir ou l'amour d'une autre manière.
Quatrième : aimer sans posséder. L'attachement dit « j'ai besoin de toi », « sans toi je ne peux pas vivre » ; il essaie d'attacher l'autre personne et de faire de sa présence une condition de notre stabilité. L'amour véritable regarde en face le cœur de l'autre. Parfois aimer signifie laisser partir, et même accepter que cette personne trouve auprès d'une autre le bonheur qu'elle ne trouvait plus avec toi. Et de là découle quelque chose qu'il m'est douloureux de voir autour de moi : la vie ne devrait pas devenir une salle d'attente où nous restons assis jusqu'à ce qu'un partenaire apparaisse, et nous ne devrions pas non plus nous considérer incomplets en attendant. Quand l'amour arrivera, il devra nous trouver en train de vivre.
Cinquième : la tendresse. Aimer ne consiste pas seulement à ressentir quelque chose au-dedans de soi. L'amour qui ne se manifeste pas peut exister à l'intérieur d'une personne, mais il pourra difficilement être reconnu par celui qui a besoin de le recevoir. C'est pourquoi la tendresse n'est pas un élément secondaire ni une expression superficielle : elle est la manière dont l'amour s'approche de l'autre, devient visible et peut être senti. La tendresse, c'est s'approcher. C'est venir. C'est faire savoir à l'autre qu'il a été vu. Je le sais bien, car le souvenir le plus ancien que je garde de ma vie est celui d'être seul dans mon berceau, agrippé aux barreaux, attendant que quelqu'un vienne.
Quatre apprentissages qui traversent les cinq enseignements
Premier : apprendre à vivre avec le fait de ne pas savoir. Toutes les questions n'ont pas de réponse accessible. Je ne sais pas ce qu'ont été exactement mes régressions et j'ai dû apprendre que l'incertitude n'invalide pas l'expérience. Dans la vie quotidienne, il en va de même : nous ne saurons peut-être jamais pourquoi quelqu'un a agi d'une certaine manière, ce qui serait arrivé si nous avions choisi autrement, ou ce qui nous attend après une perte. Mûrir consiste aussi à ne pas remplir chaque vide par une certitude inventée.
Deuxième : écouter le corps avant de construire une explication. Beaucoup de mes expériences ont commencé dans la gorge, la poitrine, les mains ou l'estomac avant de se transformer en mots. Cette observation peut se transposer à n'importe quelle vie : avant d'analyser pourquoi nous sommes en colère, effrayés ou tristes, nous pouvons nous arrêter et reconnaître ce qui se passe physiquement. Le corps ne résout pas à lui seul l'interprétation, mais il peut nous avertir que quelque chose mérite attention.
Troisième : prendre soin de ses propres ressources. Je l'ai expliqué au moyen de l'idée d'économie de l'énergie. Le lecteur peut l'entendre dans un sens spirituel ou simplement humain : nous disposons d'une attention, de forces physiques et de ressources émotionnelles limitées. Une vie consacrée à soutenir indéfiniment des situations destructrices finit par se payer. Se reposer, demander de l'aide et poser des limites sont aussi des façons de prendre soin de ce avec quoi nous devons continuer à vivre.
Quatrième : sensibilité ne signifie pas sacrifice de soi. Pendant des années, j'ai parfois confondu comprendre les autres et supporter de trop. Être sensible peut nous aider à écouter, à percevoir et à prendre soin, mais cela n'oblige pas à accepter n'importe quelle charge. La sensibilité a besoin de discernement et de limites pour ne pas devenir une forme d'abandon de soi.
Les cinq enseignements centraux continuent de pointer dans une même direction : il y a des choses qui retiennent —le oui que nous n'avons pas su refuser, la culpabilité ancienne, la perte qui se fige, l'attachement qui ligote— et nous devons apprendre à nous relier à elles d'une autre manière. Les quatre apprentissages transversaux ajoutent la méthode : tolérer l'incertitude, écouter le corps, prendre soin de nos ressources et protéger la sensibilité par des limites.
Pour assimiler
Aucun de ces enseignements ne m'est parvenu comme un conseil moral. Tous sont arrivés incarnés dans une scène, avec un corps qui les ressentait. C'est peut-être pour cela qu'ils ne s'oublient pas.
La musique : un instrument chamanique
Quand je mets en relation musique, rythme et états de conscience, je le fais comme une hypothèse personnelle et une observation de mon expérience. Une mesure musicale peut décrire un motif rythmique, mais elle ne démontre pas à elle seule une causalité thérapeutique et ne transforme pas une chanson occidentale en une pratique chamanique au sens technique.
Depuis tout jeune, j'ai aimé le rock, parce que j'y voyais une musique avec du mordant, capable d'élever mon esprit. Dans mon groupe d'amis, tout le monde appréciait la qualité d'une guitare ou d'une basse. Moi, en revanche, c'étaient les batteries qui attiraient mon attention.
Toute ma vie, sans m'en rendre compte, j'ai analysé la percussion de chaque groupe que j'écoutais. La batterie marque la mesure ; elle est probablement la colonne vertébrale de la chanson, même si tout le monde ne le comprend pas ainsi.
L'une des premières réponses qui me soient parvenues par le canal répondait à cette question ancienne : pourquoi est-ce que j'aime les batteries plus que n'importe quel autre instrument ? La réponse fut simple :
C'est un instrument chamanique.
Rien que cela. Comme si l'on m'obligeait à raisonner le pourquoi d'une réponse que, au fond, je connaissais déjà.
Et c'est là qu'il s'est passé quelque chose qui ne cesse de m'étonner. J'ai voulu le vérifier. J'ai isolé la piste de batterie d'Alive and Kicking, de Simple Minds — cette chanson qui m'élève l'esprit depuis toujours — et j'ai demandé de l'aide pour la mesurer, car je ne suis pas musicien. Le résultat : le climax du morceau atteint quelque 4,1 frappes par seconde, et ce chiffre tombe pile dans la fourchette classique du tambourinage chamanique, de 4 à 4,5 frappes par seconde, associée à la bande cérébrale thêta. Le moment où le morceau se ressent comme le plus extatique est exactement celui où sa densité de frappes touche la vitesse du tambour du chaman.
En toute honnêteté : techniquement, cette batterie n'est pas chamanique. Le tambour chamanique pur est une pulsation monotone, sans structure, tenue quinze minutes ou plus, conçue pour n'être pas de la musique mais un outil. Ce que j'écoute, moi, est une chanson. Mais fonctionnellement, elle actionne les mêmes leviers. Et il y a un argument qui m'a convaincu : les experts rappellent que le contexte culturel commande, que s'il suffisait du rythme la moitié de l'Afrique serait en transe toute l'année. Eh bien : si le contexte culturel commande, alors pour nous, Occidentaux européens, cette batterie peut parfaitement être chamanique.
Plus tard, j'ai découvert que la musique avait encore une autre fonction, distincte de la transe. En l'écoutant dans un état particulièrement sensible, j'ai senti mon corps commencer à se remplir d'énergie, surtout dans la poitrine. J'ai compris que cette batterie pouvait fonctionner comme un générateur : une charge supplémentaire avant d'affronter une régression, ou peut-être pour soutenir la réception du canal.
Et puis il y a les chansons qui se mettent à résonner dans ma tête et ne s'arrêtent pas, jusqu'à ce que je comprenne ce qu'elles venaient me dire. Quand l'enseignement est reçu, elles cessent de résonner.
Idée centrale
Le rythme ordonne le corps, la respiration et l'émotion. C'est pourquoi la réponse que j'ai reçue n'était pas musicale, mais spirituelle. Et il y a un détail que j'utilise comme boussole : quand l'enseignement d'une chanson a été reçu, la chanson cesse de résonner dans ma tête.
Le phare bouddhiste : Pema Chödrön
Tout au long de ce livre, je citerai constamment une femme, et il est juste que je te la présente avant.
Pema Chödrön est une moniale bouddhiste et une maîtresse de méditation, disciple de Chögyam Trungpa Rimpoché. Ses livres m'ont accompagné pendant toute la maladie. Ses enseignements sont beaux, mais ils emploient une rhétorique orientale très dense, qu'il faut « mâcher » ; c'est pourquoi j'ai voulu rassembler ici, en quelques pages, ceux de ses concepts qui m'ont le plus soutenu, à la portée de toute personne qui traverse un processus de guérison.
Voici ses concepts dont tu as besoin pour me suivre :
Bodhichitta. Cela signifie cœur noble ou cœur éveillé. C'est ce lieu tendre et sensible que nous portons tous en nous. De même que le beurre est déjà contenu dans le lait et l'huile dans la graine de sésame, cette bonté est déjà en chaque personne depuis le début. Et si cruels ou mesquins que nous ayons été, elle ne se perd jamais : c'est comme un joyau enterré depuis un million d'années qui, ramené à la lumière, brille intact.
Maitri. La bonté aimante ; l'amitié inconditionnelle envers soi-même. Pema l'explique par l'image d'un oiseau mère qui prend soin de ses petits. Quand on lui demande si nous sommes la mère ou l'oisillon, elle répond que nous sommes les deux à la fois.
Tonglen. Prendre et donner. Cela retourne notre instinct : en inspirant, nous accueillons la douleur ; en expirant, nous envoyons du soulagement et de la fraîcheur. Il faut du courage pour le pratiquer, et en le pratiquant il nous insuffle du courage.
Impermanence. Rien n'est statique ; tout est passager. Nous le savons avec la tête, mais au-dedans nous résistons.
Samsara. L'habitude de fabriquer sans relâche de petites zones de sécurité auxquelles nous accrocher, qui s'écroulent encore et encore, et à la reconstruction desquelles nous dépensons la vie entière.
Le guerrier compatissant. Ce n'est pas un guerrier qui blesse. Et il ne gravit pas la montagne pour laisser la souffrance derrière lui : il descend vers elle. C'est comme escalader une montagne dont le sommet pointe vers la terre.
Les quatre qualités illimitées. Amour, compassion, joie et équanimité. On les appelle illimitées parce que, entraînées, elles n'ont pas de frontières.
Prajna. La sagesse ; la plus importante des six paramitas, car sans elle les autres peuvent être utilisées pour nous sentir meilleurs que les autres.
Commencer juste là où tu es. Il n'est pas nécessaire d'attendre d'être quelqu'un de meilleur pour pratiquer.
L'écoute compatissante. Quand quelqu'un arrive furieux ou angoissé, lui offrir un espace d'écoute, sans juger, peut le calmer. Cela ne résout pas toujours la cause —cela ressemble au médecin qui apaise le symptôme sans en chercher l'origine—, mais bien souvent c'est la seule porte qui reste ouverte. Je l'ai utilisée, et j'en ai aussi senti la limite : on ne peut pas aider celui qui ne veut pas d'aide.
Et une image qui résume tout : une femme fuit des tigres, arrive au bord d'une falaise et descend accrochée à une liane ; en bas il y a d'autres tigres, et une souris commence à ronger la branche. Alors elle voit, à côté d'elle, une grappe de fraises. Elle en prend une, la porte à sa bouche et la savoure avec calme. Des tigres en haut, des tigres en bas : c'est toujours notre situation. Et au milieu il y a cet instant, qui peut être la seule fraise que nous goûterons.
À assimiler
Commencer juste là où tu es. Il n'est pas nécessaire d'être quelqu'un de meilleur, ni d'être plus tranquille, ni d'avoir encore rien compris. Le point de départ est toujours celui-ci, et il sert toujours.
De l'expérience à la vie
Jusqu'ici je t'ai expliqué comment j'essaie de comprendre ce qui m'est arrivé. Maintenant, je veux retourner le livre.
Car il existe une objection raisonnable : peut-être n'auras-tu jamais de régression. Peut-être cela ne t'intéresse-t-il pas. Il se peut même que tu ne croies ni aux vies antérieures, ni aux plans astraux, ni à aucune des interprétations spirituelles qui apparaissent dans ces pages.
Malgré cela, les enseignements peuvent te servir.
Moi, j'ai eu besoin de scènes extraordinaires pour regarder certaines choses qui étaient devant moi : que je ne savais pas poser de limites à temps, que je pouvais porter pendant des années des culpabilités qui avaient besoin d'un autre regard, que je confondais parfois aimer et retenir, que mon corps prévenait avant que ma tête ne veuille écouter, et que ma sensibilité, sans soin, pouvait se transformer en épuisement.
Tu n'as pas besoin de voir un océan obscur, un temple doré ni de devenir un officier d'une autre époque pour te poser les mêmes questions.
L'outil peut se résumer ainsi : situation → émotion → compréhension → intégration. C'est la même structure avec laquelle j'ai appris à lire mes régressions, transposée à la vie quotidienne.
Première couche : la situation
Commence par ce qui est réellement en train de se passer. Non par toute l'explication que ton esprit construit autour, mais par les faits que tu peux décrire de la manière la plus simple possible.
« Mon travail me déborde. » « Une relation a pris fin. » « J'ai perdu quelqu'un. » « J'ai du mal à dire non. » « Je porte une culpabilité depuis des années. » « Je me sens seul. » « J'ai peur de prendre une décision. »
Il n'est pas encore nécessaire de transformer la situation en une théorie sur qui tu es. D'abord, regarde.
Deuxième couche : l'émotion et le corps
Demande-toi ensuite ce que tu ressens. La peur. La tristesse. La colère. La culpabilité. La honte. La solitude. Le soulagement. La confusion.
Et, si tu le peux, fais un pas de plus : où le ressens-tu ? Peut-être la poitrine se resserre-t-elle. Peut-être la gorge se tend-elle. Peut-être un vide apparaît-il dans l'estomac. Les mains peuvent devenir agitées. Les épaules se durcissent. La respiration change.
Il ne s'agit pas de te diagnostiquer en regardant ton corps ni de supposer que chaque sensation contient un message caché. Il s'agit d'accorder quelques secondes à l'expérience avant de l'enterrer sous des explications.
Bien souvent, l'histoire commence ensuite : « Je n'y arriverai pas. » « Tout est de ma faute. » « Je dois tenir bon. » « Si elle me quitte, je ne vaux rien. » « Si je dis non, je décevrai tout le monde. »
Quand ces phrases apparaissent, nous entrons déjà dans la troisième couche.
Troisième couche : la compréhension
Ici, nous ne cherchons pas une révélation spectaculaire. Nous cherchons une phrase suffisamment honnête.
« J'accepte trop de choses par peur du conflit. » « Je confonds culpabilité et responsabilité. » « Je ne veux pas accepter que quelque chose a pris fin. » « J'attends qu'une autre personne résolve ma peur d'être seul. » « Je suis épuisé et cela fait des mois que je traite l'épuisement comme s'il s'agissait d'une obligation. » « Je veux prendre soin, mais je commence à m'abandonner moi-même. »
La compréhension utile est en général plus simple que l'histoire qui l'entoure. Et il convient de garder une précaution : comprendre quelque chose ne signifie pas avoir automatiquement découvert toute la cause de ce qui nous arrive. Une explication peut être provisoire et nous aider malgré tout.
Quatrième couche : l'intégration
C'est la partie qui m'importe le plus. Qu'est-ce qui change maintenant ? Non pas à l'intérieur d'une théorie. Dans ta vie.
Peut-être que l'intégration consiste à demander de l'aide. À dire non à une tâche. À prendre rendez-vous avec un professionnel. À cesser d'envoyer un message. À demander pardon. À dormir. À parler avec quelqu'un. À écrire une décision. À accepter qu'une relation a pris fin. À cesser de te punir pour quelque chose que tu ne pouvais pas contrôler. À mettre une date sur une limite que tu repousses depuis des mois.
L'intégration peut être petite. En fait, elle commence généralement ainsi. Un enseignement qui ne modifie rien peut être intéressant. Un enseignement qui change un comportement commence à faire partie de la vie.
Un exemple : le travail
Imagine que tu es surchargé depuis des mois. Situation : chaque semaine tu acceptes de nouvelles responsabilités alors que tu ne peux déjà plus les soutenir. Émotion et corps : peur de décevoir, pression dans la poitrine, tension quand arrive un nouveau courriel. Compréhension : « Je dis oui parce que je crains les conséquences de poser une limite. » Intégration : tu documentes la charge, tu demandes de l'aide de manière formelle et tu refuses une responsabilité concrète que tu ne peux pas assumer.
Rien de tout cela n'a besoin d'une régression. L'enseignement de « dire non et le dire à temps » est déjà à l'œuvre.
Un exemple : une perte
Situation : une personne qui faisait partie de ta vie n'est plus là. Émotion et corps : tristesse, vide, oppression dans la gorge. Compréhension : « Une part de moi continue d'essayer que la réalité redevienne comme avant. » Intégration : tu autorises le deuil, tu cherches du soutien, tu conserves ce que tu veux garder en mémoire et tu commences peu à peu à construire une vie où le lien peut prendre une autre forme.
Tu n'as pas besoin de croire que tu retrouveras cette personne dans une autre existence pour travailler avec le besoin de lâcher prise. Si tu as cette foi, elle peut t'accompagner. Si tu ne l'as pas, l'enseignement est toujours là.
Un exemple : une relation
Situation : une relation a pris fin ou est devenue nuisible. Émotion et corps : peur, nostalgie, anxiété, solitude. Compréhension : « Je confonds aimer et obtenir que l'autre personne reste. » Intégration : tu respectes la fin, tu cesses d'adopter un comportement destiné à retenir et tu commences à reconstruire une part de ta vie qui ne dépend plus exclusivement du lien.
Aimer sans posséder cesse alors d'être une jolie phrase. Cela devient un comportement.
Plusieurs portes pour faire ce travail
Il n'existe pas une seule manière d'intégrer une expérience.
La psychothérapie peut nous aider quand nous avons besoin de comprendre des schémas, de traverser un deuil, de travailler un traumatisme, d'ordonner l'anxiété, de revoir des conduites répétitives ou de recevoir un soutien pendant une crise.
L'écriture réflexive permet de séparer les faits, les émotions, les interprétations et les décisions. Beaucoup de pages de ce livre sont nées précisément ainsi.
La méditation et l'attention au corps peuvent nous apprendre à rester quelques minutes avec une expérience avant de réagir automatiquement.
Les personnes de confiance peuvent offrir une écoute, une perspective et une compagnie. Parfois une conversation honnête évite qu'une histoire intérieure ne devienne un monde clos.
La pratique spirituelle, pour qui en a une, peut fournir un cadre de sens, de compassion, de prière, de méditation ou de réflexion sur la vie et la mort.
Les séances d'exploration de la conscience, y compris l'expérience que j'appelle régression, peuvent intéresser certaines personnes. Elles ne sont pas nécessaires pour utiliser les enseignements de ce livre et ne doivent pas être présentées comme un substitut automatique d'une psychothérapie ou d'un traitement médical. Si quelqu'un décide de les explorer, je considère qu'il est important de le faire avec une information suffisante, avec la liberté de s'arrêter et avec un accompagnement responsable.
Ce qu'une régression ne doit pas décider à ta place
Une scène intérieure peut émouvoir profondément. Cela n'en fait pas une preuve extérieure.
Si, pendant une séance, une personne que tu connais apparaît en train de faire quelque chose dont tu ne te souviens pas dans ta vie ordinaire, tu ne devrais pas l'accuser en te fondant uniquement sur cette scène. Si une explication concernant une maladie apparaît, tu ne devrais pas abandonner pour autant une évaluation ou un traitement médical. Si surgit un prétendu souvenir qui modifie de manière radicale ta biographie, il convient de rester prudent et de distinguer ce qui a été éprouvé de ce qui peut être corroboré.
L'exploration intérieure peut ouvrir des questions. Les faits extérieurs ont besoin d'une vérification extérieure.
Quand l'aide professionnelle doit passer en premier
Il y a des moments où essayer de comprendre par nous-mêmes ne suffit pas. Si la souffrance devient insupportable, si apparaissent des pensées de se faire du mal, s'il existe une perte importante de contact avec la réalité, si la consommation d'alcool ou d'autres substances est hors de contrôle, si un traumatisme se réactive de manière intense ou si les symptômes empêchent de mener la vie quotidienne, la priorité doit être de recevoir des soins professionnels.
Demander de l'aide ne contredit aucune recherche spirituelle. Cela peut être précisément la façon la plus responsable de la poursuivre.
Un exercice pour le lecteur
Choisis une situation actuelle qui te fait souffrir et écris quatre sections.
1. Situation. Que se passe-t-il réellement ? Essaie de décrire des faits avant des interprétations.
2. Émotion. Que ressens-tu ? Où cela apparaît-il dans le corps ?
3. Compréhension. Quelle phrase simple semble rester quand tu enlèves les explications inutiles ? Ne cherche pas une théorie totale. Cherche quelque chose que tu puisses regarder avec honnêteté.
4. Intégration. Quelle action petite et concrète pourrait exprimer cette compréhension au cours des prochains jours ?
Ajoute ensuite une cinquième question : ai-je besoin d'aide pour faire cela ? Si la réponse est oui, cela aussi est un enseignement.
Pour assimiler
Tu n'as pas besoin de vivre mes scènes pour utiliser ce qu'elles ont laissé. Ma régression a peut-être été le lieu où j'ai appris à dire non. Ton lieu peut être une réunion de travail. J'ai pu trouver un enseignement sur la culpabilité dans l'image d'un enfant et d'un serpent. Tu peux le trouver en regardant une décision ancienne avec l'information que tu avais réellement à l'époque. J'ai appris quelque chose sur le lâcher-prise en voyant une fillette dire au revoir à son père. Tu peux l'apprendre en traversant un deuil, une séparation ou la fin d'une étape.
La scène appartient à celui qui la vit. L'enseignement, lui, peut voyager. Et quand il parvient à la vie quotidienne et change la manière dont nous traitons les autres et nous-mêmes, il cesse d'être une curiosité. Il commence à devenir un chemin.
Carte du voyage
Tu as déjà les clés et tu viens de voir comment les amener dans ta propre vie. À partir d'ici, nous entrons dans le territoire, et nous le ferons lentement, thème par thème.
Rappelle-toi une chose avant de continuer : tu n'as pas besoin de trouver dans tes propres expériences une réplique des miennes. Quand tu termines une expérience, reviens toujours aux quatre couches —scène, émotion, enseignement et intégration— puis fais le mouvement inverse : demande-toi quelle situation de ta propre vie peut bénéficier de ce même enseignement.
Dans la deuxième partie se trouvent les régressions, telles qu'elles se sont produites et telles que je les ai écrites : l'océan d'obscurité, l'enfant et le serpent, la fillette de la prairie ; l'expérience militaire asiatique où j'ai appris à dire non ; et la séance où j'ai franchi un portail et rencontré les Shemsu-Hor.
La troisième partie entre à fond dans le canal et dans la sensibilité : de quoi elle est faite, ce qui la renforce, ce qui l'abîme, et pourquoi je crois qu'elle est l'outil qui rend possible tout le reste.
La quatrième partie développe l'économie de l'énergie : le modèle complet, avec ses fonctions, ses absences et ses recharges. C'est la partie la plus analytique du livre, et aussi celle qui m'a le plus aidé à me comprendre.
La cinquième partie est consacrée à la musique : l'analyse de la batterie, la chanson comme charge énergétique et les chansons qui sont arrivées comme des messages.
La sixième partie est la plus intime. Ce sont les méditations sur l'amour, l'attachement, la tendresse et l'impermanence qui sont nées durant ce processus de rétablissement et de guérison.
Un dernier conseil, et avec lui je te laisse entrer : ne lis pas en cherchant des preuves. Lis en cherchant l'enseignement. Les preuves, je ne les ai pas. L'enseignement, oui.
Glossaire
Conscience élargie. Expression utilisée par l'auteur pour décrire l'état éprouvé au cours de certaines séances accompagnées. Elle n'est pas présentée dans ce livre comme une catégorie clinique normalisée. Dans cet état sont apparues des images, des émotions, des sensations et des associations dont l'auteur maintient ouverte la nature ultime.
Régression. Nom utilisé dans ce livre pour certaines expériences guidées surgies pendant les séances de conscience élargie. Certaines renvoyaient à des souvenirs de cette vie et d'autres ont été éprouvées comme des scènes d'autres vies ou d'autres plans. Le livre ne présuppose pas que ces dernières constituent des souvenirs historiques démontrés.
Chemin du milieu. Position de l'auteur face à tout ce qu'il a vécu : ni affirmer que c'est littéral ni le nier ; tenir les deux possibilités et garder l'enseignement.
Canal. Nom que l'auteur donne à l'apparition spontanée de phrases brèves, d'images, d'intuitions ou de symboles qu'il éprouve comme de l'information reçue. Le terme décrit son vécu et ne prétend pas démontrer une communication extérieure.
Recalibrage. Terme industriel qui désigne l'optimisation d'une machinerie. Nom donné au processus de réorganisation intérieure que traverse l'auteur.
Économie de l'énergie. Modèle interprétatif personnel avec lequel l'auteur organise la sensation que les expériences sélectionnent certaines images, émotions ou actions et en omettent d'autres. Il n'est pas présenté comme une grandeur physique mesurée ni comme un mécanisme scientifique établi. Dans sa traduction pratique, il rappelle que l'attention, l'effort et les ressources physiques et émotionnelles sont limités.
Optimiseur. Logique interne de l'expérience vécue : un maximum de sens avec la moindre dépense énergétique. Son principe n'est pas la complétude, mais l'efficience symbolique.
Intégration. Étape au cours de laquelle une expérience ou un enseignement se traduit dans la vie présente par une décision, une limite, un changement de conduite, une demande d'aide, un pardon ou une nouvelle façon de se relier à ce qui est arrivé. L'intégration montre l'effet de l'expérience ; elle ne démontre pas son origine littérale.
Interprétation. Explication que nous donnons à une image, une émotion ou une expérience. Dans ce livre, elle se distingue délibérément de l'expérience elle-même : que quelque chose soit ressenti avec intensité ne transforme pas automatiquement son interprétation en fait.
Tendresse. La façon dont l'amour s'approche de l'autre et devient visible : venir, accompagner, lui faire savoir qu'il a été vu. Sans elle, l'amour peut exister sans parvenir à être reconnu.
Écoute compatissante. Pratique consistant à offrir à celui qui souffre un espace d'écoute sans jugement. Elle soulage, même si elle n'atteint pas toujours la cause.
Semeuse de vie. Artefact vu lors d'une régression et nommé spontanément par l'auteur ; associé par lui à la panspermie.
Plan astral. Concept appartenant au cadre spirituel utilisé par l'auteur pour interpréter certaines de ses expériences. Il n'est pas présenté comme un plan d'existence démontré empiriquement.
Se désincarner. Mourir sur le plan physique ; quitter le corps.
Panspermie. Théorie selon laquelle la vie aurait pu se disséminer à travers l'univers, atteignant les planètes sous forme d'embryons qui donneraient lieu ensuite à des formes plus sophistiquées.
Bodhichitta. Cœur noble ou éveillé ; la bonté tendre qui est déjà en chaque personne et qui ne se perd jamais.
Maitri. Bonté aimante ; l'amitié inconditionnelle envers soi-même.
Tonglen. Pratique de prendre et de donner : inspirer sa propre douleur et celle d'autrui, expirer le soulagement et la fraîcheur.
Samsara. Le cycle de souffrance qui naît de fabriquer des zones de sécurité et de chercher le bonheur là où il n'est pas.
Impermanence. Caractéristique de l'existence : rien ne demeure, tout change.
Attachement. Besoin de retenir quelqu'un auprès de soi ; il se distingue de l'amour, qui regarde en face le cœur de l'autre.
Deuxième partie · Les régressions
Nous entrons dans le territoire. Ce qui suit, ce sont les trois séances, racontées telles que je les ai vécues et telles que je les ai écrites ensuite, avec leurs doutes et leurs lacunes.
Tu verras ici, à vif désormais, tout ce qu'annonçaient les clés : la conscience élargie, les résistances du corps, les entités qui interfèrent, l'énergie qui s'administre toute seule et les enseignements qui apparaissent à la fin de chaque expérience comme on laisse un mot sur la table.
Souviens-toi du pacte : ni croire ni nier. Garde l'enseignement.
Océan d'obscurité : l'enfant, le serpent et la fillette de la prairie
Audio de cette section
Au cours de cette séance, trois expériences nettement distinctes se sont produites. La première n'était pas exactement une vie antérieure, mais un espace étrange, comme une dimension intermédiaire ou un lieu de transit. La deuxième semblait correspondre à une vie orientale, marquée par la culpabilité liée à la mort d'une mère. La troisième m'a conduit à une scène aux États-Unis, pendant une guerre, où j'étais une petite fille qui voyait son père partir au champ de bataille.
Première phase : l'océan obscur et le refus de l'accès
Au début de la séance, on nous refusait l'exploration des vies antérieures. C'était comme s'il y avait une résistance, une interférence ou une barrière qui empêchait d'avancer normalement. Je me trouvais dans une sorte de milieu étrange, difficile à décrire, comme si j'étais dans une autre dimension, un autre espace ou même un autre temps.
Pour chercher une comparaison, c'était comme être à l'intérieur d'un océan la nuit, mais avec un fond épais, semblable au chocolat. Ce n'était pas un océan normal. Mes pieds étaient enfoncés dans cette substance sombre et visqueuse, et quand Puy me demandait de bouger, je ne pouvais pas marcher. C'était comme si le sol me retenait.
Quand Puy demandait pourquoi j'étais ancré dans cette zone d'obscurité, dont le sol était comme du chocolat, la sensation que j'avais était que je devais y passer un certain temps. Une entité supérieure m'avait imposé de rester là pendant un temps, jusqu'à ce que quelque chose change en mon être ou jusqu'à ce que j'aie fini de réfléchir à quelque chose que j'avais fait à un moment du passé.
De temps en temps, je voyais passer des lumières à la surface. C'étaient des lumières étranges, comme des éclats qui traversaient au-dessus de cet océan nocturne, bien qu'elles ne se comportent pas comme une lumière normale. Puy insistait pour que j'essaie de chercher une porte de lumière ou un point vers lequel me déplacer, mais il y avait des entités qui interféraient dans tout ce que nous tentions de faire.
J'ai eu aussi une autre expérience associée à ces tentatives de sortie. Chaque fois que Puy me demandait de sortir des endroits si sombres où je me trouvais, et quand j'essayais de marcher, je voyais une image comme d'un skyline montagneux où le soleil commençait à se lever, mais s'arrêtait et se recouchait rapidement. C'était comme enchaîner une aube avec un crépuscule de façon continue. Tout le reste n'était qu'obscurité, lugubre et triste. L'interprétation symbolique que j'y ai trouvée quelques jours plus tard, c'est que cela représentait des tentatives de sortir de là, mais sans avoir encore l'énergie suffisante pour pouvoir y parvenir. C'était comme si j'avais besoin que quelqu'un me tende la main pour me sortir d'un fossé dans lequel j'étais tombé et pouvoir en sortir.
Chaque fois que Puy me demandait quelque chose, ces entités ne voulaient pas répondre. Elles semblaient plutôt vouloir que j'abandonne la séance. Elles me demandaient de sortir, de laisser tout cela. Je ne sais pas avec certitude si c'est au cours de cette même séance qu'une entité extérieure m'a indiqué d'ouvrir légèrement les yeux pour pouvoir mieux entrer dans l'état de conscience élargie, mais ce souvenir reste associé à cette première phase.
Dans cet espace, j'ai pu voir un être de lumière. Tout autour était entouré d'obscurité. C'était un être gigantesque, aux cheveux très, très longs, mais sans visage. C'était comme si, derrière les cheveux, il n'y avait rien. Il rayonnait beaucoup de lumière, mais ce n'était pas une lumière avec des éclats. C'était une présence lumineuse, immense, silencieuse et étrange.
Quand Puy m'a interrogé sur mes sensations, la sensation de haine est apparue avec beaucoup de force. La réponse qui m'a été donnée, c'est qu'il y avait des entités qui se nourrissaient de cette haine. Je devais rester dans cet océan pendant un laps de temps illimité. Cela ne se vivait pas exactement comme un châtiment, mais plutôt comme une sorte de lieu de réflexion ou d'attente. Je devais laisser passer un temps avant de pouvoir avancer vers le cycle suivant de mon évolution. Il n'était pas clair si ce cycle suivant consistait à me réincarner ou s'il s'agissait d'un autre type d'évolution.
Ensuite est apparu quelque chose qui ressemblait à une grotte marine. C'est Puy qui a provoqué ou impulsé cette recherche. Je me suis engagé dans cette grotte, et la grotte se terminait en lumière. Aussi, à un moment de cette première phase, quand Puy m'a demandé de sortir ou d'avancer, j'ai pu voir un canyon géologique. C'était un coucher de soleil sur le canyon, une image très belle. Il me semble maintenant probable que cette image ait eu un lien avec la troisième phase, celle de la petite fille aux États-Unis.
Deuxième phase : l'enfant oriental et la mort de la mère
Après cette première phase, nous sommes entrés dans une expérience plus concrète. Au début, comme cela m'arrive parfois, ce que je voyais était une image fixe, comme une photographie.
Une femme très belle est apparue, orientale, aux cheveux très longs. Elle était accroupie au-dessus d'un étang. L'eau était claire et il y avait de la végétation au fond. Elle me regardait avec énormément de tendresse et d'amour. Je me souviens d'avoir vu qu'elle portait une belle fleur blanche, grande, aux pétales allongés terminés en pointe, fixée sur sa tempe gauche. Après plusieurs questions de Puy, nous sommes arrivés à la conclusion que cette femme était très probablement ma mère dans cette vie-là.
Peu à peu, j'ai compris que j'étais un garçon très jeune. Je n'étais plus un petit enfant, mais je quittais l'enfance et j'entrais dans l'adolescence. J'étais vêtu d'une sorte de kimono, avec un pantalon et une partie supérieure. Il était noir, et il ne semblait pas s'agir d'un vêtement humble, mais d'un kimono riche, distingué.
Les gens qui m'entouraient me regardaient avec un mélange difficile à interpréter. Au début, je l'ai ressenti comme une combinaison d'amour et de haine, mais ensuite il est devenu plus clair que ce n'était pas exactement de la haine, mais du reproche. Ils me regardaient avec amour, mais aussi avec une sorte d'accusation silencieuse. J'avais été coupable de quelque chose.
Puy m'a demandé d'essayer de découvrir ce que j'avais fait de mal. À ce moment-là, j'ai pu voir le visage d'un homme. Je ne sais pas si c'était mon père ou mon grand-père. Lui aussi me regardait avec cette même expression d'amour et de reproche. Son image changeait rapidement : parfois il semblait un homme jeune et d'autres fois un homme un peu plus âgé. Je ne peux pas l'interpréter avec certitude, mais peut-être cela indiquait-il le passage du temps et que sa relation avec moi, que ce soit comme père ou comme grand-père, a toujours gardé le même ton : de l'affection mêlée de reproche.
Cet homme portait une coiffe orientale. Je ne sais pas si elle était chinoise ou japonaise. Quand Puy m'a demandé à quoi tenait cette coiffe, je lui ai dit qu'elle appartenait à des fonctionnaires de haut rang. Je ne sais pas si c'était de l'empereur de Chine ou de l'empereur du Japon, mais la sensation était claire : ce personnage masculin était un haut fonctionnaire.
C'est alors qu'est apparue la compréhension centrale de cette vie : ma mère était morte, et elle était morte par ma faute.
Puy m'a demandé de découvrir pourquoi. J'ai pu visualiser une scène à l'extérieur d'une maison, peut-être une cour. Il y avait là un serpent. Il était d'un ton rougeâtre foncé, et le long de son corps il avait plusieurs marques ou saillies blanches. Enfant, j'adorais ce genre d'animaux. Nous avons commencé à comprendre que la mort de ma mère pouvait être liée à ce serpent.
J'ai vu ensuite une scène d'enterrement. On transportait le corps de ma mère dans quelque chose qui ressemblait à un carrosse, tiré par au moins deux chevaux noirs. L'image était solennelle, douloureuse et chargée de culpabilité.
Plus loin, j'ai pu visualiser une autre scène, comme si c'était une autre photographie. Ma mère était de dos par rapport à moi, ou plutôt de dos par rapport au point d'où j'observais. Elle portait une sorte de jupe volumineuse. Le serpent était resté accroché à l'arrière de sa cuisse gauche et la mordait là. La compréhension fut que j'avais introduit le serpent dans la maison comme si c'était un jouet, sans comprendre le danger. La mort de ma mère avait été la conséquence de cet acte enfantin.
Après cela, je me sentais profondément coupable. Tout avait été de ma faute. Cette culpabilité semblait avoir marqué toute cette existence.
Puy m'a alors demandé d'avancer davantage dans cette vie. Je me suis vu comme un vieillard oriental, dans une forêt. Je portais un costume typique, croisé sur la poitrine. J'étais chauve et j'avais un peu de barbe. Je sentais que le moment de ma mort approchait. J'hésitais entre mourir chez moi ou m'asseoir sous un arbre. Finalement, j'ai décidé de m'asseoir sous un arbre et d'y attendre l'arrivée de la mort, qui était toute proche.
Puy m'a demandé d'aller au moment de ma mort. Elle me voyait comme un vieillard oriental et m'a indiqué que je devais me pardonner à moi-même. L'enseignement était que tout ce qu'avait été cet homme, cet enfant qui s'était senti coupable de la mort de sa mère, devait rester là-bas. Cette étape était déjà passée et n'avait pas à continuer de se refléter dans mon existence actuelle.
La phrase essentielle a été : tout ce qui appartient à ce corps reste là-bas.
En mourant, la sensation était que je devais me pardonner. Cela n'avait pas vraiment été ma faute. Cela avait été un accident. J'étais un enfant et je n'avais pas eu pleinement conscience des conséquences. La mort de ma mère avait été terrible, mais je ne devais pas continuer à porter éternellement cette culpabilité.
Troisième phase : la fillette de la prairie et le père qui part à la guerre
Dans la troisième phase, j'étais une fillette. Pour chercher une comparaison, j'étais comme une petite fille de « La Petite Maison dans la prairie ». Ma maison se trouvait sur une colline, entourée d'une herbe douce et agréable. Je portais une longue robe de fillette et j'avais les cheveux bouclés, d'une couleur claire. Ce n'était pas tout à fait blond, mais un châtain très, très blond.
Au début, j'étais contente et heureuse parce que je voyais mon père. Mon père portait une casquette militaire. À la forme de la casquette, j'ai déduit que nous étions aux États-Unis et qu'il appartenait à l'armée. Je ne sais pas s'il était de l'armée confédérée ou de l'armée yankee, même si l'impression la plus forte était qu'il pouvait s'agir d'une scène liée à la guerre de Sécession.
Mon père me prenait sous les aisselles et me soulevait du sol, comme on soulève les enfants pour leur faire un « hop là ». Il jouait avec moi et je riais. Je me sentais très contente, très heureuse, très unie à lui. Voir mon père me faisait du bien.
Mais soudain est arrivée une sensation très négative. Mon père s'en allait. Il devait retourner au champ de bataille. Il était venu nous voir, même si, dans la scène, je n'ai pu me voir que moi. Je n'ai pas pu voir si j'avais des frères, des sœurs ou une mère avec moi.
Alors un profond sentiment de tristesse m'a envahie. Mon père descendait le versant et repartait à la guerre. Je sentais, avec une certitude absolue, que je n'allais plus jamais le revoir. Et il en a été ainsi. Même si j'étais une fillette, je savais que mon père n'allait pas revenir.
Plein de rage et de douleur, j'ai grimpé en courant sur une autre colline qui se trouvait à côté de ma maison. Pendant que je montais, j'entendais la colonne de l'armée se déplacer près de la maison. Mon père allait les rejoindre. Je me souviens que cette colonne avait une fanfare. La musique s'entendait parfaitement. C'était une chanson de l'armée, une mélodie que je me souviens avoir entendue dans l'un des nombreux films hollywoodiens de type western ou liés à la guerre de Sécession.
Pendant que cette musique jouait, c'était comme si le volume augmentait et pénétrait à l'intérieur de mes oreilles. De mes yeux sortaient énormément de larmes. Je me penchais depuis la colline et je voyais la colonne militaire avancer. Je savais que mon père s'en allait et qu'il ne reviendrait jamais plus.
C'est là que cette troisième phase s'est interrompue.
Réflexion finale de la séance
Cette séance semble s'articuler autour de plusieurs émotions très puissantes : haine, culpabilité, reproche, perte, tristesse et besoin de pardon.
Dans la première phase, l'image de l'océan obscur au fond épais parle d'un état de blocage ou de rétention. Aucun mouvement n'était possible. Les pieds étaient enfoncés et les entités interféraient. L'émotion prédominante était la haine, et l'information reçue indiquait qu'il y avait des entités qui se nourrissaient de cette haine. L'enseignement de cette phase semble lié à la nécessité de traverser un espace d'attente, de réflexion ou d'épuration avant de pouvoir avancer vers un autre cycle.
Dans la deuxième phase, le noyau est la culpabilité. Apparaît une vie orientale où, étant enfant, j'ai introduit un serpent dans la maison comme si c'était un jouet. Le serpent a mordu ma mère et elle est morte. Toute cette vie est restée marquée par la culpabilité, par le reproche des autres et par le reproche envers moi-même. La scène finale en tant que vieillard oriental introduit l'enseignement le plus clair de cette phase : je devais me pardonner. Ce n'avait pas été une action méchante, mais un accident survenu depuis l'inconscience d'un enfant. Tout ce qui appartenait à ce corps devait rester là-bas.
Dans la troisième phase, l'émotion centrale est la perte. J'étais une fillette qui voyait son père partir à la guerre. Il y avait d'abord la joie, le jeu, le contact physique et l'amour. Ensuite, de façon brusque, arrivait la certitude que mon père ne reviendrait pas. La musique militaire, la colonne qui s'éloignait et les larmes intensifiaient le vécu d'abandon, de deuil et de séparation définitive.
Les trois phases pourraient avoir un fil commun : des situations où quelque chose reste emprisonné émotionnellement. Dans la première phase, la haine retenait. Dans la deuxième, la culpabilité retenait. Dans la troisième, la perte retenait. Dans tous les cas, il y avait une difficulté à avancer : ne pas pouvoir bouger dans l'océan, ne pas pouvoir lâcher la culpabilité de la mort de la mère, ne pas pouvoir accepter le départ définitif du père.
Enseignements principaux
Le premier enseignement est que la haine peut nous maintenir prisonniers. À l'intérieur de la séance, je l'ai vécu au moyen d'une image très concrète : la sensation qu'il y avait des entités qui se nourrissaient de cette haine. Je ne peux pas savoir quelle nature avait cette perception. Sur un plan entièrement pratique, je peux en revanche reconnaître une chose : nourrir longtemps une émotion peut organiser notre attention, nos décisions et notre manière de nous relier au monde autour d'elle.
Le deuxième enseignement est que toute culpabilité ne correspond pas à une responsabilité réelle. Dans la vie orientale, la mort de la mère a été vécue comme une culpabilité, mais la compréhension finale a été qu'il s'agissait d'un accident. La conscience adulte de cette vie avait besoin de pardonner à l'enfant qui avait agi sans connaître les conséquences.
Le troisième enseignement est que tout ce que nous ressentons n'a pas à continuer de nous gouverner indéfiniment. À l'intérieur de la régression est apparue la phrase « tout ce qui appartient à ce corps reste là-bas ». Que cette scène ait correspondu à une autre vie ou qu'elle ait été une construction symbolique, l'enseignement que j'ai transposé au présent fut le même : une culpabilité ancienne peut être réexaminée, comprise et, quand elle ne correspond pas à une responsabilité réelle, lâchée.
Le quatrième enseignement est que la perte peut se fixer non seulement dans le fait de perdre quelqu'un, mais dans l'instant exact où l'on sait que cette personne ne reviendra pas. Dans le vécu de la fillette, le moment traumatique n'a pas été de voir mourir le père, mais de le voir partir avec la certitude intérieure qu'il ne reviendrait pas. L'expérience m'a laissé aussi une compréhension spirituelle très intime : j'ai senti la vie comme un chapitre à l'intérieur de quelque chose de plus grand, et l'amour comme une réalité qui ne s'épuisait pas dans cet adieu. Je ne peux pas savoir si nous retrouverons littéralement ceux que nous perdons et je ne veux pas présenter cet espoir comme une certitude ni comme un « remède » universel au deuil. Ce que j'ai appris, en revanche, c'est qu'accepter que quelqu'un ne revienne pas sous la même forme n'oblige pas à cesser de l'aimer. Le lien peut se transformer sans disparaître de notre vie intérieure.
Emporte-le dans ta vie
Tu n'as pas besoin de décider si ces scènes furent littérales pour travailler avec leurs questions.
Existe-t-il une culpabilité que tu continues de traiter comme s'il s'agissait d'une responsabilité absolue ? Que savais-tu réellement quand tu as pris cette décision ? Y a-t-il une perte dont tu continues intérieurement de négocier la réalité ? Quelle émotion organise ta vie autour d'elle depuis trop longtemps ? Que pourrait signifier « lâcher prise » sans oublier ni nier ce qui est arrivé ?
Si ces questions réveillent une souffrance difficile à soutenir, il n'est pas nécessaire de la résoudre seul. L'intégration peut aussi consister à demander de l'aide.
La vie militaire asiatique : apprendre à dire NON
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Première phase de la séance : conflit professionnel, peur et origine émotionnelle
La première phase de cette séance a tourné autour d'un conflit professionnel actuel qui activait en moi une chaîne émotionnelle très profonde : peur d'affronter, peur de perdre mon travail, peur de ne pas ramener d'argent à la maison, sensation d'inutilité, solitude, abandon, méfiance et blocage corporel.
Puy m'a conduit peu à peu de cette situation professionnelle présente vers des souvenirs de jeunesse, de petite enfance et, plus tard, vers des scènes symboliques ou régressives liées à l'obscurité, à la mort, au feu, à la séparation du corps et à une expérience d'unité ou d'amour infini.
La séance a commencé par le conflit professionnel. J'exprimais mon refus de continuer à travailler avec une personne ou dans un environnement précis. Apparaissaient le client, les délais, les responsabilités mal réparties, le manque de communication et la sensation qu'on exigeait de moi quelque chose d'impossible.
Apparaissait aussi la nécessité d'expliquer en anglais ce qui s'était passé et de faire savoir à mes supérieurs que je ne pouvais pas assumer des responsabilités qui ne m'incombaient pas.
Ce conflit professionnel a commencé à se transformer en peur économique et familiale. Apparaissait la peur de ne pas ramener d'argent à la maison, celle d'un licenciement possible, de la situation de la startup, de l'intelligence artificielle, des clients à venir et de la proximité de la retraite.
L'émotion corporelle dominante était un mélange d'amertume, de rage contenue et d'impuissance. Puy m'a demandé de localiser le moment où j'avais ressenti cela avec le plus de force.
Alors a surgi le souvenir d'une entreprise antérieure, avec des clients insatisfaits, des procès ou des problèmes de logiciel. Cet épisode semblait associé à une peur professionnelle profonde.
Ensuite, je suis remonté au début de ma vie professionnelle et adulte. Le souvenir de mon premier jour de travail est apparu, à 18 ans, à Madrid. Mon père me laissait là, dans un appartement avec des colocataires inconnus.
Le sentiment principal était la solitude. La phrase émotionnelle qui résumait ce moment était : « je me suis retrouvé seul ».
Apparaissaient aussi de la tristesse et une sensation d'imposteur, ou de ne pas pouvoir terminer ce que je commence.
Ensuite, on a exploré une nuit de jeunesse. Cette partie de la transcription originale était douteuse, mais le bloc émotionnel semblait clair : je sortais seul, je rentrais dans une chambre et je ressentais une solitude intense accompagnée de peur.
Des phrases d'apaisement se répétaient, comme « ne t'inquiète pas ». Même si le détail littéral de la scène n'était pas complètement fiable, l'émotion de fond, elle, l'était : isolement, vulnérabilité et manque de soutien.
Puy a comparé ces sensations avec la situation actuelle. Je semblais reconnaître des similitudes, même si des nuances apparaissaient aussi. Tout dans ma vie ne s'était pas mal terminé. Il y avait eu aussi des choses bonnes et des choses mauvaises.
La séance a continué vers l'arrière, à la recherche de l'origine de la peur.
Alors je suis entré dans des souvenirs d'enfance. Sont apparus mes parents, l'exigence, le fait d'être cité en exemple et l'ambivalence entre bien faire et échouer.
Ensuite sont apparues des scènes familiales et, plus tard, des phobies ou des peurs concrètes : insectes, araignées, sursaut corporel et respiration retenue.
J'ai raconté une peur intense des insectes et des araignées, même si rationnellement je savais qu'ils n'étaient pas toujours dangereux.
Puy a relié ce schéma à la peur actuelle d'affronter quelque chose de non désiré.
D'autres peurs sont apparues aussi : les hauteurs, le vertige, regarder vers le bas et la sensation de danger corporel.
Puy a résumé qu'il y avait beaucoup de peurs et a proposé d'aller à l'origine la plus précoce.
Alors a commencé une régression vers une scène de bébé ou de toute petite enfance. J'étais debout dans mon berceau, agrippant fortement les barreaux de mes petites mains. Je me balançais d'avant en arrière. J'avais la couche sale, collée à mon petit derrière. C'était du caca et je n'aimais pas ça, mais le pire n'était pas ça. Le pire, c'était la sensation de solitude.
Ce souvenir, je l'avais eu toute ma vie. Chaque fois que surgissait dans mon esprit la question « quel a été le premier souvenir de mon enfance ? », cette image apparaissait.
C'était l'été, l'après-midi. J'étais dans la chambre de mes parents, seul. Cela faisait longtemps que j'attendais que quelqu'un vienne me changer, mais surtout me donner de la tendresse. Cela faisait longtemps que j'étais seul.
À la fin de la séance, Puy m'a indiqué que cela avait pu être à l'origine d'un traumatisme infantile. Le manque d'assistance à un âge si précoce peut représenter un souvenir très négatif et difficile à oublier.
Je me sentais en train d'attendre mon père ou mes parents. La phrase émotionnelle principale était : « ils ne viennent pas » ou « tu es seul ».
Je me souviens encore de la direction où je regardais. Je regardais vers le couloir. Je voyais la lumière allumée, parce que ma maison avait un couloir très long et qu'il y avait des parties sans fenêtres. Il fallait allumer la lumière pour pouvoir passer d'une pièce à l'autre, même en plein jour.
Malgré tout, je continuais d'attendre. Et personne n'apparaissait jamais.
C'était comme si j'attendais depuis des heures.
Cette attente se vivait comme quelque chose d'infini, d'éternel, d'interminable. Puy m'a demandé de me fondre dans cette sensation.
Ensuite est apparue une sensation dans la gorge, comme quelque chose d'avalé ou de bloqué. A surgi aussi l'idée de me réveiller d'un grand rêve ou de voir quelque chose comme une photo. Puy essayait de me faire décrire la scène sans forcer une interprétation.
Cette sensation d'étouffement et de gorge nouée a à voir avec l'expérience survenue plus tard, au cours de cette même séance, en particulier avec son dénouement.
Le corps apparaissait comme la voie principale d'accès à l'information : la gorge, les mains, les nerfs, le rêve et l'image.
Puy m'a ramené à la scène du berceau et des barreaux. L'émotion s'est intensifiée.
Est apparue la métaphore de la prison, le besoin d'aide, l'obscurité, l'impossibilité de sortir et la difficulté à savoir où mon corps reposait.
J'en suis venu à dire quelque chose comme : « je suis obscurité ».
Ensuite est apparu le mot « mort » ou une sensation de mort. Puy a essayé de me conduire au moment d'avant.
Plus tard, elle est revenue à la scène du bébé et m'a demandé d'avancer jusqu'à ce que quelqu'un vienne.
Une figure maternelle est apparue, mais avec peu de disponibilité émotionnelle. Elle avait le visage baissé ou tourné de côté, sans me regarder directement. Cela renforçait l'axe central d'une demande d'aide qui n'était pas reçue ou qui n'était pas regardée.
Des mots sont apparus comme unité, amour infini, réincarnation et beaucoup de peurs. La question centrale était ce que je devais apprendre. La réponse transcrite la plus claire fut que l'amour « est toujours infini ».
Puy a essayé de traduire cette expérience en une possible guérison de l'anxiété. Elle a formulé que cet amour infini serait ce dont l'enfant avait eu besoin dans l'enfance.
La scène a alors basculé vers un matériau plus symbolique : une armoire ancienne, du bois brûlé, des cris, de l'eau qui coule, de la fumée ou un incendie.
J'entendais des cris lointains de femmes et d'enfants, désespérés, comme si un événement catastrophique était en train de se produire. Je sentais que « j'étais déjà mort » ou que j'observais de l'extérieur. Tout cela semblait avoir un rapport avec les faits qui surgiraient ensuite dans la régression ultérieure de cette même séance, avec quelque chose de très tragique.
J'ai décrit ensuite une sortie du corps, un blocage, une incapacité à penser et la sensation d'être « entre plusieurs mondes ».
Puy a interprété que je me trouvais dans une dimension connectée ou d'unité, et m'a demandé d'y chercher une solution pour l'anxiété.
Deuxième phase de la séance : entrée dans la régression orientale
Puy m'a demandé d'entrer dans le lieu où l'on entendait les cris de terreur, c'est alors que commence cette expérience.
Je me suis retrouvé dans une zone ouverte, entourée de parois de roche. Ces parois étaient tachées de ce qui semblait être du sang. Il y avait deux types de taches. Les unes étaient noirâtres, sombres, couvertes de mouches. Je savais que cela devait sentir mauvais, que ce devait être quelque chose de nauséabond, même si je ne pouvais pas percevoir l'odeur. Je ne sais pas pour quelle raison je ne pouvais pas la sentir. Les autres taches étaient d'un ton rougeâtre beaucoup plus clair, comme du sang très récent.
Avant ou pendant cette première description du lieu, ont commencé à apparaître aussi des sensations et des images liées à des chevaux. Il y avait beaucoup de chevaux. L'impression que j'ai eue était que les chevaux avaient un rapport direct avec le statut social. Le fait de posséder beaucoup ou peu de chevaux définissait d'une certaine manière le rang ou la position au sein de cette société.
Dans un premier temps, je me suis demandé si cela pouvait être lié à l'une des steppes mongoles de Chine, mais je n'ai jamais pu savoir avec certitude si nous parlions de la Chine, du Japon ou d'un autre territoire oriental. La sensation générale était orientale, mais je n'ai pas pu situer le lieu avec précision.
Ensuite est apparue devant moi l'image d'un plastron vide, sans corps pour le remplir. C'était un plastron plutôt beau, de couleur noire. Au début je ne savais pas exactement ce que c'était. Il avait des épaulières de couleur claire, même si je ne suis pas parvenu à distinguer si elles étaient métalliques, argentées ou d'un autre matériau.
La partie pectorale, en revanche, j'ai pu la voir avec une très grande netteté. Elle était composée d'écailles superposées les unes sur les autres. Je ne me souviens pas exactement si elles étaient métalliques, mais je me souviens qu'elles se terminaient en une pointe arrondie. La couleur était noir de jais.
Au-dessus de ce plastron, comme s'il était suspendu quelque part ou posé dessus, il y avait un casque. Le casque était de couleur argent et il en pendait une crinière de cheval. Cette crinière sortait d'une sorte de pelage sur la partie supérieure du casque et était d'une teinte claire, assez claire.
Ensuite je suis passé à la vision d'un village plein de huttes. Là, j'étais une sorte d'officier. J'étais avec plusieurs hommes et nous parlions avec les gens de l'endroit. Ces gens avaient un certain lien avec moi, même si je ne sais pas si c'était un lien de parenté direct ou indirect. Il y avait de la tension.
Quelqu'un réclamait des tributs qui devaient être payés. Parmi ces tributs figurait la cession de femmes. À ce moment-là, une femme était agrippée à ma jambe, plus précisément je crois à mon mollet droit. Elle appuyait son visage contre mon mollet et pleurait. Elle me demandait de ne pas faire cela.
Je ne sais pas si cette femme était une sœur, une cousine ou quelque autre parente proche, mais la sensation de parenté était très forte. Cela ressemblait au sentiment d'avoir devant soi quelqu'un de son propre sang.
La femme portait une robe longue, pauvre, de couleur claire, faite pour vivre à la campagne. Elle avait les cheveux longs. Je me souviens que ses cheveux n'étaient pas foncés, même si je n'ai pas pu préciser beaucoup plus. Elle pleurait beaucoup.
Je ressentais une grande impuissance à l'intérieur, parce que je savais que cela était mal. Il y avait beaucoup d'hommes autour de moi et ces hommes avaient un lien militaire avec moi. J'ai eu avec eux une sorte de discussion. Je crois me souvenir que je leur disais que je ne pouvais pas la livrer, qu'elle faisait partie de ma famille. Cette femme devait faire partie du tribut exigé, mais je me refusais à la livrer.
Ensuite je suis revenu, ou je suis entré de plain-pied, dans la scène de la pierre ensanglantée. Puy m'a demandé d'essayer de découvrir ce que cela signifiait. Alors je me suis transporté à l'intérieur d'une pièce qui ressemblait à une demeure orientale.
À l'intérieur il y avait une femme relativement jeune, entre 40 et 50 ans. Elle avait les cheveux courts et m'a paru assez attirante. Elle portait une partie supérieure blanche et une partie inférieure qui ressemblait à une jupe noire très longue. Elle était assise par terre et était attentive à quelqu'un. Elle écoutait ses explications.
J'avais un grand intérêt à découvrir d'autres éléments ou personnages de la scène. J'essayais de tourner le cou vers ma droite pour voir qui se trouvait là ou qui cette femme était en train de regarder. Mais cela m'était impossible. La sensation était comme si mon cou était de pierre et que moi, avec mon cerveau, j'essayais de le bouger sans y parvenir. Le mouvement m'était refusé encore et encore. Des jours plus tard et lors d'autres régressions, j'ai compris l'origine de cette immobilité dans laquelle je ne pouvais pas tourner le cou pour contempler d'autres éléments de la scène ou même pour me déplacer vers d'autres pièces, vers d'autres lieux. Cela est intrinsèquement lié à l'énergie nécessaire pour pouvoir arriver à ces endroits ou voir certaines choses. C'est comme si ton âme ou ta conscience devait avoir une recharge d'énergie pour pouvoir entrer dans cette scène ou te déplacer à cet endroit, c'est-à-dire comme si nous avions un câble électrique à brancher sur une source d'alimentation pour qu'on nous accorde l'énergie suffisante pour pouvoir continuer, mais il ne fait aucun doute que parfois c'est aussi lié à la peur.
Cependant, grâce à mon insistance, je suis finalement parvenu à tourner le visage et à voir le visage de l'individu qu'elle était en train de regarder. C'était un homme plus âgé que moi. Il n'était pas nécessairement vieux, mais il avait un âge bien supérieur au mien. Je savais qu'il avait un rang militaire très élevé.
Il portait une sorte de casque. Depuis le haut des sourcils, là où reposait le casque, surgissaient des lamelles en diagonale. Il y en avait deux vers le côté droit et deux vers le côté gauche. Je me souviens que les lamelles supérieures avaient un demi-cercle.
Cet homme me regardait avec préoccupation. Son visage exprimait une très grande inquiétude.
À ce moment-là j'ai compris le sujet qu'il était en train de traiter avec la femme. Il s'agissait d'un de mes camarades, quelqu'un avec qui j'entretenais un lien assez intense. Je ne sais pas si c'était une amitié profonde, s'il était mon subalterne dans la hiérarchie militaire ou s'il y avait un autre lien, mais la relation entre lui et moi était très intense.
Soudain j'ai pu visualiser le fils de cette femme. Je ne sais pas s'il était sur un champ de bataille ou simplement en train de s'entraîner, même s'il me semble que ce n'était pas une bataille. Je l'ai vu manier un katana. Il portait une sorte de kimono de guerre blanc sur la partie supérieure. La visualisation de cet individu se limitait surtout à la partie supérieure de son corps.
Il brandissait le katana avec une grande dextérité. Il le faisait tourner en cercles d'une main puis le passait à l'autre, démontrant une habileté énorme avec le sabre. Il souriait, comme s'il disait : « je suis invincible ».
Ensuite je suis revenu de nouveau à la scène de la conversation entre cette femme, qui était la mère, et l'homme de haut rang. Il lui annonçait le décès de son fils.
Cependant, j'ai pu détecter quelque chose d'étrange. On expliquait à la mère que son fils était mort avec un grand honneur, mais il y avait quelque chose qui ne collait pas. J'ai regardé de nouveau mon supérieur et j'ai compris que sa préoccupation était liée à ce qu'il était en train de raconter. Il mentait.
La mort de ce fils était survenue pour une autre cause, et il n'avait pas intérêt à ce que les autres la connaissent. Il me regardait, inquiet, comme s'il craignait que je parle. Il semblait avoir peur que je révèle la vérité.
J'ai de nouveau tourné le visage vers la femme. Elle, à cause du choc émotionnel, ne pouvait pas détacher son regard de mon supérieur. Elle ne clignait même pas des yeux. Elle savait déjà pourquoi nous étions venus là. Dès qu'elle nous a vus apparaître seuls, mon supérieur et moi, elle s'en est doutée. Elle est restée comme pétrifiée, pratiquement incapable de cligner des yeux.
Après avoir annoncé la nouvelle à cette mère, Puy m'a fait essayer de découvrir le pourquoi de tout cela. Alors je suis revenu aux parois de roche ensanglantées et je ne savais pas pourquoi j'étais revenu là.
Je devais tourner la tête vers la droite de ces parois de roche. Elles étaient comme une sorte de petite falaise et il y avait quelque chose dans la partie supérieure que je ne voulais pas regarder. Le cou se bloquait de nouveau, comme pris dans la roche. Je ne pouvais pas regarder. Je ressentais de la peur, de l'angoisse, mais surtout de la tristesse. Des jours plus tard j'ai compris que c'était de la tristesse et de la peur de reconnaître ce qui s'était réellement passé.
La raison principale de la mort du garçon était également liée à d'autres choses qui s'étaient produites dans cette sorte d'échafaud naturel.
À la fin j'ai pu tourner la tête et j'ai vu une énorme quantité de gens. C'étaient tous des civils, des paysans, des hommes, des femmes et des enfants. Je ne sais pas si cet officier se trouvait parmi eux. La raison pour laquelle je ne pouvais pas regarder était qu'allait se produire, ou plutôt, était déjà en train de se produire, une exécution massive.
Nous devions tous les passer par le katana, en guise de réprimande, de châtiment et d'exemple pour les autres villages qui se trouvaient là.
J'ignore le nombre exact de personnes. Il y avait trop de monde. Je ne peux pas dire s'il s'agissait de dizaines ou de centaines. Ce que je peux affirmer, en revanche, c'est que la quantité de sang qui coulait de là, et les deux couleurs différentes que j'avais vues sur les murs, m'ont amené à déduire que les exécutions se prolongèrent pendant de nombreux jours, et que le sang des victimes ruissela le long de ces murs.
Ce militaire supérieur avait ordonné quelque chose d'injuste. Peut-être l'avait-il fait pour tirer un bénéfice économique de ce massacre, ou peut-être par simple souci de mérite, pour faire croire qu'il avait étouffé une rébellion qui n'avait en réalité jamais existé.
Quoi qu'il en soit, lorsque je l'ai découvert, mon cœur s'est empli de tristesse pendant la séance. J'avais exécuté ces ordres. J'avais des hommes sous mes ordres, et mes hommes comme moi procédions au démembrement de toutes les victimes. Chaque fois que nous passions une personne par le katana, la sensation de cœur brisé était immense. Je ne pouvais pas le supporter.
Je n'ai pas pu voir ce qu'il était advenu exactement de ce garçon, mais j'ai eu le sentiment que lui, il avait dû refuser d'exécuter ces ordres. Peut-être sa mort fut-elle liée à ce refus, au fait de ne pas accepter de participer à ce massacre.
Puy m'a alors demandé de faire quelque chose pour tenter d'en apprendre davantage, même si je ne me rappelle pas exactement ce qu'elle m'a indiqué. J'ai continué à m'enfoncer dans la ligne du temps, en essayant de voir ce qui se passerait après cela.
J'ai alors senti que mon supérieur donnait un ordre. Mes propres hommes m'attrapaient par-derrière avec une bonne force. L'un se plaçait de chaque côté de mes épaules. Ils me saisissaient par l'épaule et par le bras pour me retenir. J'essayais de bouger, mais c'était impossible.
Cet homme avait donné l'ordre de mon exécution. Ce qu'il voulait, c'était faire disparaître un témoin gênant de quelque chose dont il était le seul responsable.
Je me souviens d'une vision de mon propre visage. J'avais un âge semblable à celui du garçon qui était mort. Ensuite, ils plaçaient ma tête au sol, sur une grande pierre plate. Ils me poussaient par-derrière, dans le dos. À cet instant, j'ai eu la sensation qu'un katana, ou une épée semblable, mettait fin à ma vie.
C'est là que l'expérience de conscience élargie s'est arrêtée.
Retour de l'expérience et lien avec ma vie actuelle
Quand je suis revenu, Puy m'a demandé de tirer une conclusion sur l'enseignement que j'avais reçu de ce vécu. J'ai dit qu'il fallait savoir dire non.
Je lui ai confié que cela me paraissait bien prosaïque de venir sur ce plan physique avec un devoir aussi apparemment bête qu'apprendre à dire non. On s'attend à venir avec des devoirs bien plus élevés, avec quelque pouvoir métaphysique supérieur ou de grandes missions. Pourtant, cela me semblait trop simple, voire absurde.
Et cependant, pendant la séance j'ai vécu cet enseignement comme une tâche centrale de ma vie : apprendre à dire non à temps.
À ce moment-là, Puy m'a rappelé la raison pour laquelle j'étais là. On m'avait diagnostiqué un syndrome de burn-out et j'avais un diagnostic médical de trouble anxio-dépressif récurrent majeur. Ce trouble s'était formé après deux ans et demi de travail intense, au cours desquels je n'avais pas su dire non à bien des moments.
La déduction que j'ai tirée à la fin du vécu, c'est que je m'étais incarné en ce moment sur la Terre avec une mission apparemment simple, mais profondément importante : apprendre à dire non au moment nécessaire. Non pas comme une forme de rébellion gratuite, mais comme une capacité à s'imposer face à des situations anormales, injustes ou abusives, même lorsque les croyances, les protocoles, les obligations ou la société elle-même poussent vers le oui, en le présentant comme le devoir ou l'obligation.
Bien que, pendant les six derniers mois, j'aie essayé de canaliser tous les projets auxquels j'étais affecté afin de recevoir l'aide dont j'avais besoin, cette aide n'est jamais devenue réelle. J'avais réclamé par les voies légales, avec des courriels en copie à tous mes supérieurs, en essayant de faire le plus de bruit possible. Mais cela ne m'avait servi à rien. Il était déjà trop tard.
L'enseignement a alors pris tout son sens. J'aurais dû commencer à refuser bien plus tôt. J'aurais dû m'opposer dans toutes sortes de réunions. Ainsi, les supérieurs n'auraient pas joué avec moi ou, du moins, ils auraient été beaucoup plus prudents.
Enseignement principal
L'enseignement principal de cette régression, c'est que dire non peut être une mission vitale. Il ne s'agit pas de refuser pour refuser, ni de devenir un rebelle sans cause. Il s'agit de reconnaître quand une situation est anormale, injuste ou destructrice, et d'avoir assez de force pour s'y opposer même si l'autorité, l'habitude, l'obligation ou la société poussent vers le oui.
Dans la régression, l'absence du non apparaissait associée à plusieurs formes de souffrance : la livraison d'une femme en guise de tribut, le mensonge sur la mort d'un jeune homme, l'exécution massive de civils et mon propre silence face à une structure hiérarchique qui imposait des ordres injustes.
La figure du garçon a pu représenter le non que je n'ai pas été capable de prononcer à temps. Peut-être que lui, il a refusé, et peut-être est-ce pour cela qu'il est mort. Moi, en revanche, je suis resté à l'intérieur du système, exécutant des ordres qui me déchiraient intérieurement, jusqu'à devenir moi aussi un témoin gênant.
L'enseignement a également montré que dire non trop tard peut ne pas éviter le dommage, et peut même entraîner des conséquences encore plus complexes. Dans ce vécu, mes mains étaient déjà tachées de sang. Même si, au bout du compte, on m'avait exécuté de la même façon pour avoir refusé dès le début, au moins mes mains auraient été propres.
C'est pourquoi l'apprentissage ne consiste pas uniquement à poser des limites, mais à les poser avant que le dommage ne soit irréversible. La limite tardive peut avoir de la valeur, mais elle ne remplace pas la limite qui aurait dû apparaître au commencement.
Dans ma vie actuelle, cet enseignement est directement lié à mon expérience professionnelle et à la maladie née d'avoir soutenu trop longtemps des charges que je ne devais pas porter seul. La régression m'a montré que la limite n'était pas un détail mineur : elle était le cœur de l'enseignement.
Elle a montré aussi que, derrière la difficulté à dire non, pouvait exister une racine bien plus ancienne : l'attente enfantine, le besoin d'une aide qui n'est pas venue, la peur de rester seul et la tendance à trop endurer en espérant que quelqu'un apparaisse, regarde, aide ou répare la situation.
La séance semble réunir trois plans d'un même enseignement : l'enfant qui attend de l'aide et ne la reçoit pas, l'adulte qui porte des charges de travail qui ne lui reviennent pas, et l'officier qui obéit à des ordres injustes jusqu'à ce qu'il soit déjà trop tard. Dans les trois cas, l'apprentissage est le même : reconnaître la limite, la nommer et agir avant de se retrouver piégé dans une situation qui détruise sa propre intégrité.
Il reste une dernière chose à dire, et c'est celle qui importe vraiment. Cette conclusion que j'ai donnée à Puy en sortant de la séance —que je devais apprendre à dire non— admet deux lectures, et aucune des deux ne l'affaiblit.
Si cette expérience correspondait vraiment à une vie antérieure, alors je me serais incarné dans celle-ci avec un enseignement en suspens : poser à temps la limite que je n'ai pas su tenir là-bas. Et si tout cela fut une reconstruction de mon subconscient, le message ne change pas d'un iota : mon propre esprit aurait choisi les images les plus dures qu'il avait sous la main pour me dire exactement la même chose. La nature de la régression peut changer ; l'enseignement, lui, ne change pas.
Emporte-le dans ta vie
L'enseignement de cette régression n'exige d'avoir vécu aucune scène militaire.
Demande-toi : où dis-tu oui alors qu'au fond tu sais que tu as besoin de dire non ? Quelle peur soutient ce oui : perdre l'acceptation, de l'argent, une relation, une image de toi-même ? Attends-tu de poser une limite quand tu seras déjà tombé malade, que tu auras explosé ou que tu seras complètement épuisé ? Quelle petite limite peut être posée maintenant, avant que le mal n'augmente ? As-tu besoin de documenter une situation, de demander de l'aide, de parler à un professionnel ou de solliciter le soutien de quelqu'un ?
Dire non ne résout pas toujours le problème. Certaines situations exigent négociation, protection, conseil ou aide extérieure. L'enseignement n'est pas de réagir impulsivement, mais de reconnaître à temps ce qui ne peut plus être soutenu.
Shemsu-Hor : le portail et la nature de l'âme
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La séance la plus récente s'est ouverte pour parler de sujets liés à l'anxiété.
Je me suis soudain retrouvé dans une sorte de palais. C'était un palais éclairé par ce que je croyais être des torches, car la lumière était dorée. À ma gauche, j'ai pu voir un être d'apparence humaine. C'était une personne très maigre, aux cheveux très noirs et à la barbe elle aussi très noire et fine. Il avait les yeux maquillés.
Il portait une sorte de coiffe qui semblait être en tissu, même si en même temps je savais que ce n'était pas du tissu. Elle était très étroite au niveau du front et très large au niveau de la nuque. Son vêtement était blanc, d'un blanc légèrement bleuté, du type des tuniques ou des robes que portaient aussi bien les hommes que les femmes dans l'Antiquité.
La coiffe avait une sorte de bandeau bleu ciel et aussi, près du cou, une autre bande de cette même teinte. J'insiste sur le fait que ma perception de la couleur peut ne pas être précise à cause de mon problème de vision chromatique. La seule chose que j'ai pu voir, c'était quelque chose qui me rappelait ce que d'autres personnes appellent bleu ciel.
Cet être ne me regardait pas, moi. Il regardait vers un point du temple. Cet endroit ressemblait précisément à un temple. J'ai posé une question au sujet de cette personne et j'ai reçu une pensée ou une sensation qui me transmettait qu'il était quelque chose entre un roi et un prêtre, quelqu'un de très important.
Juste après avoir vu cet être qui semblait être entre roi et prêtre, j'ai pu entrevoir une série de structures dorées d'une grande beauté. Parmi elles est apparu quelque chose qui ressemblait à la barque de la vie. La barque de la vie, nous l'avions vue lors du voyage en Égypte, à l'entrée de l'un des temples. Je l'avais déjà vue auparavant dans un livre ou un documentaire. Dans la culture égyptienne, elle faisait partie du mobilier funéraire que l'on enterrait avec le pharaon.
Cette barque de la vie était en or. Il ne s'agissait pas d'un or terne, mais d'un or vivant, magnifique, qui recevait le scintillement de torches que je ne pouvais pas voir directement. Ces torches invisibles semblaient lancer des rayons de lumière qui se reflétaient sur chacune de ces structures dorées, faisant courir chaque scintillement sur leurs surfaces.
J'ai pu voir aussi des ailes dorées, faites elles aussi d'or. J'ai essayé de mieux les observer. C'était une sorte de réplique du disque solaire ailé égyptien, mais avec une particularité très nette : les ailes étaient disposées en forme de V inversé, et au sommet supérieur se trouvait le disque solaire. Ces ailes recevaient elles aussi les éclats des torches invisibles, comme si la lumière rebondissait sur l'or et engendrait des reflets vivants, presque sacrés.
Ce temple était grand, mais il avait une fin. On pouvait voir de l'obscurité au fond, et c'était ce que j'interprétais comme la fin de l'espace. Tout était baigné d'une lumière dorée. Il y avait des colonnes très hautes et très fines qui se terminaient par des arcs. Ils ressemblaient à des arcs en plein cintre médiévaux, sans en être exactement. C'était quelque chose de plus subtil et de plus avancé.
Sur la partie du plafond, dorée elle aussi, on voyait de petites baguettes noires, comme des tirets, toutes orientées dans le même sens.
J'ai essayé de regarder dans la direction où regardait cet être que j'avais à mes côtés. J'avais la sensation que j'exécutais les ordres qu'il me donnait. En regardant, j'ai découvert que le plan de ce temple comptait bien plus de colonnes. Pour employer une comparaison, cela ressemblait à une mosquée, au sens où beaucoup de mosquées ont une grande colonnade intérieure. C'était semblable, mais pas identique.
J'ai alors pu percevoir un cortège de personnes qui transportaient quelque chose. C'était quelque chose de très grand, d'énorme. C'étaient des palanquins. Il y avait deux palanquins, un à gauche et l'autre à droite. Chacun d'eux pouvait être porté par vingt à trente êtres. Ils avaient une apparence humanoïde et tous étaient vêtus exactement de la même façon.
Ils portaient une sorte de tenue de couleur platine mat. La partie inférieure était comme une jupe. Ils portaient aussi des chaussures qui montaient jusqu'à mi-mollet et qui avaient cette même couleur platine mat. La partie supérieure du vêtement, je n'arrivais pas à bien la voir, même si je percevais que tout était en harmonie de couleur.
Ce que j'ai pu voir clairement, ce sont leurs coiffes. Ce n'étaient pas des casques rigides, mais une sorte de casques formés de multiples écailles allongées qui se terminaient en pointe. Chacune de ces écailles semblait pouvoir bouger. La coiffe leur couvrait une partie du front, toute la tête, et se prolongeait sur une partie du cou.
Tous se déplaçaient avec une synchronisation extraordinaire, comme s'ils étaient un seul être.
J'étais très intrigué par ce qu'il y avait sur ces palanquins, car depuis mon angle je n'arrivais pas à le voir. J'ai demandé et quelqu'un m'a dit : « C'est la reine ».
Je savais que j'avais la capacité de me déplacer sous n'importe quel angle, comme si je pouvais survoler la scène depuis un point situé plus haut. J'ai décidé de m'approcher du cortège. Ils se déplaçaient dans une direction. En entendant « c'est la reine » et en voyant que les palanquins portaient quelque chose de plat, je me suis demandé s'il s'agissait de la reine morte. Je m'attendais à me trouver face à une femme décédée.
Pourtant, quand j'ai survolé le cortège, j'ai vu qu'il y avait une femme allongée, les yeux ouverts. Elle me regardait. Elle ne me regardait avec aucun sentiment particulier ; elle me regardait simplement droit dans les yeux. La sensation était de tranquillité. Cela ne me troublait pas.
Je me suis demandé ce que faisait ce cortège, où il allait et pourquoi ils transportaient une femme allongée. Soudain, je me suis retourné et j’ai vu que le cortège se dirigeait vers quelque chose qui n’était pas là auparavant. Près de l’extrémité du palais ou du temple s’était ouverte une sorte de porte.
J’ai demandé ce que c’était, car la porte s’était ouverte au milieu de nulle part. Elle n’était pas dans un mur ni dans aucun lieu physique reconnaissable. On m’a dit que c’était un portail.
Le portail avait une netteté absolue, mais complètement absolue. À l’autre extrémité, on voyait un autre type de palais, très différent du lieu où nous nous trouvions. Dans le temple initial, les couleurs dorées prédominaient.
À un moment de cette expérience, Puy m’a demandé : « Demande-leur où tu es et qui ils sont ». J’ai posé cette question et quelque chose de très clair m’est venu, à la manière d’une sensation : c’étaient les Shemsu-Hor.
Je dois reconnaître que j’avais déjà pas mal lu sur les Shemsu-Hor. Plus précisément, j’en avais connaissance à travers une référence liée à l’un des derniers pharaons des dernières dynasties. Autant que je m’en souvienne, ce pharaon avait demandé à son grand prêtre, une personne très capable et de grand talent, de faire une description des changements qui s’étaient produits dans la religion égyptienne, dans le panthéon des dieux et sur d’autres aspects.
Ce grand prêtre aurait trouvé le manifeste de Ménès ou de Narmer —je ne me rappelle pas bien le nom—. Ce manifeste disait, d’une certaine manière, que le pharaon lui-même se déclarait comme le premier pharaon de toutes les dynasties qui lui succéderaient. Quelque chose comme : « Je suis Ménès, premier pharaon de toutes les dynasties qui me succéderont, et je suis le successeur des Shemsu-Hor, qui ont gouverné pendant dix mille ans sur la Terre ».
Comme je connaissais déjà cette information, j’ai eu des doutes quant à savoir si mon subconscient avait fabriqué cette scène ou si l’on m’avait réellement permis de voir quelque chose qui m’avait intrigué pendant de nombreuses années : qui étaient les fameux Shemsu-Hor.
Quand j’ai tourné la tête et constaté que ce portail était ouvert, j’ai pu voir des entités d’aspect humain en train de marcher, comme si elles avaient déjà franchi le portail et pénétré dans ce palais de lumière. Je crois que Puy m’a demandé ce que nous faisions là, ce que les Shemsu-Hor faisaient là, et j’ai répondu que nous avions déjà terminé notre travail.
À ce moment-là, j'ai ressenti un fort sentiment d'appartenance envers eux. Je veux préciser ceci pour éviter tout malentendu : je ne crois pas que cette régression montre que ma vie antérieure ait été celle d'un Shemsu-Hor. J'ai plutôt le sentiment que, pour une raison ou une autre —que ce soit mon subconscient ou quelque chose au-delà—, j'ai eu accès à la connaissance de qui ils étaient, comme si l'on m'avait accordé de vivre parmi eux un instant afin de comprendre ce qu'ils étaient venus faire. Lorsque je me suis demandé quelle était notre mission et pourquoi j'étais là, la réponse que j'ai ressentie fut celle-ci : non pas que j'avais été l'un d'eux dans une autre vie, mais qu'il m'était permis d'être là pour le comprendre.
Il y a une autre possibilité qui mérite elle aussi d'être dite. Si tout cela fut une construction de mon subconscient, alors je ne peux que m'incliner devant la capacité de l'esprit humain à créer quelque chose de semblable. Le temple où je suis apparu au début comme le lieu que j'ai trouvé de l'autre côté du portail possédaient une beauté, une harmonie et une perfection qui me paraissaient extraordinaires. Ce n'étaient pas des décors improvisés ni des images sans ordre : tout gardait une cohérence difficile à expliquer, comme si chaque forme, chaque proportion et chaque détail se trouvaient exactement là où ils devaient être.
Si cela est né entièrement à l'intérieur de mon esprit, la merveille n'en diminue pas. Au contraire : cela me laisse profondément impressionné de penser que le subconscient humain puisse élever, depuis un lieu inaccessible à notre conscience ordinaire, des espaces d'une beauté que je n'aurais jamais su imaginer délibérément.
Et si, au contraire, cela correspondait à une expérience réelle sur un plan que j'ignore, mon étonnement est exactement le même. Dans une possibilité, la merveille serait en nous ; dans l'autre, au-delà de nous. Dans l'une comme dans l'autre, ce que j'ai contemplé continue de me paraître extraordinaire.
Je me suis alors dirigé vers le portail pour le franchir. Je l’ai franchi avant eux parce que j’étais très intrigué par ce que je voyais à l’autre extrémité.
En franchissant le portail, je suis apparu dans un lieu que l’on pourrait décrire comme quelque chose d’intermédiaire entre un palais et un édifice ayant une fonction technoscientifique particulière. Il avait aussi une certaine connotation de temple. Il y avait des colonnes très hautes, plus épaisses en leur milieu. Leurs chapiteaux étaient composés de formes semblables à des pétales, et certains de ces pétales étaient d’une couleur que j’ai interprétée comme du bleu saphir, même si j’insiste sur le fait qu’il se peut que je décrive mal les couleurs à cause de mon problème de vision chromatique.
Dans ce nouvel édifice, il n’y avait ni reflets ni ombres, au contraire de ce qui se produisait dans le temple précédent où nous vivions ou nous nous trouvions. La lumière était différente.
En franchissant le seuil de la porte, j’ai pu voir à ma droite une figure féminine. J’étais complètement sûr qu’elle était féminine. Au début de l’expérience, quand je voyais l’être à l’aspect de prêtre et de roi, il m’avait semblé qu’il avait une certaine ressemblance avec les Égyptiens, mais en même temps je savais qu’ils n’étaient pas égyptiens. Ils avaient quelques caractéristiques communes, mais ils n’étaient pas exactement des Égyptiens.
En franchissant le portail, j’ai vu cette femme. J’ai fait un parcours visuel comme s’il s’agissait d’un plan à cent quatre-vingts degrés, de son oreille droite vers son oreille gauche. Ce que j’ai pu voir, c’est que cette femme était vêtue elle aussi de tonalités de type bleu ciel. Ses cheveux étaient ornés, sur les deux tempes, de ce qui semblait être des pierres d’une couleur blanchâtre polie, complètement rondes.
Ses cheveux étaient d’un brun de jais très profond. Ils étaient coiffés d’une multitude de tresses et avaient une forme semblable à une sorte de casque de flammes. Cette représentation, je l’avais déjà vue chez des femmes sur les fresques des tombes égyptiennes que nous avons visitées.
Elle portait aussi une sorte de diadème qui parcourait toute la tempe, la nuque et le front. Je n’ai pas pu bien distinguer la couleur du diadème. Je sais qu’il était clair, mais je ne savais pas s’il était doré, blanc ou bleu.
J’ai fait un parcours visuel de cette première salle de l’édifice. Je voyais que, des deux côtés, il y avait deux couloirs, l’un à gauche et l’autre à droite. Ces couloirs étaient semi-circulaires ou elliptiques. La partie du sol coupait l’ellipse, mais le reste avait une forme d’ovale.
Tout était inondé de circonférences et d’ellipses, aussi bien sur les murs que sur les plafonds. Par ces circonférences ou ces ellipses entrait une lumière incroyablement stupéfiante. C’était une lumière qui n’aveuglait pas, mais qui permettait de tout voir avec une clarté absolue. Là, il n’y avait ni ombres ni éclats nulle part.
Dans ce nouvel édifice, Puy m’a demandé ce que nous faisions là. J’ai répondu que là nous créions la vie et l’harmonie.
À cette question, quelqu’un m’a montré quelque chose. C’était comme une tuyauterie ou un conduit situé sur un fond blanc. Ce conduit émanait des paquets de lumière d’un endroit à un autre. C’étaient des paquets de lumière jaune verdâtre, selon mes aptitudes limitées à reconnaître les couleurs. C’était par ce conduit que cette vie et cette harmonie étaient générées et envoyées vers d’autres lieux.
À ce moment même, il me fut accordé davantage d’informations sur qui nous étions, au-delà de notre tâche concrète. J’ai compris que là il n’existait ni hiérarchies ni rangs sociaux au sens où nous les entendons sur la Terre. Il n’y avait pas de structure de pouvoir fondée sur la supériorité sociale, le statut ou la domination.
Il y avait cependant bien des entités supérieures. C’étaient des entités qui donnaient des instructions, et nous, le reste des entités, nous les exécutions. Cette supériorité n’était pas perçue comme une forme d’autorité imposée, mais comme une organisation naturelle du travail et de la fonction que chaque être devait remplir.
J’ai compris aussi que certaines tâches technoscientifiques étaient si complexes qu’elles ne pouvaient pas être réalisées par un seul être. Dans ces cas-là, plusieurs êtres nous nous unissions les uns aux autres, formant une sorte d’être collectif unique, afin de pouvoir exécuter cette tâche. Ce n’était pas simplement de la collaboration, mais une union réelle de capacités, comme si plusieurs consciences s’intégraient temporairement en une seule pour réaliser quelque chose qui, séparément, n’aurait pas été possible.
Ensuite, Puy a continué à insister sur quel était mon rôle là, ou plutôt, quel était mon rôle et celui des autres. Je me suis un peu écarté parce que j’ai commencé à m’intéresser à des informations personnelles, sans être guidé directement par la thérapeute.
J’ai posé une question sur l’âme.
On m'a alors montré une sorte de livre à la couverture blanche. Elle n'était pas blanche de manière uniforme. Ce livre contenait une série de pages, et chacune des pages portait un marque-page qui ressemblait à une sphère jaunâtre transparente. Ces sphères se déplaçaient très vite d'une page à l'autre.
On m'a expliqué que la nature de l'âme n'est pas ce que nous entendons ici, sur le plan physique de la Terre. La nature de l'âme englobe bien davantage et nous ne pourrions pas en comprendre le concept dans sa totalité.
Très vite, j'ai demandé qu'on me donne une comparaison. On m'a dit alors que chacune de ces pages représentait une sorte de portion de l'âme. L'une d'elles est celle qui vit sur le plan physique, mais les autres représentent d'autres portions de l'âme qui se trouvent sur d'autres plans, d'autres univers ou d'autres dimensions.
J'insiste : il ne s'agit pas exactement d'espace-temps, ni de multivers entendu de façon simple. C'est un concept assez abstrait pour nous.
Ce que j'ai pu entrevoir dans une pensée fugace, c'était une comparaison. Si nous avions la capacité de voyager dans le temps et que nous avions sous la main une radio analogique, déplacer le cadran vers l'avant ou vers l'arrière équivaudrait à voyager dans le temps vers l'avant ou vers l'arrière. Mais ce concept était trop simple pour expliquer ce qu'ils voulaient me transmettre.
Pour mieux le comprendre, il fallait imaginer que le cadran n'existait pas comme une ligne, mais comme une sphère. Cette sphère n'aurait pas de dimension fixe : elle serait infinie. Elle pourrait être assez petite pour tenir entre les mains, mais aussi grande qu'une planète.
Le mouvement d'un point dans l'espace tridimensionnel à l'intérieur de cette sphère nous situerait quelque part. Il y aurait un point qui correspondrait à la Terre à l'instant présent, et un autre point différent qui correspondrait à la Terre à un autre âge.
C'était comme si les âges par lesquels la Terre est passée et par lesquels l'humanité est passée se répétaient continuellement, et que l'on choisissait de naître à tel ou tel moment. Mais aussi, en déplaçant ce point à l'intérieur de la sphère, on pouvait aller vers un autre type d'univers. J'insiste : pas vers un univers parallèle au sens habituel, mais vers un autre type d'entité globale de vie.
À partir de ce moment-là, comme je me sentais profondément satisfait de l'information qui m'avait été donnée, j'ai commencé à quitter peu à peu l'état de conscience élargie. J'ai commencé à me réveiller. Je ne voulais plus rester là, car j'avais reçu un grand enseignement, ou plutôt plusieurs.
L'un de ces enseignements avait été celui des Shemsu-Hor : des êtres venus sur Terre avec une mission, qui l'ont accomplie et sont repartis. De nouveau, j'insiste : il peut s'agir d'une création de mon subconscient ou d'un fait réel. L'important n'est pas tant de savoir si l'expérience est littérale ou non, mais le message qu'elle contient. Peut-être que le message vient de mon subconscient, guidé par les indications de la thérapeute, ou peut-être s'agit-il de la réalité selon laquelle tout cela s'est produit sur un plan non physique.
Un autre enseignement principal a été le concept de l'âme. L'image que j'ai reçue —le livre, les pages et les sphères jaunâtres— me représentait l'âme comme quelque chose qui n'était pas limité à une seule incarnation ni à un unique plan d'existence. C'est la compréhension spirituelle que j'en ai tirée ; je ne peux pas la démontrer comme description factuelle de la réalité.
On m'a montré qu'une partie de l'âme peut vivre sur le plan physique, tandis que d'autres portions existent sur d'autres plans, univers ou dimensions. Il ne s'agissait pas exactement d'espace-temps ni de multivers entendu de façon simple, mais d'un concept beaucoup plus vaste et difficile à traduire en pensée humaine.
La comparaison avec le cadran d'une radio qui devient une sphère infinie a été une façon symbolique de m'approcher de cet enseignement : il n'y aurait pas une unique ligne temporelle, mais une immensité de positions possibles à l'intérieur d'une réalité beaucoup plus complexe.
J'ai reçu aussi un enseignement sur la manière de travailler en ce lieu. Là-bas, il n'existait pas de hiérarchies sociales telles que nous les entendons ici, mais bien une organisation fonctionnelle. Certaines entités supérieures donnaient des instructions et d'autres, nous, nous les exécutions. Quand une tâche était trop complexe, plusieurs êtres pouvaient s'unir entre eux et agir comme une seule entité pour la mener à bien. Cette union n'était pas perçue comme une perte d'identité, mais comme une intégration temporaire de capacités pour accomplir un travail plus grand.
Quand je suis sorti de l'état de conscience élargie, j'ai parlé avec Puy. Nous avons précisé davantage le sujet de l'âme qui avait surgi avec la comparaison du livre, et je le lui ai expliqué.
À ce moment-là m'est revenu en mémoire un passage d'un livre que j'avais lu. Dans ce livre, des psychologues qui utilisaient la régression par hypnose clinique faisaient revenir leurs patients au moment où ils se désincarnaient, passaient par le plan astral et allaient vers la lumière. Beaucoup étaient surpris d'y rencontrer des gens qui étaient encore vivants sur le plan physique de la Terre.
J'ai relié cette lecture à l'enseignement qu'on venait de me transmettre pendant la conscience élargie, et j'ai senti que je comprenais tout. Notre âme ne serait pas liée exclusivement à notre corps sur ce plan, mais existerait sur bien d'autres plans.
Dans le dialogue avec Puy, j'ai également évoqué à quel point m'avait paru curieuse la lecture d'un livre sur les déjà-vu. Ce livre proposait une explication spéculative, empruntée à des concepts de la physique quantique, selon laquelle un déjà-vu pourrait être un souvenir qui parvient à notre conscience actuelle depuis un autre moi d'un autre monde parallèle ayant vécu la même expérience quelques secondes ou quelques minutes plus tôt. Je ne le présente pas comme un résultat établi de la physique : je le mentionne parce que c'était dans ma mémoire et parce que cela a influencé la manière dont j'ai interprété ce que j'ai vu.
Selon cette théorie, cet autre moi aurait surgi à la suite d'une décision binaire. Par exemple : « Est-ce que je me marie ou non avec cette personne ? ». À l'instant où cette question s'ouvre, deux univers se généreraient : l'un dans lequel une copie de moi décide d'épouser cette personne, et un autre dans lequel une copie de moi décide de ne pas le faire. Les deux vies pourraient s'entrecroiser à un moment donné de façon très subtile.
Au-delà de tout cela, il y a eu un message qui m'a paru particulièrement significatif. Dans l'expérience, au moment où l'on passe d'un temple de la Terre à un édifice situé en un autre point de l'espace, du temps ou de l'univers, un portail s'ouvre. Le message semblait clair : on n'a pas besoin de vaisseaux spatiaux comme les nôtres pour voyager dans l'espace ou dans le temps.
La transition ne se faisait pas au moyen d'un vaisseau, mais à travers un portail. Et cette image, au-delà de sa forme littérale, semblait exprimer qu'il existe des formes de déplacement ou de connexion qui n'obéissent pas aux limitations physiques que nous tenons pour acquises.
À la fin de la séance, deux incertitudes sont restées ouvertes. La première fut l'expérience avec les Shemsu-Hor. Comme j'avais déjà lu à leur sujet, je ne peux pas exclure que mon subconscient ait construit la scène à partir d'informations antérieures. En même temps, la netteté, la cohérence visuelle, le sentiment d'appartenance et le message reçu furent si intenses que je ne peux pas non plus nier la possibilité qu'il m'ait été permis d'accéder à une information réelle, fût-ce depuis un plan non physique.
La seconde fut le rapport entre tout cela et mon anxiété actuelle, le tabac et l'alcool. La séance a commencé avec un objectif apparemment concret : comprendre les boucles d'anxiété et les conduites compulsives associées à la consommation de tabac et de bière. Pourtant, elle a fini par déployer des images liées à des plans astraux, aux Shemsu-Hor, à des portails, à la création de vie et d'harmonie et à la nature de l'âme.
Peut-être que tout cela faisait partie d'une expérience réelle sur d'autres plans. Peut-être était-ce une construction du subconscient guidée thérapeutiquement. Peut-être était-ce les deux à la fois.
Moi, je préfère me tenir sur le chemin du milieu.
Je n'ai pas besoin d'affirmer catégoriquement que tout fut réel, ni besoin de le nier pour me sentir en sécurité. L'important, c'est que la séance a produit un mouvement intérieur, un enseignement et une possibilité de guérison. Et si ces images, ces entités, ces temples, ces portails et ces explications ont surgi de mon subconscient, alors mon subconscient, accompagné par la thérapeute, essayait de me montrer quelque chose de nécessaire à mon processus.
Que ce fût quelque chose de créé par mon subconscient ou une expérience réelle vécue sur d'autres plans, dans les jours qui ont suivi la séance j'ai observé que mon impulsion à consommer de l'alcool dans les situations de forte anxiété avait diminué. Cette coïncidence temporelle fait partie de mon expérience, mais elle ne me permet pas de démontrer à elle seule que la séance ait été la cause du changement. Ce qui a compté pour mon processus, c'est que j'ai commencé à regarder avec plus de clarté une conduite qui pouvait nuire à ma guérison.
Il est vrai que l'idée d'avoir l'occasion de boire ne serait-ce que deux bières continuait d'apparaître. Mais quelque chose avait changé. Je pouvais désormais voir avec plus de clarté et penser par moi-même que, dans ma situation actuelle, la consommation d'alcool, si infime fût-elle, ou même la consommation démesurée, pouvaient nuire à ma guérison et à mon rétablissement.
Quelques jours après la séance, oui, je peux affirmer que quelque chose avait changé.
Si quelqu'un a des difficultés à contrôler sa consommation d'alcool ou d'autres substances, une régression ne doit pas être utilisée comme substitut d'une évaluation ou d'un traitement professionnel.
Emporte-le dans ta vie
Cette régression est la plus difficile à transposer directement, car elle contient des affirmations et des images sur l'âme, d'autres plans et la création de la vie. Tu n'as besoin d'en accepter aucune pour utiliser une partie de l'enseignement.
Demande-toi : quelles idées spirituelles t'aident, et lesquelles transformes-tu trop vite en certitudes ? Peux-tu conserver une expérience signifiante sans t'obliger à la démontrer ? Quelle habitude actuelle sais-tu nuisible à ta guérison ou à ton bien-être ? Quel changement observable pourrais-tu réaliser même si tu ne résolvais jamais les questions métaphysiques ?
Une expérience peut élargir nos questions. La vie quotidienne demeure le lieu où nous vérifions comment nous choisissons de vivre.
Troisième partie · Le canal et la sensibilité
À partir d'ici, tu entreras dans la partie la plus interprétative du livre. Je décrirai le canal, la sensibilité, les communications ratées et le recalibrage tels que je les ai compris. Lis-les comme une carte personnelle de mon expérience, non comme un modèle scientifique établi ni comme une explication que tu devrais adopter. Chaque fois qu'une idée pourra se traduire dans la vie quotidienne sans qu'il soit nécessaire d'accepter son interprétation spirituelle, je signalerai aussi cette lecture.
Tu connais déjà le canal et tu sais de quoi est faite la sensibilité. Il est temps maintenant de le déployer.
C'est le chapitre le plus long du livre, et je tiens à le signaler : il est arrivé ainsi. Ce sont des idées qui sont tombées peu à peu au fil des mois, certaines directement liées aux régressions et d'autres qui sont arrivées d'elles-mêmes.
Tu trouveras ici la sensibilité sous toutes ses formes : l'éducation du savoir-être, les frissons, les esprits qui ne s'ouvrent pas, la chasse et le repentir, et aussi les communications qui arrivent brisées.
La sensibilité comme optimiseur des régressions
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1. Une étape de recalibrage
Pendant cette étape de recalibrage, une série d'idées, de pensées et d'enseignements ont continué à me parvenir, et ils semblent s'ordonner peu à peu. Ils n'arrivent pas toujours de façon confortable ni au moment opportun. Parfois ils apparaissent comme une succession décousue de pensées ; d'autres fois, comme une pluie torrentielle d'informations qui tombe sur mon esprit sans que je puisse l'arrêter. J'ai demandé une aide qui définisse toute cette expérience et, dans mon esprit, un seul mot est apparu : « Recalibrage ».
Le recalibrage est un terme industriel qui définit l'optimisation d'une machine ou d'équipements similaires, afin d'en améliorer le fonctionnement.
Toutes ces idées me parviennent dans deux types d'occasion : parfois cela m'arrive quand je rentre fatigué à la maison après avoir couru. Je prends une douche, je m'allonge sur le lit et je m'accorde quelques minutes de repos avant de me remettre à d'autres tâches. Dans ces moments-là aussi, de l'information peut arriver, même s'il y en a d'ordinaire peu. Cependant, c'est dans les moments d'excitation nerveuse que cette arrivée s'intensifie. Là, ce n'est pas une idée isolée qui apparaît, mais beaucoup, l'une après l'autre, comme si une vanne s'était ouverte et qu'une nuée d'idées me parvenait d'un coup.
Cela m'est arrivé en conduisant, en faisant des tâches complexes, en écoutant de la musique qui m'émeut ou en regardant la scène d'un film dont l'action provoque une excitation nerveuse chez le spectateur. Dans ces moments-là, une rage terrible m'envahit, parce que je sais que quelque chose d'important est en train d'arriver, mais je n'ai sous la main ni stylo, ni papier, ni ordinateur pour pouvoir le dicter. Alors je dois faire usage de ma mémoire, et ma mémoire parfois flanche. Certaines idées se perdent, même si d'autres reviennent quelque temps après.
La mnémotechnie qui m'a été donnée pour conserver ces souvenirs fonctionne. Mais je ne peux pas toujours l'utiliser. Si je suis en train de parler avec quelqu'un, ou si je me trouve au milieu d'une situation d'excitation ou de tension, je ne peux pas me mettre à réciter à voix haute ce qui vient de me parvenir. Les autres pourraient penser que j'ai une sorte de tare, un TOC ou quelque chose de semblable. Ce serait une scène ridicule et, bien souvent, avec résignation, je considère cette information comme perdue.
L'épuisement apparaît aussi. Il y a des jours où je suis exténué en milieu de matinée. Ce n'est pas seulement une fatigue physique. C'est comme si tout ce processus d'arrivée, de réception, de mise en ordre et de recalibrage consommait une quantité énorme d'énergie. Comme si mon esprit et mon système nerveux avaient travaillé pendant des heures avant même que la journée n'ait avancé.
À cette étape sont même apparus des flashes apparemment isolés, comme des images de plaisanteries chargées jusqu'à l'humour, comme si l'on cherchait à m'encourager et à y donner une touche de bonté, des souvenirs, des symboles ou des fragments que je ne sais pas encore situer. Je ne veux pas les forcer. Je les laisse notés comme des pièces en attente, parce que peut-être trouverai-je plus tard la place exacte qu'ils occupent au sein de l'ensemble.
2. Ne pas affirmer plus que ce que je sais
Je veux que quelque chose soit très clair dès le départ. Peut-être que beaucoup des choses et des canaux de communication dont j'ai parlé dans d'autres chapitres ne se sont pas réellement ouverts à la suite des régressions avec Puy. Elle a pu être le vecteur de changement qui m'a fait réfléchir et remarquer leur existence. Peut-être étaient-ils déjà ouverts depuis très longtemps. Peut-être n'est-ce pas quelque chose qui n'arrive qu'à moi, mais quelque chose que beaucoup de personnes vivent sans s'en rendre compte. Ce que Puy a fait, c'est me le mettre devant, d'une manière consciente ou inconsciente. Ce que je peux bien affirmer, c'est que sa thérapie « M'a fait m'éveiller », sortir de l'automatisme dans nos vies que nous, les Occidentaux, nous nous infligeons à nous-mêmes sans nous rendre compte que nous entrons dans une boucle qui rend nos vies inertes, dénuées de sens, comme si nous étions l'un de ces androïdes modernes de production d'un système industriel.
Quand nous recevons des perceptions, nous croyons normalement qu'elles viennent de notre esprit. Nous pensons que ce sont des pensées ordinaires, des associations mentales, des idées liées au travail ou de simples trouvailles sans utilité. Bien souvent nous les rejetons avant même de les écouter. Nous les écartons de notre mémoire parce qu'elles ne semblent servir à rien.
À la suite des régressions avec Puy, ces perceptions ont commencé à affluer avec plus de force. Mais je ne peux pas affirmer si elles étaient déjà là auparavant et si c'était moi qui les rejetais. Je ne sais pas si ce sont des productions de mon propre esprit, si elles proviennent de mon subconscient ou si quelqu'un, depuis un autre plan, essaie de me les communiquer.
C'est pourquoi je ne peux ni nier une possibilité ni affirmer l'autre catégoriquement. Je dois les regarder toutes les deux comme des possibilités réelles. Peut-être est-ce mon esprit. Peut-être est-ce mon subconscient. Peut-être est-ce une entité extérieure. Peut-être est-ce un mélange de plusieurs choses. L'important, pour l'instant, c'est que l'information arrive.
Et quand elle arrive, je dois apprendre à l'écouter sans perdre la prudence.
3. L'excitation nerveuse comme interrupteur
L'une des idées qui est parvenue à ma mémoire, c'est que l'excitation nerveuse pourrait activer le canal de communication. C'est comme allumer un téléviseur. Tu appuies sur le bouton de la télécommande et, tout à coup, tout le circuit se met à travailler.
Je me souviens des cours de physique, quand on nous expliquait l'électricité et le mouvement des électrons d'un point à un autre, d'un pôle à un autre, à une vitesse fulgurante. Cette image m'est venue à l'esprit. L'excitation nerveuse serait comme le bouton du téléviseur. À l'instant où on l'appuie, les électrons du circuit se mettent à bouger, tout s'active et l'information commence à apparaître.
Un exemple très clair, c'est la conduite. Tu roules dans une rue que tu connais parfaitement. Au loin, tu vois que le feu vient de passer au vert. Tu sais que si tu arrives à temps tu pourras t'engager dans la nouvelle rue, mais que si tu n'y arrives pas tu devras attendre plusieurs minutes, parce que tu connais ce feu et tu sais combien de temps il met à changer. Dans ce petit instant de tension, de calcul, d'accélération nerveuse, des pensées décousues, désordonnées, commencent à apparaître, sans rapport apparent les unes avec les autres.
Cela arrive aussi avec la musique. Une chanson que j'aime peut engendrer une excitation intérieure, une sorte d'ouverture. Cela se produit également avec certaines scènes de films, quand l'action des personnages t'entraîne émotionnellement. Dans ces moments-là, quelque chose s'allume.
Je ne sais pas si cet allumage ouvre une communication avec mon subconscient ou avec un autre type de source. Mais la sensation est qu'il y a un canal qui s'active.
4. Un regard scientifique comme outil, non comme dogme
Ce chapitre a aussi une part analytique, presque technologique. Je ne veux pas que tout se réduise à une expérience émotionnelle ou mystique. J'essaie de trouver le pourquoi. Ou, mieux dit, j'essaie de comprendre s'il existe un moyen d'améliorer les communications dans les régressions.
Pour cela, je crois que nous devons utiliser une part scientifique. Non comme base absolue d'une méthode, mais comme outil auxiliaire. La science n'aurait pas à remplacer l'expérience, mais elle pourrait bien nous aider à comprendre certains facteurs.
Je pense aux chirurgiens qui opèrent à distance à l'aide de bras électroniques. Ils peuvent se trouver aux États-Unis et opérer une personne en Inde au moyen d'un système technologique sécurisé. La chirurgie reste la chirurgie, le savoir médical reste essentiel, mais la technologie élargit les possibilités.
C'est quelque chose de semblable que je veux proposer ici. Peut-être pouvons-nous utiliser des connaissances scientifiques pour analyser comment améliorer les régressions, ou même pour renforcer certains facteurs des communications régressives. Il ne s'agirait pas de réduire le mystique au technique, mais d'utiliser le technique comme un outil qui aide à affiner le canal.
Comme dans un système de communication, il faudrait se demander ce qui améliore le signal, ce qui produit des interférences, quels facteurs font que le message arrive plus net et quels facteurs le déforment.
5. La sensibilité comme amélioration de la perception
Les sensations que je reçois peu à peu autour de la sensibilité pointent vers une idée centrale : la sensibilité améliore la capacité de perception.
Une personne dotée d'une plus grande sensibilité a peut-être plus de facilité à recevoir ce type d'information. Peut-être a-t-elle son subconscient moins entravé, et est-ce lui qui, de façon plus juste et plus ordonnée, dicte les choses. Ou peut-être n'est-ce pas le subconscient, mais une entité extérieure. Je ne sais pas. Mais l'important, c'est que l'information arrive.
Cela ne signifie pas qu'une personne moins sensible ne puisse pas recevoir d'information. Mais je crois bien que la sensibilité facilite la communication. C'est comme la différence entre câbler une maison avec des câbles de haute qualité, blindés, protégés contre les interférences, et monter un câblage provisoire accroché au mur avec des punaises. Dans le second cas, si tu branches une ampoule, elle peut clignoter. Non pas parce que l'électricité n'existe pas, mais parce que le canal n'est pas bien préparé.
La sensibilité peut être cela : un câblage plus net, plus fin, plus capable de transmettre sans interférences.
Mais en plus de la sensibilité, il faut un esprit ouvert. Un esprit élargi. Un esprit qui s'ouvre aux changements, aux nouvelles connaissances et aux nouvelles situations. Il faut de la curiosité. Non pas une curiosité qui se mêle des affaires personnelles des autres, mais une curiosité technique, scientifique, humaine et analytique.
Un esprit perceptif ne croit pas tout ce qu'il entend, mais il ne le rejette pas non plus d'emblée. Il le reçoit, l'observe, l'analyse et le laisse reposer.
6. L'éducation du savoir-être et son rapport avec la sensibilité
Il m'est venu à l'esprit que la sensibilité peut être liée à l'éducation reçue. Je ne parle pas tant de l'éducation scolaire que de l'éducation du savoir-être.
Mes parents ont mis un accent particulier sur cette éducation. Ils voulaient que nous soyons aimables avec les autres, que nous saluions en entrant quelque part et que nous prenions congé en sortant. J'étais un enfant incroyablement timide et cela me coûtait beaucoup. Parfois, mon père n'avait pas besoin de me dire quoi que ce soit. Un simple regard suffisait à me rappeler que je devais saluer. Alors je réagissais et je disais : « Pardon, bonjour ».
Avec le temps, j'ai appris à reconnaître quelque chose chez les gens. Toutes ces personnes magnifiques que j'ai connues semblaient suivre un même schéma. Elles avaient une bonne éducation du savoir-être et de la considération pour leur prochain. Je ne dirai pas que c'était toujours une éducation exquise, mais bien une éducation profonde, respectueuse, attentive.
Je commence à penser que cette éducation du savoir-être entretient un rapport étrange avec la sensibilité. Les personnes vraiment bien éduquées ont en général de la sensibilité. Et les personnes à faible sensibilité, en règle générale, ne semblent pas avoir bien intégré cette éducation du savoir-être.
Peut-être parce que le savoir-être ne se réduit pas à des normes sociales. Il ne s'agit pas seulement de dire bonjour ou merci. C'est se rendre compte que l'autre existe. C'est le percevoir. C'est soigner la manière dont on entre dans un espace, dont on parle, dont on regarde, dont on écoute ou dont on se retire.
La sensibilité peut naître aussi de là : d'avoir appris à ne pas tout occuper, à ne pas bousculer les autres, à ne pas s'imposer sans regarder.
7. La sensibilité comme expérience physique
La sensibilité se manifeste aussi physiquement. Jusqu'à présent, je croyais que tous les frissons étaient identiques, mais je commence à les distinguer.
Il y a un type de frisson qui apparaît quand je reçois un stimulus d'émerveillement, quand je découvre quelque chose d'incroyablement inouï ou qu'un nouvel enseignement me parvient. On le sent au niveau des triceps et dans la zone du crâne située derrière les oreilles. C'est une sensation électrique et agréable. C'est un « wow » corporel, une décharge d'énergie positive. Comme si ce nouvel enseignement était accueilli par une fête intérieure.
J'ai toujours été quelqu'un de curieux. J'ai aimé chercher, apprendre, intégrer des connaissances à ma vie. Bien souvent, je ne savais pas pourquoi. Maintenant, il est clair pour moi que beaucoup de ces connaissances sont comme de petits outils qui m'aideront à un moment ou à un autre de mon chemin.
Il y a un autre type de frisson qui apparaît quand quelque chose me dépasse. Il n'a rien à voir avec la joie. C'est un frisson qui parcourt tout le corps, en particulier les membres supérieurs et inférieurs. La décharge semble commencer aux épaules, descendre vers les mains, puis parcourir les jambes jusqu'aux pieds. C'est comme si j'étais un câble qu'un électricien utilise pour raccorder deux extrémités : on m'accroche par les pieds à un bout, par la tête à l'autre, et la décharge me parcourt tout entier.
Ce frisson ne dit pas « wow ». Il dit : cela te dépasse.
Il y a aussi des frissons qui demeurent dans la poitrine, entre le sternum et le cœur. Ils sont liés aux épisodes amoureux de ma vie. Quand je tombais amoureux, je sentais le chatouillement typique, le battement d'ailes des papillons. Enfant, je tombais très facilement amoureux. Je ne sais pas si tous les garçons et toutes les filles de cette époque l'étaient autant, mais moi, j'avais l'habitude de tomber amoureux des filles qui avaient quelque chose de spécial.
Quand je rencontrais une fille qui me plaisait, la sensation dans la poitrine tournait dans un sens circulaire, comme les aiguilles d'une montre. Mais si, peu après, je voyais cette fille s'approcher d'un autre garçon et l'embrasser, comme si elle avait déjà établi un lien sentimental avec lui, le frisson s'inversait. Il tournait dans le sens contraire des aiguilles d'une montre.
C'était comme faire et défaire. Comme si le corps catégorisait l'expérience avant même que l'esprit puisse l'expliquer.
Une remarque brusque peut aussi me pénétrer très profondément. Ce peut être une remarque sans mauvaise intention, mais la première chose que je ressens est une vague dans la poitrine qui m'envahit. Parfois, je parviens à me ressaisir et à comprendre que ce n'était pas un reproche contre moi, mais seulement une façon maladroite de dire quelque chose. Mais la première réception est toujours physique, profonde, immédiate.
8. Esprits réceptifs et esprits fermés
Pour simplifier, même si je sais qu'il n'y a ni noirs ni blancs, mais beaucoup de gris, je crois qu'il existe deux grands types d'esprits.
L'un est l'esprit perceptif. C'est l'esprit qui est ouvert à de nouvelles connaissances, qui écoute et analyse sans opposer trop d'objections initiales. Cela ne signifie pas qu'il accepte tout. Il écoute, simplement. Il observe. Il s'autorise la curiosité.
L'autre est l'esprit qui se moque de ce qu'il ne comprend pas. L'esprit qui se ferme, mû par ses convictions.
Je me souviens que, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, nous étions peu nombreux à considérer qu'il devait y avoir une vie intelligente dans l'univers au-delà de la Terre. Nous étions la cible de nombreuses plaisanteries. La famille et les amis nous lançaient des remarques railleuses, comme si nous étions des types bizarres qui croyaient aux petits hommes verts. Aujourd'hui, des décennies plus tard, la situation a changé. Des milieux bien plus sérieux évoquent la possibilité d'une vie extraterrestre sur d'autres planètes.
Cette sensibilité qui nous a conduits à ne pas nier certaines possibilités a fait monter notre esprit d'un niveau de conscience élargie. Elle nous a rendus plus perceptifs.
Une de mes phrases préférées, que je me rappelle attribuée à Gerry Spence, dit à peu près ceci : je préfère que mon esprit s'ouvre par curiosité plutôt qu'il ne se ferme par conviction. Cette idée me définit. Elle définit le type de curiosité que j'ai et qu'ont, je crois, les personnes à l'esprit élargi : des esprits capables d'absorber de l'information, des connaissances et des sentiments.
Parfois, je pense que ces esprits sont préparés pour évoluer plus rapidement. Ou peut-être ont-ils réussi à évoluer à travers de nombreuses vies jusqu'à atteindre un niveau d'assimilation plus élevé. Peut-être que d'autres esprits sont encore sur un plan inférieur et qu'un jour ils pourront évoluer vers un autre plan, mais peut-être pas dans cette vie. Il se peut qu'ils aient besoin de plusieurs vies pour un changement d'une telle ampleur.
J'ai éprouvé de la compassion pour les personnes à l'esprit fermé. J'ai essayé de les aider, de leur expliquer les choses, de leur montrer des solutions. Dans mon vécu personnel, je me souviens d'avoir passé énormément de temps à essayer d'expliquer à des personnes proches des situations qui, pour moi, avaient une solution simple ou plusieurs alternatives possibles. Pourtant, je crois qu'à cause de l'angoisse que ces personnes éprouvent face à certains épisodes, il ne leur est pas possible de raisonner ce que je suis en train de leur dire. Elles ne peuvent pas parvenir à un moment d'ouverture mentale.
Cela m'a toujours ému et m'a provoqué de la tristesse. C'est comme sentir que je ne peux rien faire pour elles.
Une idée me vient à l'esprit, que j'associe à une chanson de Joaquín Sabina : on ne peut pas aider celui qui ne veut pas d'aide. C'est cette sensation-là. Ils ne veulent pas recevoir d'instructions pour parvenir à un moment d'expansion. Ils se ferment d'une manière presque mystérieuse.
En recourant à mes lectures bouddhistes, la conscience élargie peut être comme une fleur qui s'ouvre le matin et montre toute sa beauté. Une fois que tu parviens à la connaissance, grâce à la sensibilité, cette connaissance t'insuffle des forces, te donne du courage et te démontre qu'il y a un enseignement derrière la vie.
En revanche, ces autres personnes sont comme un bouton qui n'arrive jamais à s'ouvrir. On devine quelques pétales entre les fentes du calice, mais la fleur ne sort pas tout à fait.
L'écoute compatissante bouddhiste peut aider. Quand une personne arrive en colère ou angoissée, lui offrir un espace d'écoute, sans juger, peut l'apaiser. Mais cela ne résout pas toujours la cause. C'est comme quand tu vas chez le médecin et que le médecin te donne un médicament pour apaiser les symptômes, mais ne cherche pas l'origine. Heureusement, tous les médecins ne font pas cela. Mais ici il se passe quelque chose de semblable : l'écoute compatissante atténue le mal-être, mais elle ne conduit pas toujours à la guérison profonde.
Pour guérir, il faut aller à la cause. Et ces personnes semblent ne jamais vouloir parvenir à la cause. Cela me procure une tristesse profonde. C'est comme voir des êtres bloqués, des êtres qui ne parviennent pas à évoluer.
9. Nervosité, excès d'information et silence postérieur
Un autre trait important de ma personnalité, c'est que je suis quelqu'un de particulièrement nerveux. Quand je reçois beaucoup d'informations, j'ai tendance à devenir nerveux. Je crois que la source de cette nervosité provient de la quantité d'informations qui arrive d'un coup.
Il y a quelque chose en moi qui me dit que cette information est importante, mais elle est encore sur un plan trop abstrait. Je ne parviens pas à l'identifier tout à fait. Et cela m'inquiète.
Parfois arrive une avalanche de pensées, puis tout se tait. Un silence absolu s'installe. C'est comme si quelque chose disait : « Au revoir, à plus tard ». Comme si l'on m'accordait un espace pour la réflexion.
Mais cet espace me paraît infime. Mes pensées sont si nombreuses que je dois continuer à travailler des jours plus tard pour les mettre en ordre. J'ai besoin de les noter, de les dicter ou de les répéter à voix haute avec la technique mnémotechnique, car sinon une partie de cette information peut se perdre.
10. La sensibilité dans la nature : la chasse, le repentir et le respect de la vie
J'ai toujours eu de la sensibilité envers les animaux, mais je reconnais aussi avoir appartenu à une famille où la chasse se pratiquait comme un rite familial, depuis des générations. Je dois expliquer ce qui suit avant de commenter une réponse qui me fut donnée après les régressions avec Puy, c'était une réponse à une question que j'ai posée après les régressions, alors que je me trouvais à l'aube dans la campagne.
Dans ma famille, nous pratiquions deux modalités : la chasse au gros gibier et la chasse au petit gibier. Dans la chasse au petit gibier, l'animal abattu allait sur la table. C'était comme aller au supermarché, acheter du poulet et rentrer à la maison pour le cuisiner. En revanche, dans la chasse au gros gibier, cela ne se passait pas toujours ainsi. Parfois tu pouvais emporter la viande de l'animal, la découper en filets, la trancher, la mariner et disposer d'un garde-manger délicieux. Mais d'autres fois tu n'emportais pas la viande. Tu emportais un trophée, ou même pas cela. Et alors il restait quelque chose de bien plus dur : avoir ôté la vie à un animal…. pour quoi faire ?
Ces dernières années, surtout après mes lectures bouddhistes, j'ai compris que cette seconde modalité pouvait être une tuerie.
Je me souviens d'une battue à Séville. Une collera de cerfs est apparue, ce que nous, les chasseurs, identifiions comme un couple de mâles qui fuient le danger. J'ai été particulièrement juste et je les ai abattus tous les deux, ce qu'on appelle « faire un doublé ». L'un est tombé foudroyé et est mort sur le coup, comme tous les chasseurs souhaitent que cela arrive pour que l'animal ne souffre pas.
Le second, en revanche, s'est enfui blessé. Le tir n'avait pas atteint un point vital. Au début, j'ai essayé de le chercher du regard dans le maquis jusqu'à ce que je puisse le localiser. Il était tombé dans une sorte de fossé naturel plein de pierres.
Je me suis approché en courant avec la dague d'achèvement et la carabine pour l'achever et qu'il ne souffre pas. Mais quand je suis arrivé, j'ai compris que ce fossé avait trop de pierres. Je ne pouvais pas y entrer avec la dague sans prendre un risque énorme. Le cerf remuait la tête et les bois d'une façon qui pouvait me blesser gravement, même à un œil ou aux côtes. Ses quartiers arrière étaient inaccessibles dans ce fossé, or c'est la voie que nous, les chasseurs, utilisons pour éviter un coup de bois de cerf. Et si j'entrais de face, le cerf chargerait contre moi.
J'ai commencé à devenir nerveux. Ce cerf avait les yeux complètement exorbités à cause du tir ; j'utilisais une carabine de gros calibre, ce qui provoque presque toujours la mort instantanée, mais cette fois-là, au lieu d'abréger le moment de la mort, elle a infligé à cette bête une douleur infinie. Il souffrait énormément. Moi, je suis resté glacé. Je ne sais pas pendant combien de temps.
Je ne pouvais pas tirer vers le fossé parce que le ricochet de la balle pouvait m'atteindre ou partir comme une balle perdue et blesser peut-être une autre personne. Mais, au bout d'un moment, j'ai compris que c'était la seule solution. Je ne pouvais pas entrer par les quartiers arrière.
Je me suis armé de courage, j'ai visé le cœur et j'ai tiré.
Cette expérience a été horrible. Pendant tout le reste de ma vie, j'ai vu le visage de ce cerf, son front, ses yeux exorbités, essayant de se relever pour fuir. Et mon esprit disait toujours : « pardon, pardon, pardon… »
Je regrette énormément ce que j'ai fait.
Je n'ai plus jamais pratiqué la chasse au gros gibier. Cela me paraissait une aberration.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi, j'ai continué à pratiquer la chasse au petit gibier. Je dois reconnaître que j'aime les cuisiner. Je leur fais un ragoût traditionnel que faisait ma mère et, avant elle, ma grand-mère : lapin à l'ail avec une réduction de vin. Je prépare aussi le caldero de conejo, un riz en bouillon et crémeux, inspiré de recettes que j'ai lues dans les livres de Miguel Delibes.
Je me souviens récemment d'un jour de chasse, à l'aube, en été, après les régressions avec Puy. Soudain, j'ai posé une question en l'air, sans attendre de réponse. Les lapins sont des animaux très sympathiques ; quand tu les abats et que tu vas les ramasser, tu reconnais leur figure, leur petit museau et leurs moustaches, ils ont l'air de sortir d'un conte, il y a en eux une beauté presque enfantine.
Alors j'ai demandé avec force : « Même si je mange ces animaux, pourquoi est-ce que je les chasse ? Pourquoi est-ce que je les chasse ? ».
La réponse a été immédiate : « Ils sont votre nourriture ».
À ce moment-là, il m'est revenu à la mémoire ce qui s'était passé en Espagne et en Europe avec le virus de la myxomatose. Quand il est apparu, le lapin s'est pratiquement éteint dans beaucoup de zones, et derrière lui de nombreuses espèces prédatrices ont souffert, parmi elles les rapaces et les lynx, qui ne s'en sont jamais remis. J'ai compris que le lapin avait été la nourriture de beaucoup d'espèces, et pas seulement de l'être humain.
C'est pour cela que cette réponse disait « votre nourriture ». Non seulement la nourriture des humains, mais aussi celle d'autres animaux.
J'ai compris alors le cycle reproducteur des lapines, leur capacité à mettre bas si fréquemment, et même à être de nouveau pleines peu après la mise bas tout en continuant d'élever les lapereaux. C'est comme un animal conçu avec une très haute efficacité biologique pour fournir des nutriments à d'autres espèces.
Je ne justifie pas tout à partir de là, mais je comprends mieux la phrase qui m'est parvenue : « C'est votre nourriture ».
Plus tard, mon admiration pour la vie est arrivée, avec les lectures bouddhistes, jusqu'à un point de compassion, envers n'importe quelle forme de vie, même envers les insectes : quand je sors m'entraîner et que je cours, je regarde le sol et j'essaie de ne pas écraser une file de fourmis qui traverse le chemin. Je les respecte comme forme de vie. Elles font leur travail. Elles essaient de survivre.
Moi aussi, avant, j'avais éprouvé de la répulsion envers beaucoup d'insectes.
Enfant, j'éprouvais une profonde répulsion pour les guêpes. Je me souviens d'une fois, à la campagne, où j'ai lancé une pierre contre un buisson, avec la malchance que cette pierre a frappé de plein fouet un nid de guêpes. Toutes les guêpes sont sorties furieuses vers moi et m'ont piqué. Il y a peut-être eu huit ou neuf piqûres. Elles m'ont laissé le visage et la poitrine gonflés, enflammés, comme si mon corps avait réagi de façon intense à cette attaque. Je me souviens de cette expérience avec beaucoup de douleur.
Depuis lors, les guêpes avaient été pour moi des êtres répugnants. Une fois, j'ai raconté ce vécu à une amie, et elle m'a dit : « Ce ne sont pas des animaux répugnants ; elles servent aussi à polliniser ». Je refusais de l'accepter. La peur, la douleur et le rejet étaient trop gravés en moi.
Pourtant, maintenant, après les expériences avec Puy, une sensation différente m'est venue, comme si ce souvenir était revenu pour être compris d'une autre manière. Une phrase petite, simple, mais très claire m'est parvenue : « Elles défendaient leur communauté ».
Ensuite, j'ai raisonné sur ce qui s'était passé et j'ai compris que ces insectes n'étaient pas coupables. Ils ont simplement répondu à un stimulus de menace sur leur communauté. Ils ont exercé leur fonction. Le coupable, en réalité, c'était moi, même si je l'avais fait sans le vouloir. Et un insecte n'a pas la capacité d'analyser la situation.
11. Conclusion : sensibilité, communication et enseignement
Tout ce chapitre tourne autour d'une idée : la sensibilité peut être une qualité qui améliore la communication.
Je ne sais toujours pas si les communications proviennent de mon esprit, de mon subconscient, d'un autre plan ou d'une entité extérieure. Mais je perçois bien que la sensibilité affine la réception. La sensibilité nettoie le câblage. Elle réduit les interférences. Elle fait que certains enseignements arrivent avec plus de force.
Cette sensibilité n'est pas seulement de l'émotion. C'est l'éducation du savoir-être, c'est le respect, c'est la curiosité, c'est la compassion, c'est la capacité d'émerveillement, c'est la douleur devant la souffrance animale, c'est la tristesse devant les esprits qui ne s'ouvrent pas, c'est la nervosité devant trop d'informations et c'est aussi le désir de comprendre.
La sensibilité m'a apporté des problèmes. Elle m'a fait souffrir de commentaires brusques. Elle m'a amené à porter un travail qui ne me revenait pas. Elle m'a fait vivre avec trop d'intensité des liens, des pertes et des souvenirs.
Mais peut-être cette même sensibilité est-elle aussi un outil.
Peut-être est-elle une partie essentielle du canal.
Peut-être est-ce grâce à elle que les enseignements arrivent.
Et peut-être ma tâche, maintenant, n'est-elle pas de nier ce qui arrive ni de l'affirmer sans prudence, mais d'apprendre à l'écouter, à l'ordonner et à le mettre au service d'une compréhension plus profonde de ma vie.
La communication manquée et le recalibrage de la perception
La communication manquée
Depuis un certain temps, je me demande pourquoi, à certaines occasions, les images apparaissent selon une séquence extrêmement rapide et vertigineuse. Elles arrivent comme une cohue d'informations que je parviens à peine à distinguer et, presque aussitôt, elles disparaissent.
L'explication qui a fini par se frayer un chemin en moi est celle-ci : c'est comme si une communication parvenait à s'amorcer, mais qu'au cours du processus surgissait une interférence ou une défaillance. Le canal pourrait se voir altéré par un manque d'énergie ou par quelque autre circonstance que j'ignore encore. En conséquence, la transmission s'interromprait avant de s'achever.
Selon cette interprétation, ces images désordonnées et extrêmement rapides seraient des tentatives de communication manquées : des transmissions qui ont commencé, mais qui ne sont pas parvenues jusqu'à moi de manière intègre, compréhensible et stable. C'est comme lorsque tu as un poste récepteur de radio et que tu essaies de capter une station : tu n'entends qu'un son, comme si quelqu'un parlait à l'intérieur d'une boîte de conserve, sans la moindre once de clarté.
Au début, j'ai pensé qu'il pouvait s'agir d'une sorte de blague que quelqu'un me faisait depuis l'autre côté : m'envoyer un tas d'informations et « allez, débrouille-toi avec ça ». J'ai aussi envisagé la possibilité que ce soit mon propre subconscient qui produisait ces séquences. Pourtant, je sens maintenant avec assez de clarté une autre explication : quelqu'un essaie d'émettre l'information mais, pour une raison ou une autre, celle-ci reste à mi-chemin ou arrive dans un état défectueux.
La sensation ressemble à ce qui se passe quand un disque de vinyle se raye et que la lecture reste prise au piège, se répétant ou se déformant. Cela me rappelle aussi une cassette qui commence à perdre sa tension, s'emmêle et finit par se défaire à l'intérieur du radiocassette. Le contenu était là et la lecture avait commencé, mais le support chargé de le transporter n'a pas pu accomplir correctement sa fonction.
Je ne peux pas démontrer que cette explication soit objectivement correcte. La seule chose que je puisse consigner, c'est qu'elle est apparue en moi comme un éclaircissement particulièrement net pour donner un sens à ces rafales d'images incomplètes.
L'altération de la perception et le réajustement
Il y a un épisode des premiers mois de mon arrêt de travail que je lis aujourd'hui autrement. C'est celui de l'application de musique que j'ai raconté quelques pages plus haut : j'ouvrais sur le téléphone l'application de toujours et j'avais la certitude que quelqu'un l'avait entièrement changée, jusqu'à ce que, après un moment à regarder l'écran, tout retrouve sa place et que je comprenne qu'elle était toujours la même. Je l'ai expliqué à ma médecin lors d'une des visites, et je me souviens qu'elle m'a écouté les yeux grands ouverts.
Au début de ma maladie, mon esprit traversait un changement profond. Ma perception se trouvait probablement altérée en conséquence de la détérioration psychologique dont je souffrais et que je reliais, fondamentalement, à ce que j'avais vécu dans mon environnement professionnel.
Ce que j'avais alors interprété uniquement comme un symptôme déconcertant acquiert aujourd'hui, au sein de mon expérience personnelle, une signification plus profonde. C'était comme si mon système de perception était en train de se modifier, de se réajuster, de traverser une transformation.
La sensation qui me parvient est que ce processus pouvait ressembler à une sorte de recalibrage. Comme si ma manière habituelle de reconnaître, d'ordonner et d'interpréter la réalité avait momentanément cessé de fonctionner normalement et avait besoin de se reconstruire.
Selon mon interprétation actuelle, cette transformation aurait pu préparer mon esprit à percevoir avec plus de clarté l'information qui a ensuite commencé à émerger, qu'elle vienne de mon subconscient ou de ce que j'éprouve comme un plan différent.
Mais je ne peux pas savoir s'il existe une relation réelle entre les deux processus. Il est tout aussi possible que cette altération ait été simplement une manifestation de l'état psychologique que je traversais à ce moment-là. Ce dont je me souviens avec clarté, en revanche, c'est de l'étrangeté de contempler quelque chose de connu et de sentir, pendant quelques instants, qu'il avait cessé de l'être.
Aujourd'hui, je contemple cette expérience comme une possible phase de désorganisation puis de réajustement de ma perception : un moment où mon esprit semblait être en train de démonter sa manière habituelle d'interpréter le monde pour tenter de trouver ensuite une nouvelle façon de l'organiser.
Quatrième partie · L'énergie
Dans cette quatrième partie, j'utiliserai le mot énergie tel qu'il apparaît dans mon expérience et dans mon modèle personnel. Quand j'en tirerai des conclusions générales, elles doivent s'entendre comme une interprétation : le repos, l'attention, l'activation, la charge émotionnelle et la capacité physique sont la traduction observable de ce que j'appelle ici énergie.
C'est la partie la plus analytique du livre, et je crois que cela se voit : ici, j'essaie de bâtir un modèle avec ce que j'ai peu à peu compris.
Réduire le mystique au technique ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est d'utiliser le technique comme un outil qui aide à affiner le canal, de même qu'un chirurgien opère à distance avec des bras électroniques sans cesser pour autant d'être chirurgien.
Ce que tu vas trouver, c'est le développement complet de l'économie de l'énergie : ses fonctions, la signification des absences, le bégaiement comme signal, la planète désertique, la semeuse de vie et les écailles de l'enfance.
Visions, éclaircissements et l'économie de l'énergie
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1. Objet du rapport intégré
Ce rapport recueille et met en ordre ce que j'ai peu à peu compris autour de mes expériences régressives, les visions qui sont apparues après les régressions avec Puy et les éclaircissements qui sont arrivés plus tard pour compléter des scènes que je n'avais pas fini de comprendre.
Je l'écris à la première personne parce qu'il ne s'agit ni d'une théorie extérieure ni d'une affirmation objective sur la réalité. C'est une carte symbolique, émotionnelle et narrative construite à partir de mes propres expériences intérieures. Son sens n'est pas de démontrer quoi que ce soit vers l'extérieur, mais de mettre en ordre ce que j'ai senti, vu, ce dont je me suis souvenu ou ce que j'ai tenté de comprendre depuis l'intérieur.
Dans ce processus apparaissent plusieurs lignes qui s'entrelacent : les réponses aux questions que je m'étais posées toute ma vie, les souvenirs d'éclaircissement qui complètent des scènes régressives, l'économie d'énergie qui semble organiser ce qui se montre et ce qui ne se montre pas, la figure de Puy comme guide ou agent d'activation, l'enseignement d'apprendre à dire non et la nécessité de tout écrire avant que cette source d'information ne se tarisse.
Je ne veux perdre aucun détail, mais je ne veux pas non plus répéter la même chose de façon inutile. C'est pourquoi ce rapport fusionne les idées en une seule structure : il garde les nuances de chaque expérience, élimine les doublons et conserve le plus important de chaque compréhension.
2. L'ouverture d'une source d'information
Je ne sais pas combien de temps dureront ces révélations. Je ne sais pas si ce sera quelque chose qui se maintiendra de façon indéfinie dans le temps ou si, au contraire, il s'agit d'une fenêtre temporaire dans laquelle il me sera donné de connaître la réponse non pas à toutes les interrogations qui ont surgi en moi tout au long de ma vie, mais à celles qui m'aideront sur mon chemin.
En tout cas, je compte profiter de la réponse à ces souvenirs, que je préfère appeler visions, jusqu'à ce que cette source d'information se tarisse.
Quand toutes ces visions ont commencé à apparaître, je me suis mis à penser qu'un canal de communication s'était peut-être ouvert de façon temporaire. C'est pourquoi je devais noter tout cela, pour éviter qu'à la fin cela ne se perde à jamais dans ma mémoire.
C'était une sensation qui, chaque fois que j'y pensais, prenait plus de force.
Pour chercher une comparaison, c'était comme lorsqu'on monte le volume d'une chaîne hi-fi et que celle-ci, à travers ses haut-parleurs, commence à émettre une série de vibrations. Si tu poses la main sur le haut-parleur, tu sens cette vibration. Mais il arrive un moment où, quand le volume dépasse un certain niveau, tu commences à sentir la vibration dans la poitrine.
Cette comparaison décrit d'une manière simple ce que je ressentais autour de cette pensée. Au début, c'était une idée ténue, presque mentale. Ensuite, elle a commencé à prendre corps. Et finalement elle est devenue un besoin physique, comme si cela n'était plus seulement dans la tête, mais aussi dans la poitrine.
C'est pourquoi je sens que je dois écrire. Parce que si je ne le fais pas, je crains que certaines images ne se perdent, que certaines connexions ne s'effacent et que certaines réponses ne sombrent à nouveau dans un endroit de la mémoire auquel je ne pourrai peut-être plus accéder ensuite.
3. L'origine des visions après les régressions avec Puy
Après les régressions avec Puy, j'ai commencé à percevoir des réponses à des questions que je m'étais posées toute ma vie. C'étaient des réponses franches, claires et simples, sans offrir de longue explication.
Depuis très jeune, je m'étais posé ces questions, mais c'étaient des questions de type rhétorique : des questions dont on connaît déjà la réponse, ou que l'on lance simplement en l'air, comme quelque chose de poétique. Ce n'étaient pas des questions formulées avec l'attente réelle que quelqu'un y réponde. C'étaient plutôt des interrogations qui vivaient en moi, des pensées restées en suspens pendant des années.
Plus tard, après avoir réalisé les transcriptions de ces séances de régression, il semblait qu'un nouveau canal de communication s'était ouvert dans mon esprit.
Par ce canal ont commencé à me parvenir des réponses à ces questions rhétoriques que l'on lance en l'air sans attendre de réponse, soit parce qu'on croit déjà la connaître, soit parce qu'on ne cherche pas une réponse directe, mais plutôt une question pour penser.
Les réponses me parvenaient d'une manière semblable à celle dont me parvenaient, pendant les régressions, les réponses subtiles aux questions que je posais. Mais elles ressemblaient aussi beaucoup à ces aides que je recevais d'entités qui voulaient faciliter la séance de conscience élargie.
À mesure que les jours passent, il est clair pour moi que ce sont des révélations. Par cet étrange canal de communication qui s'est ouvert, que ce soit avec mon subconscient ou bien avec quelque autre entité, l'information commence à affluer.
Le plus frappant, c'est que ces réponses n'arrivent ni comme des traités ni comme des explications closes. Elles arrivent comme des phrases brèves, des images, des symboles ou des souvenirs. C'est comme si l'on me donnait juste ce qu'il faut pour que je puisse raisonner ensuite. On ne me livre pas tout résolu. On me livre une pièce, et c'est ensuite à moi de la relier à ce que j'ai vécu, à ce dont je me suis souvenu et à ce que je pressentais déjà.
4. Réponses vitales et souvenirs d'éclaircissement
Au sein de ces visions, je commence à distinguer deux types de souvenirs.
D'un côté, il y a ceux qui semblent répondre à des questions que je me suis posées toute ma vie. Ce sont des questions anciennes, presque intimes, que je n'ai pas toujours formulées de manière consciente, mais qui ont été présentes en moi depuis ma jeunesse.
D'un autre côté, il y a d'autres souvenirs qui n'appartiennent pas à cette catégorie. Ils ne répondent pas à une question vitale ancienne, mais apparaissent comme des éclaircissements de quelque chose que j'ai vu pendant une régression. Ce sont des images ou des compréhensions qui viennent après, comme si quelque chose en moi voulait compléter, expliquer ou nuancer une scène qui avait déjà été montrée.
Cette nuance est importante, car toutes les visions n'ont pas la même fonction. Certaines semblent répondre. D'autres semblent éclaircir.
Les réponses vitales ont quelque chose de la révélation directe. Elles répondent à une inquiétude ancienne par une phrase ou par une compréhension simple. Les souvenirs d'éclaircissement, en revanche, semblent fonctionner comme des pièces qui s'emboîtent après coup. Ils viennent expliquer un détail, une forme, une présence, une image ou une scène qui, dans la régression, était restée ouverte.
Il y a aussi une troisième dimension qui commence à tout organiser : l'énergie. En revisitant les expériences vécues, je commence à voir que tout ne m'est pas montré, que certaines images apparaissent complètes et d'autres non, que certains sens s'activent et d'autres restent bloqués, que certaines émotions se concentrent avec une force immense et que certaines absences semblent avoir, elles aussi, une signification.
5. L'énergie comme principe organisateur
L'idée qui commence à tout organiser est que, dans ces expériences, il existe quelque chose qui ressemble à une économie de l'énergie.
Tout ne m'est pas montré. Il ne m'est pas permis de tout voir, de tout sentir, de tout ressentir ou de tout reconstruire. Certaines images apparaissent incomplètes. Certaines sensations arrivent avec beaucoup de force. D'autres, en revanche, semblent bloquées. Cela m'amène à interpréter que l'expérience vécue ne fonctionne pas comme un film complet, mais comme un système qui sélectionne ce qui est nécessaire pour comprendre l'enseignement principal.
L'énergie ne se consume pas sans raison. Elle semble se réserver pour ce qui porte une charge émotionnelle, symbolique ou spirituelle plus importante.
L'hypothèse qui commence à prendre forme est celle-ci : l'expérience vécue agit comme un optimiseur. Elle ne reconstruit pas tout le décor, mais seulement les éléments indispensables pour que je comprenne l'émotion, le message ou l'enseignement central.
Cet optimiseur n'aurait pas pour principe la complétude, mais l'efficacité symbolique. Il ne s'agirait pas de me montrer tout ce qui existe dans une scène, mais de me montrer ce qui contient la vérité émotionnelle ou spirituelle nécessaire.
C'est pourquoi, dans certaines expériences vécues, une image incomplète n'est pas forcément un défaut. Une absence n'est pas forcément un manque non plus. Une odeur bloquée peut ne pas être une incapacité, mais une sélection. Une figure montrée seulement en partie peut ne pas être mal construite, mais construite jusqu'où il le faut.
L'expérience vécue semble sélectionner l'émotion principale, l'image suffisante, l'odeur adéquate, la sensation décisive. Le reste est laissé de côté parce qu'il consommerait de l'énergie sans apporter de compréhension essentielle.
6. L'absence comme signification
Dans ces expériences vécues, ce qui n'apparaît pas compte aussi.
Ne pas voir le reste d'une famille ne signifie pas nécessairement le vide. Ne pas pouvoir sentir l'odeur du sang ne signifie pas simplement une absence sensorielle. Ne pas voir en entier un officier de rang inférieur ne signifie pas une image défectueuse. Ne pas pouvoir tourner le cou dans une scène ne signifie pas uniquement une raideur corporelle. Cela peut indiquer qu'il y a une limite énergétique ou que quelque chose exige une préparation plus grande.
L'absence peut être une décision du système.
L'absence peut indiquer que l'énergie est réservée pour autre chose.
C'est pourquoi je dois prêter attention non seulement à ce qui apparaît, mais aussi à ce qui manque. Chaque manque peut répondre à une question :
Pourquoi cela ne m'a-t-il pas été montré ?
Qu'aurait-il consommé s'il avait été montré ?
Quel élément a bien reçu de l'énergie à sa place ?
Quel enseignement cette omission protégeait-elle ?
Ainsi, l'absence cesse d'être un manque et devient une information.
7. Les fonctions de l'énergie au sein des expériences vécues
Jusqu'à présent, le modèle s'organise en plusieurs fonctions de l'énergie.
7.1. Énergie de visualisation
C'est l'énergie nécessaire pour construire des images. Quand il n'y a pas assez d'énergie, ou qu'il n'est pas nécessaire d'en dépenser davantage, l'image apparaît partielle.
Un exemple serait la visualisation incomplète de l'officier de rang inférieur à l'intérieur du vécu de l'officier est-asiatique. Je ne parvenais pas à le visualiser en entier. Je n'en voyais que la partie supérieure. L'image ne se complétait pas.
Jusqu'à présent, cela pouvait sembler une limitation fortuite, un manque de netteté ou une difficulté de ma part à visualiser. Mais je l'interprète maintenant autrement. Peut-être que la figure entière ne m'était pas montrée parce que ce n'était pas nécessaire. Visualiser le corps complet aurait consommé de l'énergie. Le vécu n'avait besoin que de me donner l'information suffisante pour reconnaître sa présence, son rang, sa fonction à l'intérieur de la scène ou sa relation avec l'officier asiatique.
La partie supérieure suffisait. Il n'était pas nécessaire de dépenser de l'énergie en jambes, en pieds, en environnement complet ou en détails secondaires. La scène sélectionnait le strict nécessaire.
7.2. Énergie sensorielle
C'est l'énergie nécessaire pour activer des sens concrets, comme l'odorat.
L'un des premiers indices de cette économie énergétique apparaît lui aussi dans le vécu de l'officier est-asiatique. Dans cette expérience, il y avait deux épisodes liés à l'odorat. À un moment, j'ai bien pu sentir le bois brûlé. Cette odeur est parvenue jusqu'à moi. Elle était accessible. J'ai pu la percevoir.
En revanche, à un autre moment, j'ai essayé de sentir le sang, mais je n'ai pas pu. C'était comme si je tentais d'accéder à cette sensation et que quelque chose ne me le permettait pas. Ce n'était pas simplement qu'il n'y avait pas d'odeur ; c'était plutôt que j'essayais de la sentir, mais que l'expérience ne m'y donnait pas accès.
J'interprète maintenant cette différence comme une question d'énergie.
Peut-être que sentir le sang exigeait une dépense énergétique que le vécu ne pouvait pas ou ne devait pas se permettre. Peut-être que ce n'était pas nécessaire pour l'enseignement. Peut-être même que cela aurait dévié l'expérience vers un excès de crudité, de douleur ou d'impact sensoriel. En revanche, l'odeur du bois brûlé, elle, était disponible parce qu'elle remplissait une fonction : me situer, m'introduire dans l'ambiance, me faire entrer dans cet autre plan sans gaspiller d'énergie.
La conclusion provisoire serait que tous les sens ne s'activent pas de la même façon. Le vécu décide quelle sensation mérite de l'énergie et laquelle n'en mérite pas.
Plus tard, après avoir traversé la régression et me trouvant déjà dans la phase de transcription, j'ai de nouveau lancé intérieurement des questions de ce genre : « Pourquoi est-ce que je ne peux pas lire ceci ? », « Pourquoi est-ce que je ne peux pas faire cela au personnage ? », « Pourquoi est-ce que je ne peux pas voir cela ? ». Alors ont commencé à me venir des visions différentes des précédentes. Cette fois, elles ressemblaient à des mots écrits, comme s'ils apparaissaient dans un document Word au fond noir et aux lettres blanches. Les lettres avaient une forme triangulaire, et entre elles apparaissait un mot qui se répétait de manière intermittente, comme un tic : énergie.
Le mot disparaissait et réapparaissait. Énergie. Énergie. Énergie. C'était la réponse qui m'était donnée à travers des visions. Ce n'était pas une longue explication ni une phrase développée. C'était une insistance visuelle, une réponse minimale et répétée. Chaque fois que je me demandais pourquoi je ne pouvais pas lire quelque chose, voir quelque chose ou agir sur un personnage à l'intérieur du vécu, la réponse était de nouveau la même : énergie.
7.3. Énergie émotionnelle
C'est l'énergie qui permet de ressentir une émotion avec intensité.
La scène de la petite fille dont le père part à la guerre introduit quelque chose de fondamental : l'énergie ne se réserve pas seulement aux scènes dures, guerrières ou douloureuses. Elle se réserve aussi pour le bonheur.
Dans ce vécu, je ne pouvais voir personne d'autre de ma famille. Je ne voyais pas d'autres proches. L'expérience ne me montrait pas l'ensemble familial. Dans un premier temps, cela pouvait sembler un manque ou une scène incomplète. Mais je commence maintenant à le comprendre autrement.
Peut-être que je ne voyais pas ma famille parce que visualiser davantage de personnes aurait consommé de l'énergie. Le vécu ne voulait pas dépenser d'énergie à reconstruire des visages, des corps, des positions ou des liens familiaux secondaires.
L'énergie devait être réservée à quelque chose de bien plus important : sentir ce que mon père me faisait quand il jouait avec moi.
Il me soulevait très, très haut. Mes petites jambes tournaient vers mon dos. Cela me produisait une sensation de chatouillement dans la poitrine. Ce chatouillement m'arrachait une infinité de rires. C'était une joie immense, un bonheur corporel, propre, enfantin, total.
Ce fut la sensation de bonheur la plus grande que j'aie eue dans tous les vécus.
Je comprends maintenant pourquoi je n'ai pas pu voir ma famille. L'énergie devait se concentrer sur ce vécu concret : le jeu avec mon père, le corps soulevé, les chatouilles, le rire et la sensation d'amour avant la perte.
L'enseignement ici est très clair : l'énergie n'était pas destinée à me montrer tout le monde. Elle était destinée à me faire sentir le bonheur essentiel de ce lien.
7.4. Énergie narrative
C'est l'énergie qui organise quels éléments de la scène sont nécessaires pour que l'histoire intérieure ait un sens.
Dans le vécu de la petite fille, l'important n'était pas de savoir combien de personnes il y avait dans la famille ni de reconstruire toute la maison ou tout l'environnement. L'essentiel était de retrouver une sensation : la joie absolue d'être soulevée par mon père, le chatouillement dans la poitrine, le rire irrépressible.
Dans le vécu de l'officier, l'important n'était peut-être pas de sentir l'odeur du sang ni de voir tous les détails du corps de l'officier subalterne. L'important était d'entrer dans un plan de compréhension, d'enseignement ou de confrontation avec une vérité intérieure.
L'énergie narrative ne reconstruit pas tout. Elle sélectionne le nécessaire.
7.5. Énergie d'action
C'est l'énergie nécessaire pour répondre à une demande ou exécuter une décision.
Quand Puy me demande quelque chose, je ne peux pas toujours répondre de façon fluide. Je commence à me court-circuiter, à bégayer, à rester bloqué. Cela suggère que ses demandes ont une charge particulière.
Ce ne sont pas des demandes triviales. Elles semblent exiger une action intérieure, une réponse qui engage de l'énergie, de la volonté ou de la décision.
Dans certaines régressions, Puy demande à ses patients de se déplacer d'un endroit à un autre. Pour accompagner ce mouvement, elle compte jusqu'à trois en disant : « un, deux et trois ». Dans mon cas, j'ai observé une différence significative. Parfois, avant même qu'elle ne commence à compter, j'étais déjà là où elle m'avait indiqué. L'action se produisait presque immédiatement, comme si le déplacement intérieur ne rencontrait aucune résistance.
D'autres fois, en revanche, Puy arrivait jusqu'à trois et j'avais beaucoup de mal à y arriver, ou bien je n'y parvenais tout simplement pas. Jusqu'à présent, je ne pouvais interpréter cette difficulté que comme un problème de refus : peut-être que je ne voulais pas aller à cet endroit, peut-être que quelque chose en moi résistait. Mais cela pourrait aussi être lié à la question de l'énergie.
Quand je devance le compte jusqu'à trois, peut-être suis-je très chargé d'énergie et puis-je exécuter le mouvement avec facilité. Quand le compte arrive à trois et que je n'ai pas pu y aller, deux choses peuvent se produire : soit je ne veux pas aller à cet endroit parce qu'il existe une résistance émotionnelle, symbolique ou spirituelle, soit je suis très bas en énergie et je n'ai pas assez de charge pour réaliser le déplacement.
Cela ajoute une nouvelle clé au modèle : les mouvements à l'intérieur de la régression ne dépendent pas seulement de la volonté. Ils peuvent aussi dépendre de l'énergie disponible à ce moment-là.
7.6. Énergie de recharge
C'est l'énergie que je dois récupérer dans un plan intermédiaire quand le vécu exige plus que ce dont je dispose.
Parfois, quand Puy me demande quelque chose, je commence comme à me court-circuiter. J'ai du mal à répondre. Je commence à bégayer. Jusqu'à présent, je n'y trouvais pas de sens. C'était comme si quelque chose se bloquait, comme si l'action requise exigeait plus que ce que je pouvais donner à ce moment-là.
Maintenant, une autre image me vient : peut-être que ce bégaiement ou ce court-circuit représente un besoin de recharge d'énergie.
L'énergie ne viendrait pas directement du plan physique ni non plus du plan régressif dans lequel je suis en train de vivre la scène. Elle devrait venir d'un autre endroit : un plan intermédiaire.
Ce plan intermédiaire serait situé entre le plan physique et le vécu régressif. Il ne s'agirait pas d'abandonner complètement la scène. Ce serait comme si une partie de moi devait aller à cet endroit, y prendre de l'énergie et revenir au point où je me trouvais.
Je ne pars pas tout à fait. Je reste connecté à la scène. Mais une partie de moi se déplace juste ce qu'il faut pour se recharger.
Quand le vécu exige une réponse qui dépasse mon énergie disponible, le court-circuit apparaît. Le bégaiement serait le signe que j'ai besoin de me recharger dans un plan intermédiaire avant de pouvoir continuer.
Cela élargit le modèle : il n'y a pas seulement une économie de l'énergie ; il y a aussi des mécanismes de réapprovisionnement.
7.7. Énergie vitale
C'est l'énergie de ma vie réelle, celle que j'ai dépensée à soutenir la souffrance, et que je dois peut-être maintenant apprendre à réserver pour ma dignité, ma santé et mon avenir.
Ici, l'énergie cesse d'être seulement une clé pour comprendre les régressions. Elle devient un enseignement sur ma vie actuelle.
8. Le bégaiement comme signal de transition
Le bégaiement cesse d'être simplement une difficulté.
Ce pourrait être un signal. Une marque de transition. Un symptôme que quelque chose en moi essaie d'exécuter une action pour laquelle il n'a pas encore assez d'énergie.
Quand Puy me demande quelque chose, la demande peut exiger une réponse émotionnelle, symbolique ou spirituelle très intense. Si je n'ai pas assez d'énergie à ce moment-là, le système commence à défaillir : je bute, je m'interromps, je bégaie, j'ai du mal à poursuivre.
Mais cette défaillance ne serait pas inutile. Elle serait l'indice qu'une opération interne est en marche.
L'hypothèse serait que le court-circuit apparaît quand une partie de moi essaie de tenir simultanément trois plans : le physique, le régressif et l'intermédiaire de recharge.
C'est pourquoi je ne pars pas tout à fait, mais je ne suis pas non plus complètement stable dans la scène. Je suis en un point de tension.
Cette idée rejoint aussi l'expérience dans l'immense machinerie de la planète désertique, quand mon cou restait coincé, comme ankylosé, et que j'ai dû faire quelque chose comme m'arrêter, inhaler de l'oxygène et prendre des forces. Plus tard, j'ai compris que cela pouvait avoir un rapport avec des questions d'énergie : une préparation pour supporter une surcharge énergétique et parvenir à accéder à une autre pièce.
9. Puy comme figure de guide et agent d'activation
Puy apparaît comme une figure qui me demande quelque chose.
Quand Puy me demande quelque chose, je ne peux pas toujours répondre de façon fluide. Je commence à me court-circuiter, à bégayer, à rester bloqué. Cela suggère que ses demandes ont une charge particulière.
Ce ne sont pas des demandes triviales. Elles semblent exiger une action interne, une réponse qui engage de l'énergie, de la volonté ou une décision.
Puy pourrait fonctionner comme un agent d'activation : quelqu'un qui me mène à la limite de ce que je peux soutenir à l'intérieur du vécu. Quand cette limite est atteinte, apparaissent le bégaiement, le blocage ou le besoin de recharge.
La relation avec Puy se présenterait ainsi : Puy ne se contente pas de questionner ou de demander. Puy me pousse vers une action qui requiert assez d'énergie pour être exécutée.
Et quand cette énergie n'est pas disponible, le plan intermédiaire apparaît.
Cela ne diminue pas sa fonction de guide. Au contraire, cela semble la rendre plus précise. Puy ne me livre pas simplement des explications. Elle me conduit jusqu'à des lieux internes où quelque chose doit être vu, nommé ou traversé. Parfois, l'exigence de ce mouvement est si intense que mon système a besoin de se réorganiser pour pouvoir continuer.
10. La batterie comme instrument chamanique
Le premier des souvenirs dont je sais maintenant clairement qu'il s'agit de visions était lié à un instrument de musique.
Depuis très jeune, j'avais aimé deux types de musique. L'un d'eux était le rock, parce que je le voyais comme une musique avec du mordant, capable d'élever mon être et mon esprit.
Dans le groupe d'amis qui aimions le rock, ceux avec qui je me réunissais au collège et au lycée, nous parlions tous de groupes de musique. Tous appréciaient la qualité d'une guitare électrique, d'une basse ou de n'importe quel autre instrument. Pourtant, moi, ce qui attirait particulièrement mon attention, c'étaient les batteries.
Pendant tout le reste de ma vie, dans tous les groupes de musique que j'écoutais, sans m'en rendre compte, j'analysais la percussion de la batterie, que ce soit dans un groupe de pop, de pop rock ou de rock.
Je parvenais à distinguer ces batteurs qui étaient particulièrement, pour le dire d'une certaine manière, harmonieux.
La batterie est un instrument qui marque la mesure de l'orchestre ou du groupe de musique. C'est probablement la colonne vertébrale de la chanson, même si tout le monde ne le comprend pas ainsi. Cela, je le savais clairement.
Je me souviens de commentaires dans des émissions de radio musicales, et aussi dans d'autres types d'émissions, où l'on analysait les musiciens des groupes de rock et où l'on faisait des observations comme :
« Ici, malgré tout le talent d'Eddie Van Halen, il est entré à contretemps avec la batterie ».
Ces observations renforçaient quelque chose que je percevais déjà : la batterie n'était pas simplement un accompagnement. La batterie soutenait la structure interne de la chanson. Elle marquait le corps du rythme. Elle donnait une colonne vertébrale à la musique.
L'une des réponses qui me parvint était liée à la raison pour laquelle j'aimais la batterie plus que d'autres instruments.
La réponse fut simple :
C'est un instrument chamanique.
Alors j'ai commencé à comprendre pourquoi mon esprit s'élevait quand je tombais sur un morceau comme Alive and Kicking, de Simple Minds. Cette batterie élevait mon esprit et me remplissait d'une sensation incroyable. Ce n'était pas exactement du bonheur, mais cela ressemblait à quelque chose de très proche.
On ne me donnait qu'une réponse simple, comme si l'on m'obligeait à raisonner le pourquoi d'une réponse qu'au fond je connaissais déjà.
Je compris alors que la batterie ne m'attirait pas uniquement comme instrument de musique. Elle m'attirait pour quelque chose de plus profond : pour sa capacité à générer du rythme, de la transe, de l'élévation, de la force, du mouvement intérieur. La batterie n'organisait pas seulement la musique ; d'une certaine manière, elle organisait aussi quelque chose en moi.
Depuis le modèle de l'énergie, cette révélation prend encore plus de sens. La batterie travaille avec le rythme, et le rythme organise. Il ordonne le corps, la respiration, l'émotion et le mouvement. C'est peut-être pour cela que la réponse ne fut pas une explication musicale, mais spirituelle : chamanique.
Malgré tout, je ne suis toujours pas sûr à cent pour cent de la raison pour laquelle on répondit à cette question par une réponse aussi concrète : « c'est un instrument chamanique ». La réponse est là, mais son sens complet n'a pas encore fini de se déployer en moi.
Je ne sais pas si cette révélation est venue pour que je l'étudie plus en profondeur et pour que, peut-être, je puisse utiliser des sons rythmiques de tambours ou de batteries comme une façon de m'induire à un état de conscience profonde. Peut-être que ces rythmes pourront m'aider lors de futures régressions, ou peut-être aussi dans des méditations en solitaire. Mais je ne veux pas encore l'affirmer catégoriquement.
Pour l'instant, cette partie de l'enseignement demeure un peu floue. Je sais que la batterie, le rythme, la transe et le chamanique sont unis d'une manière ou d'une autre, mais j'ai encore besoin de l'observer, de le vivre et de mieux le comprendre avant de lui donner une forme définitive.
11. Les dessins de l'enfance et les symboles répétitifs
Un autre souvenir me revint à l'esprit à plusieurs reprises. Il se superposa à ma conscience à des moments parfois gênants, alors que je parlais avec quelqu'un et que je semblais me distraire plus que de coutume.
Ce souvenir reposait sur des expériences que je vivais lorsque j'étais un petit enfant. On me montra une image qui éclaircissait une question que je m'étais posée dans l'enfance. Je me souviens que, lorsque j'ai laissé l'enfance derrière moi, j'ai aussi cessé pour toujours de me poser cette question.
Comme la plupart des enfants de cet âge-là, dans les années soixante-dix et quatre-vingt, j'aimais faire beaucoup de dessins. La plupart du temps, c'étaient des dessins à visée ludique : je peignais des paysages, des voitures et, surtout, des voitures de police, que j'adorais. Ensuite, avec elles, je faisais des historiettes, les typiques représentations mentales d'un enfant qui s'imagine des personnages.
Il y avait pourtant des fois où je me mettais à faire une sorte de doodles. Les doodles sont ces traits que nous faisons de manière inconsciente, par exemple, quand nous parlons au téléphone et que nous avons un stylo et une feuille sous la main.
Ces doodles étaient normalement symboliques et répétitifs. Ils se répétaient continuellement.
L'un d'eux consistait à dessiner des triangles disposés en ligne, l'un la base vers le haut et l'autre la base vers le bas, formant ce que j'appelais une sorte de serpent sans commencement ni fin. Je me rendais compte, pendant que je le dessinais, que cela n'avait pas beaucoup de sens, parce que je ne savais trouver ni le début ni la fin.
Un autre des dessins que je faisais, c'étaient les typiques spirales de forme carrée, au lieu de ronde, sur le papier. À mesure que j'acquérais des connaissances dans ma jeunesse, ils me semblaient assez proches des liserés des habits des personnages qui apparaissaient sur la céramique grecque.
Et puis il y en avait un plutôt inquiétant : l'étoile de David.
L'étoile de David se répéta des milliers de fois. Parfois, au lieu de l'étoile de David, je dessinais quelque chose dont je ne savais pas ce que c'était. C'était un pentacle. Mais chaque fois que je le finissais, je disais :
« Bah, celui-là, c'est le symbole du diable. »
Alors je le laissais et j'essayais de faire l'étoile de David. Parfois elle me sortait mieux, parfois moins bien, mais quand elle me sortait parfaite, je m'y délectais.
Cependant, le souvenir qui me vint n'avait à voir avec aucun de ces dessins symboliques. Il avait à voir avec une autre image.
12. Les écailles comme souvenir d'éclaircissement
Le souvenir qui me vint consistait en des écailles dessinées par moi sur une feuille de papier.
Dans mes régressions, j'avais vu deux types d'écailles : les unes pointues, sur les coiffes des Ensu, et les autres sur le plastron militaire de l'officier asiatique. Celles-ci correspondaient exactement à celles du plastron militaire asiatique. Elles étaient dessinées au stylo à bille, avec une perfection stupéfiante, sur un papier quadrillé.
Quand je me suis mis à me souvenir, cette image m'échappait. Je savais que c'était quelque chose d'important dont je devais me souvenir. Ces images et d'autres étaient venues à ma mémoire pour me donner des explications sur les régressions, parce qu'elles avaient quelque chose à voir avec elles. Cela me faisait enrager qu'elles s'oublient aussitôt.
Pourtant, celle-ci est apparue encore et encore.
Alors que je me disais à moi-même : « Quelle rage, je les oublie », j'ai demandé une communication très subtile, comme celles qui se produisaient dans les régressions, et j'ai reçu un ordre :
Répète-la à voix haute.
Je l'ai compris aussitôt. C'était comme une sorte de truc mnémotechnique pour pouvoir mémoriser le souvenir qui arrivait à mon esprit.
Malgré tout, cette image est apparue d'elle-même plusieurs fois. Un jour, quand j'ai réussi à rassembler assez de calme, je me suis mis à me rappeler à quoi tout cela se rapportait.
Je savais que c'était lié à un dessin de l'enfance. Alors je me suis souvenu que je dessinais quelque chose de semblable, mais imparfait, comme le feraient les mains d'un petit enfant qui n'a pas encore la précision absolue ni l'habileté des doigts pour écrire et dessiner.
Je me souviens qu'à cette époque on nous obligeait à manier les petits cahiers Rubio pour doter les mains de cette habileté. Je me souviens aussi que mon annulaire droit finissait toujours par avoir des cals.
Alors j'ai pris une feuille et j'ai dessiné les deux formes : la parfaite et l'imparfaite. Et j'ai pu trouver le rapport.
Ce souvenir s'est agrandi comme un zoom.
J'ai réussi à me rappeler que la forme imparfaite, je la dessinais encore et encore. Je me souviens toujours de la posture. Quand je faisais ces dessins, j'appuyais ma petite main gauche sur la table. Je me mettais à réaliser le dessin, je fermais les lèvres et je sortais le bout de la langue, ce geste typique que font les enfants quand on leur confie quelque chose de difficile à l'école.
Je me souviens d'être un peu tendu. Comme mes pieds n'atteignaient pas encore le sol depuis la chaise sur laquelle j'étais assis, je me mettais debout et j'étirais mes petites jambes. Je serrais davantage la langue, je serrais davantage les lèvres, je sortais encore plus la langue et je répétais sans cesse pendant que je dessinais ces vagues :
« Je n'y arrive pas, je n'y arrive pas, je n'y arrive pas, je n'y arrive pas ».
Quand je finissais, je reconnaissais que j'avais fait un grand effort. Je finissais fatigué. Je prenais du recul par rapport à ce dessin et je me demandais :
« Qu'est-ce que c'est ? ».
Et alors je pensais :
« Bah, mais ce sont des vagues de la mer ».
Ensuite, comme rougissant de honte d'avoir consacré tant de temps à ce dessin, je le jetais à la poubelle, car chez moi il n'y avait pas de corbeilles à papier.
Maintenant je peux voir avec netteté que ces vagues de la mer étaient imparfaites, et que le souvenir qui m'était parvenu, c'étaient les écailles.
Ici, pourtant, je n'ai reçu aucun type de communication. On m'a simplement montré le dessin, comme pour m'obliger à raisonner et à penser ce que c'était.
Après cette compréhension, une nouvelle interrogation est apparue : que voulait vraiment dire le plastron d'écailles ?
Alors m'est revenu en mémoire un souvenir de mon époque d'étudiant. Plus d'une fois, pendant le silence éternel des examens, les professeurs se promenaient dans les allées en surveillant les élèves. Parfois ils s'arrêtaient pour lire ma copie. Si, avec une certaine bienveillance, ils trouvaient une erreur ou un oubli, ils jetaient un léger regard au reste de la classe et, s'il n'y avait aucun élève en train de regarder, ils tapotaient aimablement du doigt à deux reprises sur une question qui était fausse ou incomplète, comme pour essayer de me dire que je devais revoir cela.
Ce souvenir m'a aidé à comprendre la façon dont l'image du plastron d'écailles était arrivée. On ne m'avait pas donné une longue explication. On m'avait signalé quelque chose. C'était comme si cette image avait été le doigt du professeur tapotant doucement sur une question précise de mon examen intérieur, m'indiquant que je devais revoir ce point parce qu'il y avait là quelque chose d'important que je n'avais pas encore tout à fait compris.
Après y avoir longuement réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que savoir dire non n'importait pas seulement dans ma vie professionnelle, mais aussi dans d'autres aspects de ma vie.
Le plastron d'écailles n'était pas seulement une image de l'officier asiatique, ni seulement une forme liée à un souvenir d'enfance. C'était aussi un signal. Il m'indiquait un point que je devais revoir : ma difficulté à poser des limites, ma tendance à trop endurer et le besoin d'apprendre à dire non là où mon énergie vitale était consumée.
Depuis la distinction entre réponses et éclaircissements, ce souvenir appartient clairement au second groupe. Ce n'était pas une réponse à une question vitale de toute une vie. C'était un éclaircissement sur quelque chose de vu en régression : les écailles de la poitrine du militaire asiatique et leur relation avec un geste enfantin répété de nombreuses fois sans que je comprenne alors son sens.
13. La régression orientale comme scène d'enseignement
Le vécu de l'officier asiatique oriental semble fonctionner comme une scène d'enseignement.
Ce n'est pas seulement une image historique ou une scène étrange. C'est un plan où me sont présentés des symboles, des limites, des blocages, des odeurs, des figures partielles et des demandes de Puy. Tout cela semble s'organiser autour d'un enseignement profond.
L'entrée dans cette régression orientale pourrait être liée à un changement de plan. Sur ce plan, l'énergie n'est pas illimitée. On ne peut pas la consommer sans discernement. Chaque élément qui apparaît a un coût. Chaque sensation qui s'active exige une justification intérieure.
C'est pourquoi les images sont partielles. C'est pourquoi certaines odeurs sont disponibles et d'autres non. C'est pourquoi j'ai parfois besoin de recharge. C'est pourquoi le système semble optimiser.
Le vécu ne me donne pas une scène complète par curiosité. Il me donne une scène orientée vers un enseignement.
À l'intérieur de cette régression, les écailles, les odeurs, les figures incomplètes, les blocages du corps et les demandes de Puy semblent faire partie d'une même architecture. Rien n'apparaît sans raison. Et tout n'apparaît pas non plus. Ce qui se montre semble avoir une fonction.
14. L'enseignement d'apprendre à dire non
À l'intérieur du vécu de l'officier asiatique, l'un des enseignements qui se révèlent à moi avec le plus de force est celui d'apprendre à dire non.
Cet enseignement n'apparaît pas maintenant comme une phrase simple ni comme un conseil moral. Il est d'abord apparu associé au plastron d'écailles, comme un signal qui m'obligeait à revoir une question intérieure. Puis il s'est étendu vers ma vie professionnelle et, avec une clarté plus grande encore, vers d'autres aspects de ma vie où, pendant des années, j'avais appris à me taire et à endurer.
Dire non devient ainsi une action en suspens, difficile, douloureuse et transcendantale.
Pendant des années, dans ma vie réelle, j'ai senti que je devais endurer. J'ai senti que je devais me sacrifier, que je devais soutenir certaines situations au-dessus de ma propre souffrance.
Maintenant, peut-être, l'enseignement de savoir dire non se révèle à moi comme une manière de m'insuffler du courage pour poser des limites là où, pendant des années, il n'y avait eu que de l'endurance.
Mais je commence à voir que j'avais peut-être confondu résistance et sacrifice illimité.
La question qui apparaît maintenant est très dure :
Jusqu'à quel point soutenir une situation qui me fait du mal peut-il justifier que j'ignore ma propre limite intérieure ?
Dire non pourrait signifier cesser de soutenir une situation très négative comme prix à payer pour conserver une apparence.
Dire non pourrait signifier poser une limite là où il n'y avait auparavant que de l'endurance.
Dire non pourrait signifier que ma dignité compte aussi.
L'enseignement se formulerait ainsi :
Apprendre à dire non signifie reconnaître que soutenir une situation aussi négative peut aussi produire de la douleur, et que poser une limite peut être nécessaire.
15. Relation entre énergie et décision vitale
L'énergie et l'apprentissage de dire non commencent à se relier.
Pendant des années, j'ai peut-être dépensé une énorme quantité d'énergie à soutenir une situation très négative. J'ai investi de l'énergie à tenir, à justifier, à résister, à protéger, à ne pas rompre, à ne pas agir, à ne pas aller jusqu'aux dernières conséquences.
Peut-être que l'expérience vécue est en train de m'enseigner que l'énergie ne doit pas se dépenser à soutenir ce qui me mène à une limite intérieure.
Dans les régressions, l'énergie se réserve à l'essentiel. Elle ne se gaspille pas à montrer des images complètes si elles ne sont pas nécessaires. On n'active pas une odeur si elle n'apporte pas de compréhension. On ne montre pas toute la famille si la vérité émotionnelle se trouve dans le rire avec le père.
Peut-être que ce même enseignement se transpose à ma vie :
Mon énergie vitale ne doit pas non plus se consumer à soutenir une forme de vie qui a cessé de protéger et qui est devenue profondément négative.
Sous cet éclairage, apprendre à dire non est aussi une forme d'économie d'énergie. C'est retirer de l'énergie à ce qui est devenu profondément négatif et la réserver à ce que je dois protéger : ma dignité, ma santé, mon avenir et ma capacité à vivre avec plus de paix.
16. La planète désertique et la machinerie immense
Il y a un autre souvenir qui ne fait pas partie des questions que je me suis posées tout au long de ma vie. C'est plutôt un souvenir d'éclaircissement, une image venue expliquer quelque chose qui était apparu au cours de l'une des régressions.
Dans l'une de ces régressions, j'ai vu une planète entièrement désertique. Il n'y avait pas une seule feuille sur toute la planète. C'était un lieu où il n'y avait que de la terre aride et des rochers.
La vision consistait à me trouver dans une vallée sinueuse, baignée d'une lumière semblable à la lumière solaire. Je parvenais à voir la partie arrière d'une machinerie immense, gigantesque. L'image que j'ai perçue était assez absurde, parce que je ne voyais que la dernière partie de cette machine, sa partie postérieure, pleinement illuminée par le soleil.
Au début, j'ai interprété cela comme la partie arrière d'un navire, comme les navires d'époque anglais ou espagnols. Mais j'ai ensuite distingué que c'était quelque chose d'infiniment plus sophistiqué.
Puy m'a dit de me glisser à l'intérieur de ce navire.
Alors, comme lorsqu'une personne ferme les yeux avec force et serre les mains, j'ai fait un effort sans savoir vraiment ce que j'étais en train de faire. Et j'ai réussi à pénétrer dans cette entité qui se déplaçait.
J'ai accédé à un couloir intérieur, avec une lumière artificielle. Ce petit couloir se terminait sur un autre en forme de T, mais je savais que la partie finale de ce T ne m'intéressait pas. Ce qui m'intéressait se trouvait à droite. Je savais qu'il y avait là une porte, une pièce, et que je devais regarder à l'intérieur.
Mais, une fois de plus, mon cou restait bloqué. Il restait comme ankylosé.
Cette fois-là, comme une personne qui s'arrête pour inhaler de l'oxygène et prendre des forces, j'ai fait quelque chose sans savoir pourquoi je le faisais. Plus tard, j'ai découvert que cela avait à voir avec des questions d'énergie ; c'était comme une préparation pour supporter une surcharge énergétique et parvenir à accéder à cette autre pièce.
Alors j'ai pu tourner la tête vers la droite.
Cette scène s'intègre très bien au modèle énergétique. La difficulté à tourner le cou ne semble pas seulement une résistance physique. Elle semble un seuil. Pour regarder à l'intérieur de cette pièce, j'avais besoin de plus d'énergie, ou d'une énergie différente. L'accès n'était pas gratuit. Il avait un coût.
17. L'être d'apparence humaine et la lumière d'information
Quand j'ai pu regarder vers la droite, j'ai vu un être à l'aspect humain.
Il avait les mains levées, en forme de V, et portait une grande tunique. Il avait des bracelets dorés aux poignets, bien que je ne parvienne pas à lui voir les mains. Sa tête était étrange. Elle semblait humaine, mais ne l'était pas. Il avait les cheveux longs et une barbe.
Je n'ai compris qu'à ce moment-là que les cheveux et la barbe longue étaient peut-être une manière de cacher une réalité intérieure.
Je me souviens d'avoir dit à Puy :
« C'est étrange. Il a l'air humain, mais il n'est pas humain. »
Cet être se tenait devant ce que l'on pouvait considérer comme une sorte de margelle de puits. Cette margelle me rappelait la lave volcanique solidifiée : parfaite, sombre, avec des bulles et des tonalités profondes.
Pourtant, au centre de cette structure, il y avait une lumière bleutée. Je savais que c'était de la lumière d'information.
Cet être traitait des millions et des millions de données par seconde. Une quantité incroyable. C'était comme s'il révisait quelque chose, comme s'il vérifiait quelque chose. Et il me regardait.
La scène transmettait une énorme complexité. Ce n'était pas simplement une pièce. Ce n'était pas seulement une machine. C'était comme si, là, on traitait de l'information à une échelle impossible à assumer depuis un esprit humain ordinaire.
Depuis la logique de l'énergie, cette lumière d'information semble occuper une place centrale. La scène n'était pas conçue pour me montrer l'intérieur complet de la machine par curiosité technique. Elle était orientée à me faire comprendre qu'il y avait là du traitement, de la révision, de la vérification, de l'information et une fonction liée à quelque chose d'immense.
18. Les êtres qui apparurent par-derrière
Soudain, je sentis des présences étranges derrière moi. Cela m'alarma. Je me retournai et je pus voir des êtres qui étaient arrivés. Je remarquai qu'eux aussi étaient alarmés.
Ils avaient un aspect quelque peu ténébreux. Leur tête était ovale, comme la section d'un demi-melon. Ils avaient plusieurs cous qui descendaient jusqu'à un torse. Ce torse semblait soutenir des tentacules principaux, qui étaient ceux qu'ils utilisaient réellement, et d'autres tentacules plus petits. Les tentacules plus petits se déplaçaient à une grande vitesse.
La partie inférieure, je ne pus pas bien la voir, mais il me sembla entrevoir une sorte de queues, comme les queues des félins lorsqu'elles se projettent vers l'arrière. La sensation que j'eus, c'est que cela leur permettait de graviter.
De même que l'être humain, les mammifères ou les quadrupèdes marchent sur la terre, cela leur permettait à eux de se déplacer d'un endroit à un autre.
Ils allèrent jusqu'à me saisir, mais sans me faire de mal.
Et ils demandaient à cette entité quelque chose comme :
« Celui-là, qu'est-ce qu'il fait ici ? ».
C'étaient des pensées télépathiques.
Il acquiesçait de la tête, comme s'il leur demandait de s'en aller, comme s'il leur indiquait qu'il me laissait rester là parce qu'il devait me montrer quelque chose. Il manifestait un certain dédain à mon égard.
Ensuite, il me demanda de quitter cette pièce avec lui.
Le fait que ces êtres soient apparus avec un aspect beaucoup plus étrange et inquiétant devint ensuite une partie de l'éclaircissement. Leur présence ne produisit pas seulement de l'alarme au sein de la scène. Elle permit aussi de comprendre quelque chose sur l'apparence du premier être.
19. La semeuse de vie et la panspermie
En sortant de cette pièce, il me montra quelque chose d'infini.
Dans ce quelque chose d'infini, il avait quelque chose qui ressemblait à un artefact.
Puy me demanda ce que c'était.
Et je lui dis que c'était une semeuse de vie.
Elle me demanda de préciser un peu plus ce concept. Alors je dis le mot :
« Panspermie ».
Une fois de plus, je reconnais que j'avais déjà lu des choses sur la panspermie en tant que théorie scientifique : l'idée que la vie ait pu se disséminer à travers l'univers, faisant parvenir aux planètes des embryons de vie qui, ensuite, donneraient naissance à des formes plus sophistiquées.
Ce que j'ai vu, par conséquent, se reliait à cette idée, même si l'image portait une charge symbolique et vécue bien plus intense qu'une simple théorie lue dans un livre ou dans un article. Le mot est apparu comme une manière de nommer ce qui m'était montré : une technologie, une fonction, une mission ou un artefact lié à l'ensemencement de la vie.
Du point de vue du modèle énergétique, cette vision avait un coût symbolique énorme. On ne me montrait pas une planète pleine de détails, ni une machinerie complète, ni un système technique fermé. On me donnait l'essentiel : une planète aride, une machine immense, une salle d'information, un être qui traitait des données, des êtres alarmés et un artefact que j'ai nommé semeuse de vie.
La scène ne se complétait pas dans tous ses éléments. Elle s'organisait autour d'une fonction : me montrer la relation entre cette machinerie, cette intelligence ou entité, et l'idée de semer la vie.
20. L'apparence pour ne pas m'effrayer
Le souvenir qui m'est venu à propos de cette image fut simplement celui-ci :
Il s'est montré ici pour ne pas t'effrayer.
Ce fut là l'éclaircissement.
J'ai compris que cet être à l'apparence presque humaine ne s'était pas nécessairement montré tel qu'il était. Il s'était présenté de cette manière pour que je puisse soutenir la vision sans peur, pour que la scène ne me dépasse pas plus qu'elle ne me dépassait déjà.
Je me suis rappelé, en outre, que ces êtres qui étaient apparus par-derrière présentaient un autre aspect physique. J'ai compris de façon instantanée, presque comme une sorte de reproche, qu'eux ne s'étaient même pas donné la peine de changer leur apparence.
Mais il se pourrait aussi que cela se soit passé ainsi pour que je puisse trouver une raison à ce que j'avais vu.
Peut-être que la différence entre l'être d'apparence humaine et les autres êtres était, précisément, une clé. Le premier s'est montré d'une manière que je pouvais tolérer. Les autres, en revanche, sont apparus sous une forme bien plus étrange, plus inquiétante, presque ténébreuse. Cette différence m'a permis de comprendre que l'apparence pouvait être adaptée, modulée ou présentée d'une certaine manière selon le besoin de l'expérience.
Ici aussi réapparaît l'économie d'énergie, mais dans un autre sens. On n'optimise pas seulement ce qui est montré, mais la manière dont c'est montré. L'apparence peut être une forme de régulation. Elle peut me protéger de la peur. Elle peut me permettre d'accéder à une scène qui, autrement, aurait été trop intense ou insupportable.
21. Le bonheur comme priorité énergétique
La scène de la petite fille dont le père part à la guerre introduit une compréhension essentielle : l'énergie n'est pas réservée seulement à la douleur, à la peur, à l'étrangeté ou à l'enseignement difficile. Elle est aussi réservée au bonheur le plus pur.
La sensation de mon père me soulevant, les petites jambes tournant vers mon dos, le chatouillement dans la poitrine et le rire infini ne sont pas un détail mineur. Ils sont le noyau de la scène.
Cette joie était si importante que l'expérience vécue s'est passée de tout le reste.
Je n'avais pas besoin de voir le reste de la famille. Je n'avais pas besoin de reconstruire l'environnement complet. Je n'avais pas besoin de savoir ce que faisaient les autres. L'énergie devait aller vers une sensation concrète : le plus grand bonheur.
Cela change l'interprétation du système énergétique. Ce n'est pas seulement un mécanisme d'économie. C'est aussi un mécanisme de protection de l'essentiel.
L'énergie se concentre là où il y a une vérité émotionnelle que je dois me rappeler, comprendre ou intégrer.
Dans ce cas, la vérité était la joie du lien avec mon père avant la guerre, avant la séparation ou avant la perte.
L'absence du reste de la famille ne vidait pas la scène. Au contraire : elle libérait l'espace pour que l'émotion centrale puisse se ressentir avec toute sa puissance.
22. Sens général des visions et des éclaircissements
Toutes ces expériences semblent faire partie d'un même processus.
D'un côté, apparaissent des réponses à des questions qui m'accompagnaient depuis ma jeunesse, comme mon attirance profonde pour la batterie. Cette réponse fut simple, mais puissante : la batterie comme instrument chamanique.
D'un autre côté, apparaissent des souvenirs d'éclaircissement, comme celui des écailles ou celui de la semeuse de vie. Ce ne sont pas d'anciennes questions vitales, mais des images qui viennent compléter ce qui a été vécu dans les régressions. Ce sont des pièces qui s'emboîtent après coup, comme si mon esprit avait besoin de temps pour comprendre ce qu'il avait vu.
Dans le cas des écailles, l'éclaircissement reliait une image de régression à un geste d'enfance : cet enfant qui dessinait des vagues encore et encore, qui s'appliquait jusqu'à s'épuiser, qui disait « je n'y arrive pas » et qui jetait ensuite le dessin à la poubelle en pensant que ce n'étaient que des vagues de la mer.
Dans le cas de la semeuse de vie, l'éclaircissement portait sur l'apparence de l'être que j'ai vu. On m'a fait comprendre qu'il s'était montré d'une certaine manière pour ne pas m'effrayer.
Ce qui unit toutes ces visions, c'est qu'aucune n'est livrée entièrement expliquée. On me montre quelque chose, ou on me donne une phrase simple, et c'est ensuite à moi de raisonner, de me souvenir, de relier et de comprendre.
Je ne reçois pas de traités ni de longues explications. Je reçois des images, des mots, des symboles ou de brèves phrases.
C'est comme si l'enseignement n'arrivait pas fermé, mais ouvert. Comme si l'on me donnait juste ce qu'il faut pour que je puisse reconstruire le sens de l'intérieur.
23. Le modèle de l'optimiseur
L'image la plus puissante qui soit apparue est celle de l'optimiseur.
Comme si l'expérience vécue avait une logique interne semblable à un système qui calcule où dépenser de l'énergie et où ne pas en dépenser. Il ne s'agit pas de tout montrer. Il s'agit d'obtenir le maximum de signification avec la moindre dépense d'énergie.
Cet optimiseur décide ce que je peux voir et ce que je ne peux pas voir ; quelle odeur s'active et quelle odeur reste bloquée ; quelle partie d'une personne apparaît et quelle partie n'apparaît pas ; quels proches demeurent absents ; quelle sensation corporelle doit être ressentie avec toute son intensité ; quand j'ai besoin de recharger ; quand une réponse dépasse l'énergie dont je dispose ; et pourquoi, face à certaines questions, le mot énergie lui-même apparaît comme une réponse visuelle insistante.
Son principe ne serait pas la complétude, mais l'efficacité symbolique.
La formulation centrale serait :
L'expérience vécue optimise l'énergie pour ne me montrer que ce qui contient la vérité émotionnelle ou spirituelle nécessaire.
Ce modèle me permet de comprendre de façon intégrée bien des pièces qui pouvaient auparavant paraître sans lien : l'impossibilité de sentir l'odeur du sang, la possibilité de sentir l'odeur du bois brûlé, la visualisation partielle d'une figure, l'absence de proches dans une scène, l'intensité extrême du rire de la petite fille, le blocage du cou, le bégaiement, le besoin de recharge et la forme adaptée de certains êtres pour ne pas m'effrayer.
24. Phrases centrales du rapport
Voici les phrases qui condensent ce dont nous avons parlé :
L'expérience vécue ne reconstruit pas tout ; elle sélectionne le nécessaire.
L'énergie ne se gaspille pas en détails qui ne contiennent pas l'enseignement principal.
Ne pas voir quelque chose peut aussi être une forme de signification.
Le système agit comme un optimiseur perceptif, émotionnel et narratif.
L'énergie est réservée à ce qui contient la vérité essentielle de la scène.
Quand je demande pourquoi je ne peux pas lire, voir ou faire quelque chose à l'intérieur de l'expérience vécue, la réponse qui revient est énergie.
Le bégaiement peut être un signe que j'ai besoin de recharger de l'énergie avant de continuer.
La rapidité ou la difficulté à me déplacer pendant le compte jusqu'à trois de Puy peut aussi indiquer de combien d'énergie je dispose, ou s'il existe une résistance intérieure envers le lieu où l'on me demande d'aller.
Apprendre à dire non peut être la traduction vitale de cet enseignement énergétique.
Dire non ne signifie pas abandonner qui que ce soit ; cela signifie reconnaître ma limite et agir à partir d'elle.
Mon énergie vitale ne doit pas se consumer à soutenir ce qui est devenu profondément négatif.
Le bonheur peut lui aussi être une priorité énergétique.
Une apparence peut être une forme de protection si la vérité complète s'avérait trop intense.
Les éclaircissements n'expliquent pas tout ; ils me livrent la pièce nécessaire pour que je reconstruise le sens.
Il convient de se rendre aux séances de régression reposé, détendu et avec le plus d'énergie disponible sur ce plan.
25. Conclusion générale
Ce qui se révèle dans ces expériences vécues est une théorie intime de l'énergie.
L'énergie apparaît comme quelque chose de limité, de précieux et d'orienté. Elle ne se dépense pas à compléter des images par simple curiosité. Elle ne s'emploie pas à activer tous les sens. Elle ne se disperse pas à montrer des personnages secondaires si l'enseignement est concentré sur une seule émotion. Elle ne se donne pas non plus sans limite quand une demande de Puy exige une réponse qui dépasse ma capacité immédiate.
L'énergie sélectionne, protège, omet, concentre et recharge.
Dans l'expérience de l'officier est-asiatique, cette énergie semble liée à l'enseignement d'apprendre à dire non. Cet enseignement se relie directement à ma vie actuelle, au besoin de poser des limites là où, pendant des années, il n'y a eu que de l'endurance, et à la possibilité de protéger ma dignité, ma santé et mon énergie vitale.
Dans l'expérience de la petite fille, l'énergie se concentre sur le bonheur le plus pur : le père qui me soulève, les jambes qui tournent vers l'arrière, le chatouillement dans la poitrine et le rire infini. Là, l'énergie ne se consacre pas à montrer toute la famille, mais à préserver l'émotion essentielle de l'amour et de la joie.
Dans les demandes de Puy, l'énergie apparaît comme quelque chose qui peut s'épuiser et exiger une recharge. Le bégaiement et le court-circuit pourraient être des signes qu'une partie de moi a besoin de se rendre sur un plan intermédiaire pour revenir avec une force suffisante.
Dans les visions d'éclaircissement, comme celle des écailles ou celle de la semeuse de vie, l'information arrive de manière brève, presque minimale, mais suffisante pour ouvrir une compréhension. L'image ne vient pas totalement expliquée. Elle vient chargée d'une direction. Elle m'oblige à me souvenir, à comparer, à raisonner et à trouver le lien.
De tout cela naît aussi une recommandation pratique pour les futures séances de régression. Il convient de s'y rendre le plus reposé possible, en conservant la plus grande quantité d'énergie de ce plan. Si ce jour-là il fallait s'entraîner ou aller à la salle de sport, il serait préférable de le remettre à un autre jour. Il convient aussi de bien dormir la nuit précédente et d'y aller le plus détendu possible. Même si la recharge peut s'effectuer sur un autre plan, cela vaut la peine d'investir au préalable dans les conditions physiques et mentales avec lesquelles on entre dans la séance. Plus je conserverai d'énergie disponible sur ce plan, plus j'aurai de capacité à soutenir l'expérience, à prêter attention à ce qui se montre et à ne pas m'épuiser avant d'avoir compris l'enseignement.
Tout cela me conduit à une compréhension centrale :
Mes expériences vécues ne me montrent pas tout. Elles me montrent ce pour quoi j'ai de l'énergie, ce que j'ai besoin de comprendre et ce qui peut transformer ma vie.
Et maintenant, en plus, je comprends quelque chose qui me bouleverse profondément : il semble qu'il ait été presque nécessaire que j'aie eu cette maladie pour arriver jusqu'ici. C'est comme dire que sans cette maladie, je ne serais pas parvenu à ce moment d'expansion mentale, même si je vais le nuancer immédiatement, parce que je ne veux pas l'exposer comme une justification de la souffrance, ni comme une manière d'embellir la douleur, mais comme une compréhension intime qui commence à se frayer un chemin en moi. C'est comme si la sagesse obtenue à partir de l'expérience tirée des processus de cette maladie avait elle aussi fait partie d'un plan ou d'un puzzle extrêmement compliqué, préconçu depuis le moment de ma naissance, ou même avant, auquel j'étais prédestiné : au fond, la maladie était une pièce douloureuse, difficile et presque insupportable, mais nécessaire pour me pousser vers ce chemin de spiritualité. Un chemin qui a ouvert mon esprit d'une façon que je croyais qu'on ne pouvait pas ressentir. La nuance vient maintenant ; je sens que cette expérience aurait pu arriver à ce moment-ci mais même en empruntant une autre forme que cette maladie précise. C'est-à-dire que je crois que le libre arbitre peut exister, de sorte qu'on pourrait dire que ce qui change, c'est la forme sous laquelle l'expérience apparaît ; je l'expliquerai par une comparaison ; c'est comme si une scène de la vie quotidienne pouvait être représentée par Rembrandt ou par Picasso ; en les observant nous croyons que nous obtiendrions deux peintures totalement différentes, et en partie c'est vrai, mais parce que nous utilisons les yeux, nous utilisons un sens mondain que sont nos yeux, mais si nous regardons avec l'Esprit nous percevons la similitude, nous nous rendons compte que l'essence qui se trouve derrière est la même ; la scène représentée est la même, ce sont apparemment deux peintures totalement différentes, mais ce qui est représenté n'a pas changé. Ce que je veux dire par là, c'est que le libre arbitre peut exister, mais qu'à la fin l'expérience arrive d'une autre manière. C'est-à-dire que j'aurais pu me présenter au cabinet de Puy pour lui demander de l'aide pour un autre motif, par exemple pour la perte d'un être cher au lieu du motif réel qui fut un syndrome de burn-out, et elle, dans les deux cas, justifiant ainsi l'existence du libre arbitre, aurait tout autant été là pour m'aider dans les deux cas ; ce qui est clair, c'est que d'une manière ou d'une autre je devais me présenter à son cabinet, pour qu'elle m'aide et m'initie à la conscience élargie. Le compliqué devient simple si nous regardons avec les yeux de l'esprit.
En regardant en arrière, je ne peux pas séparer tout à fait la maladie, les régressions, les visions, l'énergie, l'apprentissage du non, le besoin d'écrire et l'ouverture de ce canal. Tout semble appartenir à une même trame. Comme si chaque pièce, même les plus douloureuses, avait fini par se placer dans une position qui commence maintenant à montrer une direction.
Je sens aussi que ce n'est pas seulement une série de souvenirs isolés. C'est un grand voyage. Je viens de me rendre compte que j'ai commencé un grand voyage. Je ne sais pas combien de temps il durera, ni où il me mènera, ni ce que je devrai encore comprendre. Mais la sensation est claire : je suis entré dans un processus plus grand que moi, dans une traversée intérieure dont je ne peux pas encore mesurer la profondeur.
Comme l'exprime Pema Chödrön dans l'un de ses enseignements, c'est comme monter dans une barque et entreprendre un voyage sur un grand océan. On ne sait pas où cette traversée nous mènera. On voyage avec son incertitude, avec ses peurs, avec ses questions et avec ce que l'on ne comprend pas encore. Mais on monte malgré tout dans la barque, on s'avance dans l'océan et on laisse le voyage se déployer.
C'est ainsi que je me sens maintenant. Comme quelqu'un qui est monté dans une barque sans connaître la destination exacte. Je ne voyage pas avec des certitudes absolues. Je voyage avec l'incertitude. Mais je voyage aussi avec une sensation nouvelle d'ouverture, de respect et de confiance dans le fait que ce chemin, même si je ne sais pas encore où il me conduit, fait partie de ma guérison.
C'est pourquoi je dois continuer à écrire tant que la source reste ouverte.
Je ne sais pas si ces communications proviennent de mon subconscient, d'une entité ou d'un espace intermédiaire que je ne peux pas encore nommer avec clarté. Mais ce que je sais, c'est que les visions arrivent.
Elles arrivent comme des réponses. Elles arrivent comme des éclaircissements. Elles arrivent comme des images qui se superposent à ma conscience jusque dans les moments les plus quotidiens. Elles arrivent avec une force qui semble d'abord mentale, mais qui ensuite se ressent dans le corps, comme une vibration qui cesse d'être dans le haut-parleur et commence à se sentir dans la poitrine.
Et tant que cette vibration restera là, je sens que je dois recueillir tout ce qui en vient avec respect, attention et fidélité.
Dessin de l'auteur dans un cahier d'enfance : les « vagues de la mer » qu'il a reconnues, des années plus tard, comme des écailles.
Cinquième partie · La musique
Voici la vérification de cette réponse en trois mots : c'est un instrument chamanique.
Tu y trouveras l'analyse technique de la batterie d'Alive and Kicking, l'interprétation de la raison pour laquelle elle me charge d'énergie, et les chansons qui se sont mises à résonner dans ma tête jusqu'à ce que je comprenne ce qu'elles venaient me dire.
La batterie chamanique : anatomie d'«Alive and Kicking»
Avant de raconter ce que la musique a éveillé en moi, j'ai voulu la comprendre. Je ne suis pas musicien, alors, en toute humilité, j'ai eu recours à l'intelligence artificielle pour qu'elle m'aide à analyser la piste de batterie d'Alive and Kicking, de Simple Minds, et à vérifier si ce que je pressentais —son caractère presque chamanique— avait le moindre fondement.
Audio de cette section
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Extraction de la percussion dans « A&K »
Écouter au moins une première fois l'original, en entier, jusqu'au bout.
LA PISTE DE BATTERIE, IL FAUT L'ÉCOUTER JUSQU'AU BOUT, ELLE A DES TROUS DE SILENCE INTENTIONNELS faits par le batteur
d'abord elle entre avec un seul tambour, harmonique et continu comme la percussion de transe, ensuite le batteur pour aller en augmentant le rythme au bout de quelques secondes commence à utiliser deux tambours on atteint un système rythmique dans lequel on les perçoit avec pas mal d'impact, c'est un niveau supérieur de la transe, ensuite ce sont les montées vers les deux pics de transe. C'est comme si elle était conçue pour partir d'une tranquillité, amorcer la transe et introduire peu à peu jusqu'à la zone de l'extase Je décide de recourir à l'intelligence artificielle vu mon maigre savoir du monde musical.
Explication de gemini IA
Prompt :
donne-moi des synonymes d'extase dans un morceau de musique c'est-à-dire quand il comporte une partie où le rythme monte et semble atteindre une extase décris-moi ce processus avec un langage de musicien appliqué à un seul instrument : une batterie
Réponse de l'IA :
À la batterie, ce processus d'accumulation rythmique qui conduit à l'extase est techniquement connu sous les noms de croissance dynamique, tension rythmique et climax.
Voici les termes spécifiques et la description de ce processus expliquée du point de vue d'un batteur :
Synonymes et termes techniques à la batterie
• Crescendo dynamique : L'augmentation graduelle de la force de l'impact (de piano à fortissimo).
• Fill / Roulement de tension : Passage qui rompt le motif de base pour accumuler de l'énergie.
• Build-up (Montée) : Section rythmique structurée spécifiquement pour élever l'intensité du morceau.
• Release (Libération) : Le coup initial de la nouvelle mesure qui décharge toute la tension accumulée.
• Climax / Explosion : Le moment exact où la batterie atteint son volume maximum et sa densité de notes maximale.
Deuxième IA. Claude, est-ce que c'est chamanique ?
Prompt : nous avons un MP3 avec la batterie (drums.mp3). Je veux ton aide pour expliquer à une personne non musicienne comment on arrive au climax, et les choses intéressantes que tu verras. J'observe qu'au début il y a une introduction, un seul tambour, Dans un autre bloc il utilise deux tambours et parfois la cymbale, ensuite il y a deux blocs d'extase, séparés par un bloc de silence. Je veux que tu m'aides à analyser ça, moi je ne suis pas musicien, écoute le morceau du mp3 et cherche si cette batterie peut être considérée comme une mélodie chamanique et quels éléments il y a en elle qui la rendent chamanique. Je veux chercher sur le web de la musique similaire pour aider à induire des transes
IA (tout jusqu'au bout) :
J'ai mesuré l'onde du drums.mp3 du début à la fin. Ton oreille a vu juste presque point par point — et les chiffres localisent le climax exact. Je te le traduis comme si c'était le scénario d'un rituel.
Analyse de l'onde de la batterie d'« Alive and Kicking » (drums.mp3) : volume, timbre et coups par seconde.
La carte du morceau (pour non-musiciens)
Tout repose sur une pulsation constante d’environ 103 battements par minute (tempo moyen, « marchable »). La batterie ne change presque jamais de vitesse : ce qui change, c’est la quantité de batterie qui sonne et sa puissance. Voilà la clé de son effet.
Segment Temps Ce qui se passe
1. Introduction 0:00 – 1:13 Un seul tambour qui croît en « escalier » : chaque coup sonne un peu plus fort que le précédent (regarde-le sur le graphique du haut : les pics montent de 0:20 à 1:13). 73 secondes de tension hypnotique avant que la vraie batterie n’entre.
2. Premier groove 1:13 – 1:34 La batterie complète entre d’un coup. Apparaissent les cymbales (ligne orange) montées sur la grosse caisse / le tom (ligne bleue). ~3,5 coups/sec.
3. Mini-creux 1:34 – 1:38 Une petite coupure de 4 secondes. Le groupe « respire ».
4. Première extase
1:38 – 3:17 Le groove long, 1 min 40 s de répétition martelante. Il accumule de l’intensité jusqu’à des pics forts vers 2:35 – 3:15.
5. LE SILENCE 3:17 – 12 secondes presque muettes (la grande bande grise du centre).
Segment Temps Ce qui se passe 3:29 C’est ton « bloc de silence ». C’est la charnière dramatique : il crée un vide que le cerveau a besoin de combler.
6. Deuxième extase = CLIMAX
3:29 – 4:37 Le point le plus haut de toute la chanson : le plus fort (le pic géant de volume à ~3:57) et le plus dense (4,1 coups/sec, avec un roulement qui grimpe jusqu’à ~12 coups/sec). Ici, le morceau « explose ».
7. Fondu 4:37 – 4:47 Il s’éteint (fade out).
Les 4 choses les plus intéressantes que je vois
1. L’introduction est un crescendo de 73 secondes avec un seul tambour. Cet « effet escalier » (chaque coup plus fort) est une technique de tension pure : elle te met en transe avant que la fête ne commence. C’est ce qu’il y a de plus hypnotique dans le morceau.
2. La monotonie est intentionnelle. Le tempo ne bouge pas (~103 BPM du début à la fin). Il n’y a aucune variété mélodique pour te « distraire » : rien que pulsation, pulsation, pulsation. C’est exactement ce que cherchent les rythmes de transe.
3. Les deux silences fonctionnent comme les deux extases. Celui de 4 s est un clin d’œil ; celui de 12 s (3:17) est le vrai. Plus le vide est long, plus le retour se ressent brutalement. Le climax frappe si fort parce qu’avant il y a eu 12 secondes de rien.
4. Le climax tombe pile en « territoire chamanique ». Ses ~4 coups par seconde (la ligne pointillée du graphique du bas) coïncident avec le rythme classique du tambourinage chamanique pour induire la transe (~4–4,5 coups/sec, associé aux ondes cérébrales thêta). C’est une coïncidence magnifique et le pont parfait vers ta question.
Je suis en train de boucler la partie 2 — si cette batterie peut s’appeler « chamanique » (quels éléments concrets la font l’être, avec base scientifique et sources) et une liste de musiques similaires pour induire la transe. Le chercheur web travaille encore ; je te la remets dès qu’il aura fini.
Techniquement, non — et il est important de le dire avec précision. Le tambour chamanique « pur » (le sonic driving de Michael Harner) est une pulsation monotone, sans structure, à ~4–5 coups/sec soutenue pendant 15 minutes et plus, conçue pour ne pas être de la « musique » mais un outil. Ta batterie est une chanson : elle a un tempo moyen (~103 BPM), une structure dramatique, de la variation, et dure moins de 5 min. Elle ne remplit pas le critère technique.
Mais fonctionnellement, oui, elle actionne les mêmes leviers de transe — et une mesure le démontre de façon magnifique : le climax (3:29–4:37) atteint ~4,1 coups par seconde, ce qui tombe juste à l’intérieur de la plage chamanique classique (4–4,5 coups/sec ≈ bande cérébrale thêta). Autrement dit, le moment où le morceau se ressent comme le plus extatique est exactement celui où sa densité de coups touche la vitesse du tambour chamanique. Ce n’est pas un hasard s’il « explose » là.
Les 5 éléments qui la font sonner ancestrale (croisés avec tes données)
Levier de transe L’a-t-elle ? Ce que j’ai mesuré
Pulsation isochrone et constante (comme un métronome)
Fort Tempo fixe ~103 BPM du début à la fin. Le cerveau cesse de « prédire » et se laisse aller dans le motif.
Répétition / monotonie
Fort Aucun changement de vitesse ; le groove se répète de manière obsédante 1:40 d’affilée. C’est l’absence de surprise qui hypnotise.
Timbre grave de toms tribaux (« Burundi beat »)
Oui La ligne bleue (graves : grosse caisse/timbales) soutient tout le morceau. Simple Minds appartient pleinement à la famille 80s de la « batterie épique avec toms et écho » (aux côtés de U2, Peter Gabriel) qui a hérité l’ADN des tambours du Burundi.
Dynamique construction → vide → climax
L’escalier de 73 s d’intro, le silence de 12 s (3:17) et le climax. C’est la même architecture que le fameux « drop » de In the Air Tonight de Phil Collins.
Très marquée
Le climax dans la plage thêta
~4,1 frappes/s dans la dernière section : le clin d’œil chamanique littéral.
Ponctuel
Ce qui lui manque pour être chamanique « pour de vrai » : la monotonie soutenue. Le tambour de voyage ne s’arrête jamais et ne monte pas vers le climax — il évite précisément l’émotion dramatique pour que ton esprit s’aplanisse. Ta batterie, au contraire, te prend par la main jusqu’à un pic émotionnel. C’est pourquoi moi je l’appellerais « trance-pop tribal » : elle utilise les ingrédients de la transe au service d’une chanson, non d’une cérémonie.
La science, sans fumée (2 phrases)
• Solide : le cerveau « suit » bel et bien rythmiquement les pulsations régulières, et le tambourinement lent et monotone est corrélé de façon fiable à des états altérés/absorbés (Scientific Reports, 2026).
• Douteux : que cette pulsation reprogramme tes ondes cérébrales et provoque la transe à elle seule est une simplification — l’étude de 2026 elle-même évite de l’affirmer, et l’ethnomusicologue Gilbert Rouget rappelle que c’est le contexte culturel qui commande (s’il suffisait du rythme, « la moitié de l’Afrique serait en transe toute l’année »). Le rythme facilite ; ce n’est pas un interrupteur.
Moi : Si c’est le contexte culturel qui commande, alors en tant qu’Occidentaux européens elle peut être chamanique pour nous
Comment je lis cette chanson
Au-delà de son architecture sonore, Alive and Kicking est devenue la bande originale de mon processus de rétablissement. Quand je l’écoute, chaque vers me parle de mon propre moment, avec une correspondance presque sémantique.
Dans le premier couplet je reconnais le traitement que j’ai reçu et la douleur de ces années-là, mais aussi que cette douleur s’en est allée dès que je me suis remis debout : c’est mon maintenant. Le refrain — « garde l’amour vivant »— je le comprends comme une supplique pour que, même le couple brisé, il reste un peu d’amour et que nous puissions rester amis. Et il y a un vers qui me désigne directement : quand il dit « bien vivant et fringant », c’est moi. Quand il chante que, tout étant dit et fait, il est toujours bien vivant et fringant, il nomme cet instant précis, celui d’après la grande décision.
Dans le deuxième couplet j’entends mes vieilles demandes pour qu’elle se mette en traitement et sorte de cette boucle ; et quand la chanson demande qu’on écoute ce qu’elle dit avant que l’amour ne s’achève, je ne peux m’empêcher de penser : je le lui ai dit il y a des années. Là apparaissent aussi, inévitablement, nos enfants regardant le ciel. Et dans le pont, quand elle demande quoi faire lorsque les choses vont mal, j’entends la seule réponse sensée : pas d’avocats, mais un médiateur ; réfléchir, s’écouter.
La chanson ne me fait pas de peine : elle me donne de la force. Par respect des droits d’auteur je ne reproduis pas ici les paroles complètes ; qui le souhaite peut les chercher et l’écouter.
La chanson comme charge énergétique
La batterie comme charge énergétique
En réécoutant la piste isolée de batterie d'Alive and Kicking, une interprétation différente de celle que j'avais eue jusqu'à présent a surgi. Au départ, je percevais son rythme comme chamanique et je pensais qu'il pouvait favoriser l'entrée en transe avant une séance de régression.
Pourtant, une fois où je l'écoutais tranquillement et où je me sentais particulièrement sensible, j'ai eu une perception plus solide et plus électrisante. J'ai senti mon corps commencer à se remplir d'énergie, surtout dans la poitrine. Des frissons sont apparus dans la zone pectorale et dans d'autres parties du corps dont je n'arrive pas à me souvenir avec précision.
C'est alors qu'a surgi dans mon esprit l'idée que cette batterie pourrait fonctionner comme une sorte de générateur d'énergie, capable de me fournir une charge supplémentaire avant d'affronter une régression. Elle ne remplacerait pas l'énergie avec laquelle j'arrive déjà à la séance, mais viendrait l'accroître. Écouter cette chanson avant une régression pourrait ainsi produire une double charge énergétique, me préparant à mieux soutenir l'expérience
La chanson complète comme recalibrage de la charge
Le lendemain, j'ai remis Alive and Kicking, mais cette fois j'ai écouté la piste originale, avec toutes les voix et tous les instruments.
La sensation que j'ai perçue a été différente. Aussi bien la chanteuse qui accompagne le chanteur principal que les autres membres qui interviennent dans les chœurs m'ont évoqué une présence presque angélique. Leurs voix produisent un son guttural très beau qui, d'une certaine manière, m'a rappelé les mantras bouddhistes employés pour atteindre un état de conscience expansive.
J'ai alors compris la chanson comme si elle était composée de différents niveaux. La piste isolée de batterie aurait une fonction initiale de charge énergétique. Pourtant, l'ensemble complet —les voix, les chœurs, les instruments et la batterie elle-même— agirait comme une sorte de perfectionnement ou de recalibrage de cette charge. Comme si tous les composants de la chanson ordonnaient, amplifiaient et dirigeaient l'énergie générée à l'origine par la batterie.
Pendant que j'écoutais la chanson, je marchais dans la campagne et je montais une pente. À un moment donné, j'ai senti le besoin de l'accompagner avec mon corps. J'ai d'abord regardé autour de moi, parce que j'avais une certaine honte que quelqu'un puisse me voir, mais en même temps je sentais clairement que je devais faire ce qui surgissait spontanément de moi.
J'ai commencé à faire tourner mes bras en cercles vers l'avant et à chanter, non pas les paroles de la chanson, mais les sons gutturaux des chœurs. Puis j'ai étendu les bras comme s'ils étaient les ailes d'un avion et j'ai commencé à m'incliner d'un côté et de l'autre, reproduisant ce geste enfantin que font les enfants quand ils courent les bras ouverts, en penchant d'abord dans une direction et ensuite dans l'autre.
Pendant ces instants, j'ai éprouvé un renversement d'énergie hallucinant. La musique, le mouvement, les sons que j'émettais et l'environnement ont semblé confluer en une expérience d'une grande intensité.
Pourtant, ensuite, en continuant à marcher, je ne me suis pas senti particulièrement énergique. Mon état est redevenu apparemment normal, semblable à celui que j'avais avant d'écouter la chanson. Je ne sais pas encore ce que signifie cette différence entre l'énorme intensité éprouvée pendant le mouvement et la normalité que j'ai perçue peu après.
La charge comme préparation pour continuer à recevoir de l'information
Alors que je continuais à me promener dans la campagne en réfléchissant à ce que je venais de vivre, une nouvelle sensation m'est parvenue, formulée sous forme de question :
Et si cette recharge d'énergie n'avait pas uniquement pour finalité de m'aider à entrer dans une sorte de transe pendant les régressions ?
Jusqu'à présent, j'avais interprété la batterie d'Alive and Kicking comme un mécanisme de charge préalable : une manière d'accroître l'énergie avec laquelle je me présente à une séance. La chanson complète, avec ses voix, ses chœurs et ses instruments, semblerait ensuite perfectionner, recalibrer ou amplifier cette charge.
Pourtant, une autre possibilité apparaît maintenant. Peut-être cette énergie n'est-elle pas destinée exclusivement à faciliter l'entrée dans une régression. Peut-être a-t-elle aussi le sens de me préparer à continuer de recevoir de l'information à travers ce canal de communication que je perçois à certains moments.
La question qui surgit est de savoir si, pour que ce canal puisse rester ouvert ou continuer à transmettre de l'information, une certaine disponibilité d'énergie est nécessaire. Dans cette perspective, écouter la chanson ne servirait pas seulement à atteindre un état altéré ou expansif de conscience, mais aussi à disposer des ressources intérieures nécessaires pour soutenir la réception, la compréhension et l'intégration ultérieure de ce qui pourrait apparaître peu à peu.
Je ne peux pas encore affirmer que cette interprétation soit correcte. Pour l'instant, ce qui a surgi est une intuition : la possibilité que la charge musicale et corporelle ne soit pas uniquement une préparation à la régression, mais une forme d'approvisionnement pour continuer à écouter, à percevoir ou à élaborer l'information qui émerge en moi.
Des chansons arrivées comme des messages
Il y a des chansons qui, à cette étape, se sont mises à résonner dans ma tête de façon insistante et agréable, comme si elles arrivaient pour m'accompagner. J'ai recueilli leurs paroles et je les ai regardées avec attention, car dans toutes j'ai trouvé un message pour mon processus. Je conserve ici ma lecture de chacune ; par respect pour les droits d'auteur, je ne reproduis pas les paroles complètes.
« El blues del esclavo » (Mecano)
Celle-ci est une autre des chansons qui n'ont pas cessé de résonner dans ma tête.
Elle a commencé à résonner dans ma tête en même temps qu'A&K, A&K a cessé de résonner, ce dont je déduis que l'enseignement a bien été reçu de ma part, mais celle de Mecano apparaît constamment dans ma tête (de façon agréable)… J'ai pris les paroles et c'est assez clair ; ce sont des encouragements pour mon processus, elles apportent un message, la dignité et le fait de tenir bon…. sans limites,,, Mais à la fin il y a une rébellion dans laquelle on pose une limite.
C'est le message le plus fort parmi ceux apparus dans des morceaux de musique dans ma tête. Je l'ai entendue en conduisant, il y a quelques jours, et elle ne m'a plus quitté la tête…
Elle utilise l'humour, l'exagération et le langage syndical pour raconter l'éveil d'une personne qui cesse d'accepter comme naturel son propre esclavage. La chanson mêle des références historiques et culturelles —Spartacus, Kunta Kinte, la guerre de Sécession— à des revendications ouvrières modernes : salaire, repos hebdomadaire, congés et retraite. Il y a une dénonciation évidente de l'exploitation et de la perte de dignité.
L'esclave qui apprit à relever la tête
Le noyau émotionnel de la chanson réside dans un passage : celui qui mène de la résignation à la reconquête de la dignité. Elle raconte l'histoire d'un homme qui travailla pendant des années du lever au coucher du soleil, sans que lui appartiennent ni la terre, ni le fruit de son effort, ni même, d'une certaine manière, sa propre vie. Il était né dans ce monde et on lui avait appris que c'était naturel : les uns commandaient et les autres obéissaient, les uns étaient des personnes et les autres des outils. Jusqu'à ce qu'un malaise grandisse en lui et qu'il comprenne que l'esclavage n'avait rien de naturel ni d'inévitable : c'était une condition imposée par d'autres. Ce fut son premier acte de révolte.
La chanson transforme cette révolte en une scène délibérément ironique : les esclaves se mettent à réclamer comme des travailleurs d'aujourd'hui —un salaire digne, un jour de repos, des vacances, une retraite. L'exagération fait sourire, mais elle met à nu une vérité douloureuse : ce qui nous paraît élémentaire aujourd'hui était inimaginable pour qui n'était même pas reconnu comme une personne. Ils ne demandaient pas de privilèges ; ils demandaient quelque chose de bien plus fondamental : cesser d'être la propriété d'un autre. Leur lutte cesse alors d'être une simple fuite : ils ne veulent plus seulement fuir les champs, mais que disparaissent les fouets et les humiliations, et retrouver le droit de choisir où vivre, comment travailler et avec qui fonder une famille.
À la fin, l'esclave n'apparaît plus courbé sur la terre : il s'imagine libre, aux côtés de sa femme et de son fils, marchant sans chaînes et sans maître pour décider de son destin. Et l'essentiel n'est pas seulement qu'il ait laissé derrière lui le travail forcé, mais qu'il ait retrouvé sa dignité. Il peut relever la tête et regarder droit devant ; il s'est de nouveau reconnu comme un être humain. Le blues qu'il chante naît de la souffrance, mais il ne se termine pas dans la défaite : il devient une affirmation d'identité et une exigence de justice.
Morale ou enseignement
L'enseignement de la chanson est que les injustices les plus profondes peuvent se maintenir pendant des générations lorsque ceux qui les subissent sont obligés de les considérer comme normales.
Le changement commence quand une personne ose dire : ce n'est pas juste.
De mon point de vue, la chanson évoque aussi le fait de ne pas vivre sous la volonté arbitraire d'une autre personne.
La morale finale pourrait se résumer ainsi : personne ne devrait s'habituer à l'injustice au point de ne plus la reconnaître, et nul ne recouvre pleinement sa liberté tant qu'il ne peut pas relever la tête sans peur et décider par lui-même du cours de sa vie.
(Je ne reproduis pas les paroles complètes de la chanson par respect pour les droits d'auteur. Ce qui précède est ma lecture personnelle : le passage de la résignation à la reconquête de la dignité, le moment où quelqu'un cesse d'accepter comme naturel son propre esclavage et apprend à relever la tête.)
Je ne savais pas pourquoi cette scène revenait sans cesse dans ma tête. Elle a cessé de résonner dès que j'en ai trouvé le sens, ce qui confirme quelque chose que j'avais déjà remarqué avec les chansons : une fois que l'on comprend le message qu'elles portent, ces communications cessent de se répéter. Cela avait à voir avec ma grande passion, le cinéma. Je me suis souvenu de la scène la plus émouvante d'un film, celle où l'un des personnages principaux prononce quelque chose comme une sentence. Ce dialogue apparaît au début de la vidéo suivante.
Blade Runner — Des larmes dans la pluie
La vidéo s'ouvre sur une phrase qui vous transperce : « C'est toute une expérience de vivre dans la peur, n'est-ce pas ? Voilà ce que signifie être un esclave. » Je l'ai entendue et j'ai reconnu quelque chose de bien trop proche. Vivre prisonnier de la peur, c'est bien souvent porter chaque jour le cœur serré. Et la peur, une fois installée et devenue habitude, est une forme d'esclavage.
Les images appartiennent à Blade Runner, un film de 1982 qui a osé imaginer le monde que nous commençons à peine à habiter : l'intelligence artificielle et le génie génétique cohabitant avec l'être humain.
Dans la scène, deux personnages s'affrontent. L'un est un blade runner, incarné par Harrison Ford. Les blade runners étaient un corps spécial de la police chargé de traquer des êtres créés artificiellement par génie génétique : les réplicants.
Les réplicants avaient été fabriqués avec des capacités supérieures aux nôtres, physiques et mentales. On avait incrusté dans leur esprit une intelligence artificielle et des souvenirs implantés, si vifs qu'ils ne savaient même pas qu'ils étaient des créatures artificielles : ils vivaient trompés sur leur propre origine. Lorsqu'ils l'ont découvert, ils se sont révoltés dans les colonies de l'espace. Le meneur de cette rébellion était Nexus 6, l'autre personnage de la vidéo.
Ils étaient venus sur Terre poussés par un seul espoir : trouver un remède à la condamnation qu'ils portaient en eux, une vie programmée pour ne durer qu'à peine quatre ans. Ils ne demandaient rien d'extraordinaire. Ils demandaient ce que chacun de nous tient pour acquis : continuer à vivre.
À la fin du film survient l'ultime affrontement. Nexus 6 finit par tenir à sa merci l'homme venu le tuer. Harrison Ford glisse et reste suspendu au-dessus du vide, à un instant de tomber. Et alors se produit l'inattendu : Nexus 6, au lieu de le laisser tomber, tend la main et le retient. Il le hisse. Il épargne la vie de celui qui le poursuivait. Il aimait tant la vie qu'il ne supportait pas de la voir se perdre, même chez son ennemi.
Il ne lui restait déjà que quelques minutes. Avec ce peu de temps —le seul qui lui restât—, il a choisi de sauver plutôt que de se venger, et de faire ses adieux en paix. Il a alors prononcé son dernier monologue, serein et beau, celui que le cinéma retient comme le monologue des larmes dans la pluie, et il s'est éteint en silence, comme quelqu'un qui accepte que tout ce qu'il a vécu se dissolve avec lui.
C'est peut-être pour cela que la scène revenait sans cesse dans ma tête. Elle dit, sans ornement, ce qui compte le plus pour moi dans ces pages : que la vie est brève et fragile, qu'elle nous file entre les doigts, et que c'est précisément pour cela qu'elle mérite du soin et de la compassion, même envers ceux qui nous ont fait du mal. Et elle revient, à la fin, au début : à la peur qui asservit, et à la liberté silencieuse qui s'ouvre lorsque nous cessons de vivre effrayés.
« Despierta » (Enrique Bunbury)
Il y a quelque temps, j'ai entendu un célèbre vulgarisateur du mystère analyser, dans son émission de télévision, cette chanson si profonde. Je l'ai écoutée avec émotion pendant très longtemps, parfois à la radio, parfois dans ma tête. Et il n'y a pas que les paroles qui soient émouvantes et révélatrices : l'orchestre accompagne lui aussi et amplifie le sentiment.
ça l'explique mieux que moi !!! :P
(J'omets les paroles par respect pour les droits d'auteur. La chanson « Despierta », d'Enrique Bunbury, s'est gravée en moi comme un message simple et lumineux : aujourd'hui je me sens différent parce que je suis différent ; ce qui était depuis toujours caché en moi est enfin clair. Et il y a un de ses conseils que j'ai fait mien dans ce processus : que peu importe ce qu'ils disent, car ce qui n'est pas nourriture, le vent doit l'emporter.)
Cette chanson a commencé à résonner dans mon esprit après les régressions avec Puy, comme si le processus lui-même l'avait réveillée. Cela ne m'a pas étonné : j'avais toujours su clairement ce qu'elle signifie pour moi. « Despierta » —« Réveille-toi »— est avant tout un appel. Un appel à l'éveil de la conscience ; et non seulement celle de chacun, mais celle de toute l'humanité à la fois.
Je la ressens comme une invitation à ouvrir les yeux et à penser par soi-même ; à ne pas se laisser conduire endormi par ceux qui préfèrent nous garder ainsi : les pouvoirs qui commandent sans montrer leur visage, les règles que personne n'ose discuter, les discours répétés jusqu'à passer pour la vérité. S'éveiller, c'est aussi cesser d'être manipulé.
Et pourtant, au fond, la chanson ne sonne pas comme une dénonciation ni comme de la colère. Elle sonne comme de l'espoir. Il y a quelque chose de lumineux à imaginer une humanité qui s'éveille ensemble, qui secoue son sommeil et retrouve d'un même élan la lucidité et la tendresse. La musique l'accompagne et l'amplifie : elle te soulève de l'intérieur et te donne envie de croire que cet éveil est possible.
Quand je relie cela à mes lectures bouddhistes sur l'éveillé — l'illuminé, la personne qui a atteint la clarté mentale —, ces paroles prennent beaucoup plus de force. Elles me demandent d'ouvrir les yeux et de voir la réalité de ce qui m'arrive, les deux raisons principales qui m'ont conduit à cette maladie, afin de pouvoir guérir.
Sixième partie · L'amour, l'attachement et l'impermanence
Cette partie ne dépend plus de ce que tu acceptes une quelconque régression. Elle est née pendant le même processus de transformation, mais elle parle d'expériences entièrement reconnaissables : l'amour, l'attachement, la tendresse, la solitude, l'impermanence et la difficulté d'aimer sans posséder. C'est peut-être l'exemple le plus clair de la manière dont une expérience intérieure finit par être utile lorsqu'elle cesse de parler seulement de celui qui l'a vécue et commence à formuler des questions qui appartiennent à n'importe qui.
Nous arrivons au plus intime, et aussi au plus récent.
Ces méditations sont nées durant ce même processus de rétablissement et de guérison. Et ici, enfin, tout ce qui précède s'emboîte : l'enseignement de savoir dire non, l'économie de l'énergie, l'impermanence bouddhiste et la compassion ont cessé d'être des idées séparées.
J'ai entrevu une sorte de puzzle tridimensionnel dont les pièces bougeaient toutes seules, tournaient et cherchaient leur place jusqu'à s'aligner en une figure parfaite. C'est peut-être là la forme la plus intime d'illumination : l'instant où ce qui semblait fragmenté trouve son unité.
Méditations sur l'amour véritable
Dans ce processus de rétablissement et de guérison, je sens que bon nombre des connaissances sur le bouddhisme qui s'étaient accumulées dans mon esprit commencent, enfin, à prendre sens.
Pendant longtemps, elles sont restées là comme des idées séparées : des enseignements lus, des mots soulignés, des réflexions que je comprenais intellectuellement, mais que je n'étais pas encore parvenu à intégrer pleinement dans ma vie. Maintenant, pourtant, il semble qu'elles commencent toutes à se rejoindre.
J'ai pu entrevoir une sorte de puzzle tridimensionnel dont les pièces bougeaient d'elles-mêmes. Elles tournaient, se déplaçaient et cherchaient leur place jusqu'à ce que, finalement, elles s'alignent pour former une figure parfaite. Pour moi, cette image symbolisait la compréhension et l'entendement : l'instant où ce qui semblait auparavant fragmenté trouve une unité et révèle un sens plus profond.
C'est peut-être une forme intime d'illumination. Non pas une illumination grandiose ni définitive, mais ce moment où quelque chose se met en ordre en nous et où nous commençons à voir avec clarté ce qui restait auparavant caché.
Grâce à ces connaissances bouddhistes, j'ai pu atteindre une compréhension de l'amour que je n'avais jamais eue auparavant. Pendant une grande partie de ma vie, je suis resté enfermé dans une conception occidentale très concrète : l'amour entendu principalement comme couple, relation amoureuse, mariage et permanence.
Je pensais l'amour comme une union qui devait se maintenir, comme une promesse de continuité, comme un lien qui trouvait son sens dans le fait de rester uni à une autre personne. Pourtant, tout cela a profondément changé en moi.
Maintenant, je commence à comprendre que l'amour peut exister au-delà du couple, qu'il n'exige pas toujours l'union, qu'il ne conduit pas toujours à partager une vie et que, parfois, son expression la plus vraie consiste précisément à laisser partir.
L'attachement et l'amour
Dans ce processus de rétablissement et de guérison, nombreuses sont les méditations qui surgissent en moi autour de l'amour, de l'attachement et de la façon dont nous nous relions aux personnes qui font partie de notre vie.
Cette expérience m'oblige à regarder en moi et à me demander ce que signifie aimer vraiment. Il ne s'agit pas d'une réflexion purement intellectuelle. C'est une question qui naît du vécu, de la douleur, de l'incertitude et du besoin de comprendre ce qui demeure lorsqu'une relation change ou prend fin.
Dans mes lectures bouddhistes, j'ai trouvé une distinction très claire entre l'attachement et l'amour.
L'attachement est le besoin de retenir quelque chose ou quelqu'un auprès de soi. Au sein d'une relation amoureuse, il se manifeste à travers des pensées comme : « J'ai besoin de toi » ou « Sans toi, je ne peux pas vivre ». L'attachement cherche à lier l'autre personne et à faire de sa présence une condition indispensable à notre propre stabilité.
L'amour véritable, en revanche, regarde en face le cœur de l'autre.
Aimer peut signifier laisser partir l'être aimé lorsque tu comprends que votre relation est terminée. Cela peut même signifier accepter que cette personne commence une nouvelle relation si tu sais qu'elle pourra y trouver un bonheur qu'elle ne trouvait plus avec toi.
C'est une idée difficile et douloureuse, car elle oblige à se défaire du désir de possession. Mais, précisément pour cela, elle peut être l'une des expressions les plus profondes de l'amour.
Aimer ne consiste pas toujours à rester ensemble. Parfois, cela signifie reconnaître que quelque chose s'est achevé et permettre à l'autre personne de poursuivre son chemin.
L'impermanence
Cette façon de comprendre l'amour est profondément liée à l'impermanence.
Une personne peut être intensément amoureuse et, pourtant, cela ne signifie pas que la relation doive se maintenir de la même manière durant toute l'éternité. Les circonstances changent, les personnes se transforment et les sentiments peuvent eux aussi évoluer.
Rien ne demeure exactement tel qu'il était, car la nature des choses est de changer.
L'impermanence n'invalide pas l'amour qui a existé. Que quelque chose se termine ne signifie pas que ce fut faux. Cela signifie que cela a eu un commencement, un développement et, peut-être, une fin.
Parfois nous croyons que la durée d'une relation détermine son authenticité, mais il n'en va pas toujours ainsi. Il y a des liens qui laissent une empreinte profonde même s'ils ne demeurent pas pour toujours, de la même manière qu'il y a de brefs instants capables de transformer une vie entière.
Même lorsque deux personnes s'aiment durant toute leur existence, l'impermanence reste présente. À un moment donné, l'une d'elles peut mourir et l'autre devra demeurer seule en ce monde.
L'enseignement bouddhiste de l'impermanence peut alors nous aider à comprendre et à accepter que la personne aimée a cessé de vivre et s'en est allée.
Accepter l'impermanence n'élimine pas la douleur. Cela n'empêche pas la tristesse ni n'efface l'absence. Mais cela peut transformer notre manière d'habiter la souffrance. Cela nous rappelle qu'aimer implique aussi d'accepter que nous ne pouvons pas retenir pour toujours ce que nous aimons.
L'amour comme une énergie qui circule
En approfondissant ces méditations, je me suis aussi demandé ce que ressent une personne lorsqu'elle en aime véritablement une autre.
L'expérience qui a surgi en moi fut très belle. J'ai senti l'amour comme une sorte d'énergie qui naît en mon intérieur, sort de moi et se dirige vers l'autre personne.
Cette énergie entre pleinement en elle, dans son cœur et dans son âme. Puis elle revient vers moi chargée d'une quantité d'amour encore plus grande.
Je la reçois, je la nourris et je la fais grandir par la compréhension, la tendresse, la capacité d'écouter l'autre et la volonté de l'aider dans ses moments difficiles. Puis je la lui rends de nouveau, transformée et amplifiée.
L'autre personne la reçoit et le mouvement recommence.
L'amour devient ainsi un cercle continu : donner, recevoir, comprendre et donner de nouveau.
Cette circulation me rappelle le symbole du yin et du yang. On l'interprète parfois de manière simplifiée comme une représentation du bien et du mal, mais sa signification est bien plus vaste. Pour moi, dans ce contexte, il représente la complémentarité, l'équilibre et le mouvement de l'énergie entre la personne aimée et moi.
C'est un flux constant. J'envoie de l'amour, je reçois de l'amour et je le renvoie. À chaque mouvement, cette énergie peut devenir plus profonde, plus consciente et plus grande.
Quand l'amour est sincère, il ne reste pas immobile. Il circule. Il se transforme en soin, en compréhension, en aide, en tendresse et en présence. Il se nourrit de ce que nous donnons, mais aussi de notre capacité à recevoir sans nous approprier l'autre.
L'affection : la forme la plus proche de l'amour
J'étais le plus petit d'une famille de quatre frères. Ma mère était dépassée par l'éducation de tant d'enfants et par les circonstances d'une famille qui devait lutter chaque jour pour s'en sortir.
C'est peut-être pour cela qu'elle n'a pas pu m'offrir toute l'affection et toute l'attention dont un enfant a besoin, même si pendant de longues années je n'ai pas su donner un nom à cette absence.
Le souvenir le plus ancien que je garde de mon enfance est celui d'être seul dans mon berceau, agrippé aux barreaux, attendant que quelqu'un vienne.
Dans ma mémoire, cette attente semble durer des heures. Je ne sais pas combien de temps s'est réellement écoulé, mais je me souviens de la sensation : rester là, à guetter l'arrivée de quelqu'un, à attendre une présence, des mains ou une voix qui me feraient sentir accompagné.
Mon père avait deux emplois pour pouvoir faire vivre la famille, et ma mère l'aidait dans l'un d'eux. C'est pourquoi je ne lui en veux pas. Je ne pourrais jamais le faire. Je dois lui être reconnaissant, avant toute autre chose, de m'avoir donné la vie.
De plus, elle a toujours eu de belles paroles à mon égard et elle a su reconnaître mes efforts devant mes frères. Je me souviens particulièrement du moment où, à peine âgé de dix-huit ans, je suis parti travailler à Madrid.
J'étais encore un petit bonhomme qui commençait à se frayer un chemin, et ma mère se sentait très fière de moi. Cette fierté était elle aussi une forme d'amour, même si ce n'était peut-être pas exactement l'affection dont j'avais eu besoin pendant mes premières années.
Pourtant, quand je me souviens de mon enfance, cela me frappe d'entendre ma mère parler avec joie et avec une abondance de détails d'expériences vécues avec mes frères aînés, en particulier avec les deux premiers.
Mon autre frère et moi en avons parlé une fois ou l'autre : c'était comme si nous existions à peine à l'intérieur de ces souvenirs de famille.
Je ne crois pas que ce fût une absence délibérée ni un manque d'amour. Probablement, quand nous sommes arrivés, ma mère était déjà fatiguée, débordée et absorbée par trop de responsabilités.
Mais pour un enfant, les circonstances des adultes n'existent pas encore. Un enfant ne comprend pas la fatigue, les problèmes d'argent ni le poids des responsabilités. Il sait seulement si quelqu'un le prend dans ses bras, si quelqu'un l'écoute, si quelqu'un accourt quand il en a besoin et s'il sent qu'il occupe une place véritable dans le cœur des autres.
Aujourd'hui je comprends à quel point l'affection est nécessaire à une personne, et surtout à un enfant.
Nous avons besoin de nous sentir aimés, mais aussi de percevoir cet amour dans des gestes concrets : dans une caresse, dans une étreinte, dans une parole aimable, dans un regard attentif ou dans la simple présence de quelqu'un qui décide de rester à nos côtés.
L'amour qui ne se manifeste pas peut exister à l'intérieur d'une personne, mais il pourra difficilement être reconnu par celui qui a besoin de le recevoir.
C'est pourquoi je considère que l'affection est l'un des composants fondamentaux de l'amour. Ce n'est pas un élément secondaire ni une expression superficielle. C'est la manière dont l'amour s'approche de l'autre, devient visible et peut être ressenti.
Sans affection, une relation risque de se réduire uniquement à un besoin, à une dépendance ou à un attachement : à attendre que l'autre comble nos vides, nous confirme sans cesse ou nous procure ce que nous ne sommes pas capables de nous offrir nous-mêmes.
Aimer véritablement ne consiste pas seulement à ressentir quelque chose au-dedans de soi. Cela signifie aussi prendre soin de la façon dont nous traitons l'autre personne.
Cela signifie lui montrer que son existence compte, que sa douleur nous atteint, que sa joie nous réjouit et qu'elle ne reste pas seule face à nous.
Quand il n'y a ni tendresse, ni attention, ni désir de faire du bien à l'autre, il est légitime de se demander si c'est réellement de l'amour ou s'il s'agit seulement d'un besoin déguisé en amour.
C'est peut-être à cause des manques que j'ai connus pendant mon enfance que j'ai appris à reconnaître aujourd'hui la valeur immense d'un geste affectueux.
Cette attente dans le berceau, agrippé aux barreaux, n'est pas seulement un souvenir lointain. C'est aussi une image qui m'aide à comprendre l'enfant que j'ai été et tous les enfants qui attendent, d'une manière ou d'une autre, que quelqu'un s'approche d'eux.
L'affection, c'est s'approcher.
C'est accourir.
C'est faire savoir à l'autre qu'il a été vu.
C'est peut-être pour cela qu'elle est l'une des formes les plus simples, les plus pures et les plus nécessaires de l'amour.
La compassion comme condition de l'amour
J'en suis aussi venu à penser qu'il ne peut exister d'amour véritablement profond chez une personne qui n'entretient pas la compassion envers tout et envers tous.
Tant que quelqu'un reste fermé à la souffrance des autres, il y a une part de son cœur qui n'est pas encore prête à aimer pleinement.
C'est comme si le véritable amour demeurait interdit tant que la personne n'apprend pas à être généreuse avec tout ce qui l'entoure : avec les êtres humains, avec les animaux, avec tous les êtres vivants et avec l'existence elle-même.
Quand quelqu'un commence à regarder le monde avec compassion, son cœur s'ouvre. Et il ne s'ouvre pas uniquement vers un compagnon ou vers la personne qu'il désire aimer, mais vers toute la réalité qui l'entoure.
L'amour envers une personne en particulier ne devrait pas devenir une exception au sein d'une vie dominée par l'indifférence.
L'amour authentique naît d'une disposition plus profonde : la capacité de reconnaître la valeur des autres, de ressentir leur souffrance et de désirer sincèrement leur bien-être.
Ce n'est que lorsque le cœur est ouvert au monde qu'il peut être véritablement ouvert à la personne aimée.
La compassion nous apprend à sortir de nous-mêmes. Elle nous rappelle que l'amour ne peut se réduire au désir de recevoir de l'affection, de la protection ou de la compagnie. Il implique aussi de regarder l'autre, de reconnaître ses besoins et de nous demander ce que nous pouvons lui offrir sans transformer notre don en exigence.
Aimer sans savoir si l'on est aimé en retour
Un amour véritable peut aussi naître envers une personne que tu as devant toi, même si tu ne sais pas si elle éprouve la même chose pour toi.
Parfois, tu te demandes si ce sentiment sera partagé. Pourtant, peu à peu, tu comprends que cette question ne peut pas devenir le centre de tout.
Ce qui compte vraiment, c'est le bonheur de l'autre personne.
Alors tu décides d'attendre.
Tu la regardes dans les yeux et tu prends ton courage à deux mains. Le sentiment est si fort que tu crains qu'il puisse se découvrir dans ton regard. Tu ne sais pas si l'autre personne éprouve la même chose, et c'est pourquoi tu essaies que tes yeux ne révèlent pas ce que tu n'es pas encore prêt à exprimer.
Malgré tout, tu la regardes avec tendresse.
Tu la regardes avec l'âme.
Tu lui souhaites tout le meilleur pour qu'elle puisse continuer à parcourir son propre chemin dans la vie. Tu n'essaies ni de la retenir ni de forcer une réponse.
Tu gardes l'espoir que, si cette personne éprouve quelque chose de semblable, vienne un jour un moment de révélation où vous pourrez tous les deux le reconnaître et commencer une vie sentimentale ensemble.
Mais cet espoir doit se tenir dans l'honnêteté : dans les méditations, dans la manière d'agir et dans le savoir-être.
Il ne doit pas se transformer en une exigence silencieuse ni en une dette que l'autre devrait payer.
Il faut apprendre à attendre sans posséder et à ressentir sans envahir. C'est la patience dont parle Pema Chödrön dans ses enseignements : une patience qui ne consiste pas simplement à rester immobile, mais à habiter l'incertitude sans forcer le cours des événements.
Mais aimer, c'est aussi savoir lâcher prise.
Parfois, l'autre personne trouve son bonheur auprès de quelqu'un d'autre, et alors l'amour te place devant l'une de ses épreuves les plus difficiles : accepter que ce que tu désires pour toi n'est peut-être pas ce que la vie a choisi pour elle.
À cet instant, tu comprends qu'aimer ne consiste pas uniquement à aspirer à une union. Cela peut aussi signifier ouvrir les mains et laisser partir, même si à l'intérieur cela fait mal.
Cela signifie regarder cette personne, reconnaître le bonheur qu'elle a trouvé et souhaiter, avec toute la sincérité dont tu es capable, que ce bonheur demeure, même si tu n'en fais pas partie.
Lâcher prise ne signifie pas cesser d'aimer.
Parfois, c'est précisément la manière la plus pure de le faire.
C'est renoncer à transformer le sentiment en une exigence. C'est cesser de penser uniquement à la vie que tu aurais aimé partager avec cette personne et commencer à penser à la vie qui peut la rendre vraiment heureuse.
Il y a une beauté intérieure très profonde dans ce geste. Une beauté silencieuse, car personne n'a besoin de la voir ni de la reconnaître.
Elle naît lorsque l'amour cesse de demander : « Quelle place occuperai-je dans ta vie ? » et commence à dire : « Je souhaite que tu sois heureuse, même si ton bonheur te conduit loin de moi ».
C'est peut-être alors que l'amour cesse d'être seulement désir et devient don. Lorsqu'il n'a plus besoin de posséder, de retenir ni d'être payé de retour pour rester vrai.
Aimer ainsi, c'est laisser partir avec tendresse, accepter le vide qui demeure et continuer à souhaiter à l'autre toute la lumière que la vie peut lui offrir.
La quête de l'amour
Lorsque je médite en prenant l'amour comme objet de réflexion, j'observe aussi certains des comportements que nous avons normalisés dans notre société.
L'un d'eux est la recherche d'un partenaire à travers les réseaux sociaux ou les applications destinées à faire des rencontres.
S'inscrire, construire un profil, sélectionner quelques photographies et rédiger une description de soi-même peut me plonger dans une profonde tristesse.
Parfois, je le perçois comme une façon de se mettre sur le marché, comme si chacun devait s'exhiber, démontrer sa valeur et vérifier qui est prêt à miser sur lui.
J'aimerais pouvoir entrer en contact avec toutes ces personnes et leur rappeler que ce n'est pas le seul chemin.
Le véritable chemin consiste à marcher à travers la vie.
Peut-être que dans cette vie tu devras traverser de longues périodes de solitude. Peut-être qu'apparaîtra quelqu'un avec qui tu pourras partager ton existence. Mais aucune de ces deux possibilités ne devrait déterminer entièrement le sens de ta vie.
L'important est d'apprendre à vivre.
Apprécier chaque instant.
Entrer en relation de manière consciente avec les personnes qui sont apparues sur ton chemin.
Les aider quand elles en ont besoin. Les écouter, les accompagner et reconnaître ce que chaque rencontre peut t'enseigner.
La vie ne devrait pas devenir une salle d'attente où nous restons assis jusqu'à ce qu'un partenaire apparaisse.
Nous ne devrions pas non plus nous croire incomplets tant que n'arrive pas quelqu'un qui nous aime.
L'amour peut apparaître, mais il ne devrait pas être poursuivi comme s'il était un objet capable de combler tout ce qui nous semble manquer.
Quand il arrivera, il devra nous trouver en train de vivre, de grandir et de parcourir notre propre chemin.
Et lorsqu'il apparaîtra, le plus important ne sera peut-être pas de le capturer, mais de le reconnaître, de l'accueillir avec gratitude et de le laisser couler sans en faire une possession.
« Humo » (Pau Donés)
Quand on a diagnostiqué un cancer à Pau Donés, le chanteur de Jarabe de Palo, « Humo » est née, une chanson d'amour pour la vie. C'est un chant qui porte en lui un message très clair, presque urgent : « vivre est urgent, laissons tomber les bêtises, car aujourd'hui nous sommes là et demain nous n'y serons plus ».
Apprendre à aimer
Toutes ces méditations me conduisent vers une même conclusion : aimer véritablement ne signifie pas posséder, contrôler ni avoir désespérément besoin de l'autre.
Aimer signifie désirer son bonheur.
Cela signifie accompagner sans emprisonner, comprendre sans imposer et rester sans exiger que tout soit éternel.
Cela signifie aussi avoir le courage de laisser partir quand le chemin partagé est arrivé à sa fin.
L'amour véritable exige de la compassion, de la patience, de l'honnêteté et l'acceptation de l'impermanence. Mais il a aussi besoin de tendresse. Il a besoin de se rendre visible dans un regard, dans une caresse, dans une parole aimable et dans la présence de quelqu'un qui décide de s'approcher.
L'amour nous invite à ouvrir le cœur, non seulement vers une personne, mais vers tous les êtres qui font partie de notre existence.
Aimer, c'est peut-être précisément cela : permettre qu'une énergie naisse en nous, la donner sans conditions et accepter que nous ne pourrons jamais contrôler complètement la manière dont elle reviendra.
C'est comprendre qu'une relation peut se terminer sans que tout ce qui a été vécu perde sa valeur. C'est accepter qu'une personne peut s'éloigner sans que nous ayons pour autant à transformer l'amour en rancœur.
C'est remercier pour ce qui a été partagé, regarder avec compassion ce qui n'a pas pu être et continuer à marcher.
Car l'amour n'est pas une chaîne qui unit deux personnes.
C'est un mouvement vivant, une énergie qui circule et une manière de regarder l'autre avec l'âme.
La tendresse est la façon dont cette énergie s'approche, touche l'autre et lui fait savoir qu'il n'est pas seul.
La compassion est ce qui empêche l'amour de s'enfermer uniquement dans nos désirs.
L'impermanence est l'enseignement qui nous rappelle que rien ne peut être retenu pour toujours.
Et lâcher prise est, peut-être, l'un des gestes les plus douloureux et, en même temps, les plus beaux que puisse accomplir un cœur qui a appris à aimer.
Épilogue · Je suis monté dans la barque
Quand j'ai commencé à écrire ces pages, je l'ai fait avec la peur que la source se referme et que tout se perde. Aujourd'hui, en les relisant, je comprends que la peur était autre : la peur de me regarder en face. La maladie, que j'ai vécue comme une condamnation, s'est révélée être la fissure par laquelle la lumière est entrée.
Je ne sais pas si les régressions furent des souvenirs d'autres vies, des constructions de mon esprit ou des expériences dont je ne sais pas nommer la nature. Je ne sais pas non plus si ce que j'appelle canal provient d'un plan extérieur, du subconscient ou de mécanismes ordinaires de l'esprit auxquels je ne prêtais pas attention auparavant. J'ai cessé d'avoir besoin d'une réponse immédiate. Je peux conserver la question et, en même temps, regarder ce qui, lui, a changé : j'ai appris à dire non, j'ai commencé à lâcher ce qui me consumait, j'ai réexaminé des culpabilités, j'ai mieux compris ma sensibilité et j'ai essayé de regarder l'amour avec moins de besoin de le posséder.
Ce livre n'a pas de fin, parce que le voyage n'est pas terminé. Je le laisse ouvert, comme reste ouverte la traversée. Et si quelque chose de ce que j'ai écrit sert à une autre personne qui traverse sa propre obscurité, alors la goutte d'eau n'aura pas séché au soleil : elle sera tombée dans l'océan, et là elle ne disparaîtra jamais.
Et il y a autre chose que je comprends mieux à présent. Je n'ai pas écrit ces pages pour qu'une autre personne reproduise mes régressions. Je les ai écrites parce que quelqu'un pourra peut-être y reconnaître une question qui est aussi la sienne.
Si mes scènes te paraissent étranges, tu peux les laisser où elles sont. Garde la méthode : regarde ce qui se passe, reconnais ce que tu ressens, cherche une compréhension simple et demande-toi ce qui doit changer dans ta vie.
Peut-être que ton enseignement n'arrivera pas à l'intérieur d'une séance. Il peut arriver dans un cabinet de psychologue, au cours d'une conversation, en écrivant, en méditant, en traversant une maladie, en posant une limite, en vivant un deuil ou simplement en reconnaissant que tu ne veux plus continuer à faire quelque chose de la même manière.
La façon d'arriver n'est pas l'essentiel. L'essentiel est ce que nous faisons ensuite de ce que nous avons compris.
Note au lecteur
Ce livre rassemble des expériences personnelles, des interprétations spirituelles et des réflexions de l'auteur. Il n'offre ni diagnostic ni traitement médical ou psychologique. Les scènes surgies pendant des régressions ou des états hypnotiques ne doivent pas être considérées à elles seules comme des souvenirs historiques vérifiés. Quand une question dépend de faits extérieurs, de la santé, de la sécurité ou des droits d'autres personnes, elle doit être vérifiée par des moyens indépendants et, le cas échéant, avec des professionnels qualifiés.
Merci, Puy. Merci à ceux qui m'ont aimé et à ceux qui m'ont enseigné, bien souvent sans le savoir. Et merci à la vie, qui m'a fait monter dans cette barque.
Je continuerai d'écrire tant que durera la traversée.